Caroline Fourest : un préjugé de choc en faveur de l’islam !

Publié le 3 juin 2008 - par
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Le combat laïque est devenu depuis quelque temps un combat extrêmement violent autour du sens des mots. Il y a tout d’abord le mot islamisme, qui après avoir désigné pendant des siècles la religion fondée par Mahomet, a été barré, et remplacé par l’islam. (1) Ensuite il y a eu le mot « blasphème », que les musulmans ont remplacé depuis l’affaire Rushdie par le mot « islamophobie ».

Lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, c’est le mot « insensibilité » qui a été démis et usurpé par l’expression « sensibilité religieuse ». La « critique acerbe » a été destituée au profit de l’expression « provocation haineuse ». D’autres mots sont en danger de mort, comme celui de liberté, remplacé par la « liberté des croyants », la laïcité, remplacée par la « laïcité ouverte ». On est en plein processus de diffusion d’une novlangue orwellienne, qui ne trouvera son achèvement que lorsqu’elle pourra proclamer que « la guerre c’est la paix » et que « la liberté, c’est l’esclavage. »

Caroline Fourest et Fiammetta Venner ont participé à cette destruction de la pensée et ont même été récompensées pour cela par l’Assemblée Nationale. Depuis leur livre, Tirs croisés, c’est le mot « fanatisme » qui a été raturé pour être remplacé par le mot « intégrisme ». S’il est vrai que « lorsque les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté » (Confucius), alors ceux qui changent le sens des mots oeuvrent à l’asservissement des hommes. De quelle liberté veut donc nous priver le duo de choc ? Quel est l’enjeu de cette mise à jour du vocabulaire ?

Observons l’aigle à deux têtes en plein processus de réécriture orwellienne : « A nos yeux, l’ « intégrisme » désigne la manifestation d’un projet politique visant à contraindre une société, depuis l’individu jusqu’à l’Etat, à adopter des valeurs découlant non pas du consensus démocratique mais d’une vision rigoriste et moraliste de la religion. Dans son Dictionnaire philosophique, Voltaire parlait déjà des « fanatiques » comme des gens « persuadés que l’Esprit Saint qui les pénètre est au-dessus des lois ». C’est effectivement ce trait de caractère que nous cherchons chez les « intégristes », même si le mot « fanatique » a pris avec le temps une sonorité trop confuse pour que nous puissions l’employer de façon systématique. » (2)

Ce passage est capital parce qu’il définit les lignes de front du combat laïque incarné par CF/FV. Si l’on veut enfin pouvoir remettre des mots sur les problèmes de la société française, il faut autant dénoncer cette supercherie qu’est la redéfinition aquiline du « fanatisme », que rejeter le concept d’« islamophobie ». Le travail orwellien de CF/FV a reçu la bénédiction médiatique : tous les « progressistes », d’Abdelwahab Meddeb à Ségolène Royal, en passant par Léila Babès, Dounia Bouzar, Philippe Val et Bernard Henry Lévy, se sont empressés de prétendre lutter contre l’intégrisme. Une telle unanimité est étrange, surtout qu’elle se double d’une autre unanimité, celle de vouloir à tout prix distinguer l’islam de l’islamisme, et le désir de sauver l’islam « pris en otage » par les islamistes.

La définition aquiline de l’intégrisme s’appuie sur une conception préalable, celle du fonctionnement d’une société laïque, dont les « valeurs découleraient » selon CF/FV, du « consensus démocratique ». Or, n’en déplaise à ces obsédées de la « liberté de choisir », cette conception est absolument fausse : nos valeurs républicaines ne découlent nullement du consensus, ni d’un choix individuel. On ne vote pas tous les ans pour savoir si les valeurs de la République sont toujours les Droits de l’Homme ! Les valeurs d’un Etat sont le résultat d’un processus historique qui mêle inextricablement religion, philosophie, droit naturel et coutumes (« Sittlichkeit », dirait Hegel). Derrière les lois d’un Etat, c’est-à-dire en amont du droit positif, il y a un droit naturel, issu de la tradition philosophico-religieuse de cette société. Les lois positives n’en sont que l’expression formelle, concrète.

