Catherine Kintzler réussit à parler de la burqa, sans parler de l’islam

Publié le 29 juin 2009 - par - 246 vues
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Dans la lettre n° 83 de l’UFAL du 24 juin 2009, Catherine Kintzler a réussi l’incroyable tour de force de parler longuement de la burqa – dont elle condamne le port – sans jamais utiliser le mot «islam» ou le mot «musulman» ! La conséquence est on ne peut plus claire : la burqa, ou encore le niqab, est un vêtement qu’il faut interdire parce qu’il est un «déni d’identification publique procédant à une dépersonnalisation négatrice de toute singularité» (sic).

En effet, selon Catherine Kintzler, ces deux vêtements «ne se contentent pas de celer la singularité d’une personne en faisant obstacle à son identification à la manière d’un masque de carnaval, ils font bien davantage : ils la rendent indiscernable de toutes celles qui portent ce vêtement, lequel n’a vraiment de sens, si l’on y réfléchit bien, que par sa multiplicité. C’est d’ailleurs sa multiplication qui alerte les élus et l’opinion. Sous nos yeux se forme non pas une population bigarrée mais une collection d’identiques sans identité personnelle».

A vous en croire, chère Catherine – puisque vous nous invitez à «bien réfléchir» – il suffirait que la burqa fût haute en couleurs, avec un macaron visible représentant le visage de celle qui le porte, pour que ce vêtement devînt aussitôt acceptable ! A vous en croire, on en oublierait qu’un uniforme, quel qu’il soit, a pour fonction de rendre celui qui le porte «indiscernable» de tous ceux qui le portent ! Pourtant, pas un défilé militaire ou de majorettes qui ne soit «une collection d’identiques sans identité personnelle» : la cérémonie d’ouverture des derniers jeux olympiques n’a pas manqué de nous le rappeler ! Mais alors, pourquoi, en ces diverses cérémonies, une telle multiplication d’identiques n’alerte ni les élus, ni l’opinion ? En d’autres termes, pourquoi ces uniformes ne sauraient tomber sous la critique qu’appelle l’uniforme de la burqa ?

Je crains, chère Catherine, que la réponse à ces questions n’implique un retour aux deux arguments que vous avez pris soin d’invalider, à savoir la laïcité et l’oppression des femmes.

La laïcité – dites-vous – n’interdit pas les signes religieux dans l’espace civil, «l’abstention étant requise dans les seuls espaces relevant de l’autorité publique». En d’autres termes, la laïcité «établit la tolérance dans l’espace civil». Mais que va tolérer la tolérance ? Tout ? Même l’intolérance ? Que se passerait-il si les chrétiens décidaient d’arpenter l’espace public en portant une aube frappée d’une immense croix ? L’adjectif «intolérable» ne serait-il pas sur toutes les lèvres ? Que se passerait-il, par ailleurs, si ces mêmes chrétiens transformaient l’espace public en lieu de prière ? N’en réfèrerions-nous pas à la laïcité pour mettre un terme à cette pratique ? S’il y a des maisons pour la tolérance, n’y en a-t-il pas pour la prière ? Si l’espace public d’un pays laïque n’est plus laïque, qu’est-ce qu’un espace public, et qu’est-ce qu’un pays laïque ?

Vous dites également que la burqa et le niqab ne sauraient être proscrits en tant que «signes d’oppression et de soumission des femmes, car ce délit serait la plupart du temps impossible à établir clairement de manière explicite». Ah bon ? Depuis quand le malade imposerait-il ses règles au médecin, le condamné au juge, le délinquant au policier, l’élève à l’enseignant ? Depuis quand suffirait-il d’affirmer qu’une soumission est librement consentie pour qu’elle n’en fût plus une ? Qui est le mieux placé pour parler de soumission : celui qui s’y enferme ou celui qui lui est extérieur ? Qui est libre vis-à-vis de la burqa : celui qui ne peut s’y soustraire, ou celui qui peut s’en dispenser ? La burqa et le niqab ne montrent-ils pas ostensiblement ce qu’ils sont pour qu’on puisse encore hésiter à faire de leur port un délit «explicite» ? Voulez-vous y ajouter les chaînes et le fouet pour que tout soit bien clair ?

A vous lire, chère Catherine, les bras m’en tombent ! Comment ! Vous êtes une brillante agrégée de philosophie, et Kant, Madinier, Lavelle, Nédoncelle, Mounier… ne vous sont d’aucun secours pour dénoncer la barbarie qui s’avance non seulement sur notre sol mais dans toute l’Europe ? Pourquoi ne dites-vous pas que la burqa, comme le voile, est à la fois le signe ostensible d’un rejet des règles de la République laïque et la marque de la plus insupportable des soumissions qu’on puisse imposer à la femme du seul fait qu’elle est femme ? Ne comprenez-vous pas que la différence entre la burqa et le voile n’est pas de nature mais de degré, autrement dit que «la question du masque et du refus d’identification» ne les distingue nullement sur le fond, puisqu’il s’agit toujours d’un marquage idéologique visant à souligner que la femme n’est pas de même essence que l’homme ? Ne voyez-vous pas qu’avec un présupposé pareil, l’islam heurte de front la République, et que nous sommes, en conséquence, dans un authentique rapport de forces – dont nous ne sortirons point vainqueurs en interdisant seulement la burqa, puisque interdire la burqa sans interdire le voile, c’est avaliser le voile ? Or, qu’est-ce que le voile sinon l’acte de décès théorique de toutes les femmes ? Vous qui êtes femme, comment pouvez-vous ne pas hurler de rage contre cette incroyable dérive qui risque de vous emporter en emportant notre civilisation ?

Le voile est l’avant-première de nos derniers temps ! La preuve : Mustapha Kemal, en Turquie, et Habib Bourguiba en Tunisie avaient su l’interdire pour éviter le naufrage économique et intellectuel de leur pays. Car l’offensive du voile s’accompagne de tous les «accommodements raisonnables» qui affaiblissent progressivement Marianne pour la conduire, in fine, à accepter la charia. Refuser d’un même mouvement la burqa et le voile, c’est donc refuser la mort de Marianne, ou encore dire «non» à une idéologie politico-religieuse contraire à nos valeurs comme à votre propre personne. Cette idéologie, chère Catherine, c’est l’islam !

Maurice Vidal

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