Cérémonie de naturalisation à Lille : discours républicain du Préfet, et discours anti-républicain d’une « nouvelle Française »

Publié le 27 mai 2008 - par - 1 187 vues
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En lisant La Voix du Nord du samedi 24 mai 2008, j’eus l’agréable surprise de découvrir que le Préfet du Nord avait organisé, la veille, une cérémonie à la Préfecture à l’occasion de 75 naturalisations.

Outre le champagne et les petits fours, mérite d’être retenu le discours d’accueil du Préfet Canepa à ces nouveaux Français: « Aujourd’hui, la France n’est plus seulement votre lieu de résidence : elle devient votre patrie ». Il rappela que ces nouveaux Français étaient « ainsi rattachés à la longue histoire de notre pays ». Et d’ajouter : « Cela veut dire que les droits et les devoirs prévus par la République sont désormais vos droits et vos devoirs ». En bon républicain, le Préfet rappela ce que sont les droits de l’homme et l’égalité des femmes en France : « Notre pays ne tolère aucune discrimination ou violence liée au sexe et de telles pratiques sont condamnées par nos lois ».

La républicaine que je suis ne peut qu’applaudir le Préfet. Comme j’aimerais que Martine Aubry soit sur la ligne du Préfet Canepa, elle qui choisit toujours le communautarisme religieux ou ethnique ! J’espère que les socialistes de l’agglomération lilloise n’auront de cesse de lui rappeler ce discours républicain préfectoral.

La vie n’étant pas un long fleuve tranquille, j’ai bondi en lisant l’un des trois mini-entretiens de nouveaux naturalisés Français.
Si Bouhaba B., arrivé d’Algérie en 1964 à l’âge de 2 mois, déclare que « le discours du préfet est clair : il faut respecter les lois françaises », sont inquiétants les propos tenus par Nadia L., 21 ans, arrivée du Maroc en France en 2001. Portait-elle à la Préfecture le voile qu’elle arbore sur la photographie ?.

Que dit-elle ? « Mon père est venu le premier dans le but d’améliorer notre vie. Il a trouvé du travail, un logement et a décidé du regroupement familial. Deux sœurs sont restées au Maroc. Pour moi, trouver du travail, ce sera plus simple avec la nationalité. Je voudrais être soignante. Mais je vais me marier avec un Marocain qui vit en Espagne ! Je reste toujours marocaine, j’ai la double nationalité. Entendre le préfet parler du droit des femmes fait plaisirs. » Nadia L. est naturalisée Française et réussit le coup de maître de ne jamais prononcer le mot « Française ». En revanche elle affirme qu’elle « reste toujours marocaine », qu’elle va se marier avec « un Marocain qui vit en Espagne » et qu’elle a « la double nationalité ».

En somme, à la lire, Nadia L. a demandé sa naturalisation non pas pour devenir Française, vivre comme une Française dans le cadre des lois françaises et, comme l’a dit le Préfet, être ainsi rattachée « à la longue histoire de notre pays », mais pour en tirer une simple utilité : avoir un travail. Le discours de Nadia L. résume et condense ce que pensent de nombreux jeunes dits « des banlieues »: ils ne sont pas et ne seront pas Français ! Ils entendent bénéficier de la société d’accueil tout en se considérant du pays de départ.

Certains franchissent même le pas en imaginant qu’ils ont le droit de transposer leur société de départ dans la société d’arrivée, la France. La France n’est-elle pas le pays des Droits de l’Homme et de la liberté, disent-ils ? Dans ces conditions leur tenir le discours du Préfet Canepa peut être alors perçu comme du racisme et même du « républicanisme laïque de colonisateurs » comme aiment à le répéter à ces jeunes les Indigènes de la République, mais aussi ceux des anti-républicains et anti-laïques qui sévissent au PS, au PCF et à l’extrême gauche, chez les Verts.

Les Républicains laïques ont intérêt à méditer les quelques phrases de Nadia L.. Elles portent en germe des risques de conflits ethniques en puissance, destructeurs de la société française et de la possibilité de vivre en commun. Ils ont aussi à méditer sur la « machine infernale » que représente la double nationalité, surtout chez des jeunes en perte de repères ou sous emprise des intégrismes religieux.

Fanny Deulin

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