Le postulat fondamental de la déclaration de Droits de l’Homme et du Citoyen – qui est en dernière analyse un postulat irrationnel, puisque non déduit d’autres principes – dit que c’est la personne humaine qui est la référence de la valeur suprême dans notre société. (3) Le préambule de notre Constitution assume d’une manière radicale cette position « fondamentaliste », puisque c’est « en présence et sous les auspices de l’Etre suprême » qu’elle reconnaît ces Droits. (4) L’Assemblée Nationale de 1789 a posé ni plus ni moins que Dieu était présent lors de ses délibérations et qu’il a donné sa bénédiction à l’Homme affirmant qu’il était la valeur suprême ! C’était une autre manière de dire que ces valeurs sont universelles, au-delà du consensus et de leur reconnaissance par les hommes.

Par conséquent, la définition de « l’intégrisme » proposée par l’aigle à deux têtes est absolument bancale. Opposer le « choix de valeurs » à « un projet politique visant à contraindre une société, depuis l’individu jusqu’à l’Etat, à adopter des valeurs découlant d’une vision rigoriste et moraliste de la religion » est fallacieux. Notre République est bâtie sur « la vision rigoriste et moraliste » selon laquelle la personne humaine est la valeur suprême ! Dans le Préambule même de notre Constitution, nous affirmons que cette vision est sanctifiée par un certain Etre suprême, qui semble-t-il, planait dans la salle du jeu de Paume, en ce 26 août 1789.

Ce postulat « rigoriste et moraliste » qu’est le postulat républicain, s’est imposé au corps social dans la douleur, à la suite de nombreux combats et de nombreuses régressions. Il a fallu ferrailler longuement contre tous ceux qui ne croyaient pas que l’Etre suprême bénissait cette émancipation de l’Homme. L’affirmation selon laquelle la personne humaine est la référence de la valeur suprême a heurté et heurte toujours les mentalités de ceux qui défendent les « droits de Dieu ».

La République est en guerre ouverte avec les bigots, car de cette valeur absolue de la personne humaine découle la promotion de la liberté absolue de conscience. Comme l’écrit Valentin Boudras-Chapon, « il ne s’agit pas d’admettre une simple liberté de conscience modulable en faveur d’un groupe ou d’une communauté qui aurait, elle, l’autorisation, même a minima, d’appliquer à ses membres des commandements (et tout cela avec l’indifférence, voire la complicité, des représentants de la République, au nom justement de la tolérance), mais au contraire de permettre, par tous les moyens juridiques, cette liberté de conscience de chacun contre toute pression communautaire, même venant de différents clercs : c’est ce qu’on appelle la liberté absolue de conscience. » (5)

La définition de l’intégrisme de CF/FV et la configuration du combat laïque qu’elle dessine sont en dernière analyse anti-républicaines et anti-laïques. L’aigle à deux têtes trahit la mission émancipatrice que nous assignent les Lumières. Il ne veut plus pourfendre la superstition, la crédulité, la bigoterie, la manipulation mentale et le fanatisme comme autant d’atteintes inexcusables à la valeur de la personne humaine. Il ne s’attache plus avec radicalité à la défense d’une valeur positive, la valeur de la liberté absolue de conscience, mais préfère la défense de la « liberté de choisir », soi-disant mise à mal par les « intégristes ». On est passé de « J’accuse… » à « C’est mon choix ! » Défendre avec acharnement la valeur de la liberté de conscience contre les religieux tout court, c’est devenu pour lui « moralement indéfendable », comme l’a doctement écrit Fiammetta Venner à propos de Redeker (6), c’est de l’ « intégrisme laïque » !

CF/FV, en désignant « l’intégrisme » comme un danger pour la République, ont créé un leurre, qui veut détourner nos regards des ennemis de la liberté de conscience et de la République, garant de la valeur suprême de l’être humain. Si tous les faux progressistes se sont empressés de reprendre à leur compte la conception aquiline, c’est parce que combattre l’intégrisme ainsi défini ne veut rien dire, et par conséquent, c’est un combat très facile à mener. L’intégrisme, d’après nos journalistes, n’est en fait qu’une intention, donc pour s’en débarrasser, il suffira de faire des procès d’intention.

La lutte contre l’intégrisme, c’est le succédané de la lutte véritable que devrait être menée pour sauvegarder la laïcité, à savoir la lutte contre l’obscurantisme, contre la crédulité, contre l’arriération réelle prêchée par l’islam, à travers le Coran, les hadiths et l’exemple de Mahomet, dans les mosquées ou sur Internet. Mais cela ne rentre pas dans leur tactique, parce que c’est « stratégiquement problématique ». Au contraire, le livre Tirs Croisés, tout comme le dernier opus de Caroline Fourest, Le choc des préjugés, tentent d’une manière poussive de soutenir que l’islam doit être défendu si l’on veut contrer l’intégrisme islamique. Caroline Fourest succombe ainsi doctement à cette tentation obscurantiste qui consiste à abandonner l’exigence difficile de liberté absolue de conscience, au profit de la liberté de choisir son aliénation religieuse. C’est pourquoi elle n’a eu aucun mal à soutenir que Fanny Truchelut doit accepter le jugement qui la ruine, et que l’annulation du mariage des deux musulmans pour cause de non virginité de la mariée n’est pas forcément le signe d’un intégrisme ! (8)

Le concept d’ « intégrisme » que les duettistes de Prochoix proposent à la place de celui de « fanatisme », ne garde du combat des Lumières que l’apparence, en le vidant de son contenu. Tel est l’objectif de cette mise à jour du vocabulaire. « L’intégrisme » est le double fallacieux du concept d’ « islamophobie », et sert le même but : mettre à l’abri l’islam des foudres critiques qu’il mérite ! Alors que l’accusation d’islamophobie revient à dire « vous avez un préjugé défavorable envers l’islam », « lutter contre l’intégrisme islamiste » n’est que la réponse outrée : « mais non, nous avons un préjugé favorable » ! C’est un pur produit du « politiquement correct », parfaitement adapté à la paresse intellectuelle et à la lâcheté des bobos dépourvus de colonne vertébrale. La « lutte contre l’intégrisme », c’est ce qui reste de la lutte contre l’obscurantisme, la superstition et le fanatisme, après l’accommodement raisonnable avec les séides de l’islam.

Tel qu’il est défini, cet intégrisme est partout et nulle part, puisqu’on peut le dénoncer aussi bien chez Riposte Laïque, que chez les fascistes verts. On l’identifie au ton de la voix, non plus au contenu des propos. Que tous ceux qui montrent leur attachement passionné à des valeurs se le tiennent pour dit : ils seront traités d’intégristes. Le tribunal bien-pensant ne regardera pas les principes auxquels ils sont attachés, mais c’est leur attachement même, leur radicalisme, qui les rendra suspects.

L’aigle à deux têtes ne tient pas à la valeur suprême qu’est la personne humaine et à la liberté absolue de conscience qui doit en découler, au point de combattre la religion tout court, en tant que ramassis de superstitions, de dogmes absurdes qui humilient l’esprit et le corps, particulièrement celui des femmes. S’atteler à cette tâche immense, comme l’ont fait Ayaan Hirsi Ali et Taslima Nasreen, à la suite de la longue tradition émancipatrice qui commence avec le rire rabelaisien, c’est véritablement au-dessus de ses forces !

Au lieu de déplorer sa lâcheté et sa petitesse d’esprit, notre auteur bicéphale jette l’opprobre sur toute la tradition française de lutte contre l’aliénation religieuse, telle qu’elle a été incarnée par les philosophes de Bayle à Redeker. S’improvisant experte ès religions, Caroline Fourest déclare que « L’idée même de chercher dans la nature du Coran, et dans la nature même d’une religion, la clé, l’explication pour comprendre le surcroît d’un intégrisme, c’est une impasse. Parce qu’il y a des passages extrêmement violents aussi dans l’Ancien Testament. (…) Parce qu’on peut dire que Jésus est amour et que pourtant il y a des intégristes chrétiens qui toute la journée tuent des médecins pratiquant l’avortement (…) La vraie question à se poser c’est quelles sont les conditions géopolitiques, historiques qui expliquent pourquoi le bras de fer entre musulmans modernistes et musulmans intégristes, tourne, semble tourner aujourd’hui en faveur des musulmans intégristes. » (7)

Mme Fourest nous interdit ainsi de nous engager dans le véritable combat laïque, celui de dénonciation sans relâche de l’arriération et de l’obscurantisme semés par ces marchands de peur de l’enfer que sont les imams musulmans toutes nuances confondues. A rebours de toute la tradition radicale française, qui a fait ses preuves en rabaissant les prétentions du catholicisme romain, elle décrète que reprendre ce flambeau contre l’islam, c’est une impasse. Voilà le préjugé de choc qui caractérise l’inanité de la pensée aquiline ! Il égare la pensée progressiste qui la suit benoîtement, et il aide objectivement les musulmans à continuer leur prosélytisme moyenâgeux, à matraquer leurs ouailles avec leurs superstitions barbares.

L’exigence républicaine, c’est de tailler à la serpe toutes les doctrines qui tentent à remettre en cause la valeur suprême de l’être humain, qui l’avilissent ou le confinent dans une minorité intellectuelle. C’est pour cet intégrisme que l’on a jadis admiré la France, et ceux qui en rougissent aujourd’hui, en se voulant tolérants et aimables, ne sont que des traîtres à cette tradition intellectuelle dont ils se prétendent pourtant les héritiers, encore plus éclairés que les Lumières !

Remettons la laïcité sur pied, un croyant superstitieux est ridicule : en tant que personne il a droit à toute la dignité prévue par la loi, mais en tant que superstitieux il mérite tout le mépris et toutes les railleries de la raison. Un superstitieux qui demande sérieusement que l’on respecte ses superstitions est doublement ridicule, parce qu’il exige que l’on révère publiquement ses lubies. Un laïque rationaliste qui défend un croyant superstitieux dans son exigence de respect pour ses billevesées irrationnelles est triplement ridicule, parce qu’il utilise la raison contre elle-même d’une manière fallacieuse. Enfin, un combattant pour la laïcité qui croit que la meilleure manière de défaire l’obscurantisme, c’est de promouvoir un certain type de superstitions est quadruplement ridicule, parce qu’il se fait le pourvoyeur de l’obscurantisme, sous couvert de rationalité, avec des moyens rationnels, tout en croyant le contraire. Caroline Fourest et Fiammetta Venner sont parmi les rares personnes à avoir atteint ce degré de ridicule sans en mourir.

Il est grand temps que la raison commence à ridiculiser l’islam, comme elle l’a fait avec le christianisme. L’islam doit être soumis au bain d’acide de l’ironie voltairienne : s’il y a dans l’islam un noyau humaniste compatible avec la République, il résistera à cette mise à l’épreuve. S’il n’y en a pas, cela voudra dire que l’on aura délivré les musulmans d’une conception arriérée et avilissante de leur dignité d’êtres humains, et que l’on aura éradiqué une idéologie dangereuse.

Prenons exemple sur cet Anglais, Lord Bentick, qui en 1829, aux Indes, prit la décision de mettre fin à la coutume du sati, la crémation publique de la veuve sur le bûcher funéraire de son mari. De riches Indiens conservateurs s’indignèrent de sa décision ethnocide, et lui dirent que c’était une vieille tradition hindoue que de brûler les veuves. Lord Bentick répliqua : « C’est une vieille tradition anglaise que de pendre les meurtriers des veuves ! » Un républicain laïque se reconnaît à ce qu’il préfère toujours les hommes aux doctrines et aux coutumes, fussent-elles multimillénaires. Cette préférence, c’est notre coutume séculaire à nous, humanistes laïques, et nous ne voulons pas la voir disparaître !

Radu Stoenescu

www.philo-conseil.fr

(1) Fethi Benslama, La psychanalyse à l’épreuve de l’islam.

(2) Tirs croisés, La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman. Ed. Calmann Lévy, Paris, 2003 (p.12)

(3) Voir l’article de Valentin Boudras-Chapon https://www.ripostelaique.com/Elaboration-du-concept.html

(4) http://www.conseil-constitutionnel.fr/textes/d1789.htm

(5) https://www.ripostelaique.com/Elaboration-du-concept.html

(6) http://www.prochoix.org/cgi/blog/2006/09/21/863

(7) http://www.dailymotion.com/video/x10k5t_fourest-vs-redeker_news

(8) http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/05/30/2008-la-mariee-netait-pas-vierge-caroline-fourest

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