Ces discours irresponsables qui légitiment la violence scolaire

Publié le 1 mars 2010 - par
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Depuis le début de l’année 2010, les violences se succèdent dans les établissements scolaires.

Souvent mineures, elles peuvent aussi conduire à la mort comme au Kremlin Bicêtre, dans les établissements scolaires ou en dehors comme celui d’Adrien à Sannois en janvier dont on a bien peu parlé, sa mère se demandant si ce garçon ordinaire, sage ne méritait aucune compassion.

C’est le « marronnier du moment », chaque quotidien, chaque hebdo sort son dossier et accumule les témoignages, les pistes, les déclarations au sujet de ces violences dites ordinaires que les chefs d’établissements essayent comme toujours de camoufler. Il y aussi, comme toujours, ses déclarations d’experts qui doctement expliquent que tout ceci est bien normal, que cette violence a toujours existé.

Quand j’étais jeune dans un lycée qui drainait la banlieue sud de Paris, Draveil, Vigneux, Yerres, Montgeron, jamais de telles violences ne se sont produites. Parions qu’il y aura bien un porte-parole du PS pour nous dire que c’est par pur électoralisme qu’avant les régionales on parle de violence et que tout ça c’est la faute à Sarkozy.

D’ailleurs, c’est à peu de choses près ce que dit Jean Paul Huchon, candidat PS pour la troisième fois à la tête de la région Ile de France, « la sécurité, c’est la responsabilité de l’Etat ». Certes, mais les lycées sont sous la responsabilité de la région. Tout ça n’est pas grave, on peut se renvoyer la balle et laisser les voyous régler leur compte en toute impunité à l’intérieur ou à l’extérieur des établissements scolaires, sortir leur couteau pour un oui ou pour un non . Mais personne ne réclamera sur des statistiques ethniques sur ceux qui se comportent ainsi.

Quant aux enseignants qui subissent quotidiennement cette violence verbale ou physique, la remise en cause permanente des enseignements, les crachats, les insultes, ils peuvent continuer à réclamer des surveillants, des postes supplémentaires tout en continuant à refuser l’autorité du ministre, de l’Etat car la police, les flics, c’est « caca ».

Individuellement, ils sont nombreux à subir cette violence. Mais, collectivement ils portent une réelle responsabilité. Tant qu’ils accepteront que Roland Hubert, secrétaire général du SNES déclare dans Marianne (13 au 19 février) « Pour endiguer la violence scolaire, il faut s’attaquer aux problèmes sociaux que subissent les élèves à l’extérieur de l’école. C’est la violence de la société qui génère de la violence en milieu scolaire : quand on ne se sent pas à sa place dans la société, on devient agressif. Tant que certains élèves auront le sentiment de ne pas avoir d’avenir, d’être condamnés à la discrimination et au mépris social, ils seront dans le rejet de l’école et développeront des comportements violents vis-à-vis de leurs professeurs mais aussi vis-à-vis de leurs camarades qui en sont les premières victimes. »

Ce qui signifie clairement : « allez y les ptits gars vous avez raison ».
Soit les profs sont masos, soit que font-ils encore dans ce syndicat ? A leur place cela ferait longtemps que j’aurai renvoyé ma carte syndicale ! Parce que non seulement, il faut que ces chers enfants ne soient pas discriminés mais en plus il faut qu’ils soient certains d’avoir un avenir, une place dans la société. Il me semble pourtant qu’il y a pas mal de pays ou l’avenir n’est guère plus joyeux qu’en France. Il y a eu aussi pas mal de situations dans l’histoire ou l’avenir n’était pas radieux, est ce que cela justifiait une telle violence ?

Dans Libération du 16 février, titre en page, une en grand : « le ras le bol des profs : Quand je pars au collège, j’ai une boule au ventre », Didier Lapeyronnie, professeur de sociologie à l’université ParisIV Sorbonne écrit : « Il y a une violence très directement liée au fonctionnement de l’école. Des jeunes veulent casser un jeu auquel ils ne peuvent participer et auquel ils sont sûrs de perdre et disent-ils, de se faire humilier… La violence traduit un ressentiment des enfants et des familles vis-à-vis d’une institution qui, pensent-ils les discrimine pour des raisons sociales et raciales…. Pour eux, malgré les efforts, l’école reste un monde de classes moyennes dans lesquelles les gens des cités se sentent étrangers. Et pour des gens des quartiers issus de l’immigration, l’école reste un monde de Blancs ».

Vous avez bien lu : Pour ce chercheur, la violence est légitimée par le seul fait que « les gens des cités » se sentent humiliés et rejetés du seul fait que la classe moyenne est blanche.

Je ne sais pas si Monsieur Lapeyronnie a participé au débat sur l’identité nationale et l’avenir du vivre ensemble. A vrai dire, j’en doute un peu. Mais j’aimerais connaitre ce qu’il propose. Que tous les Blancs deviennent noirs ou colorés pour ne pas humilier ces jeunes ou que l’on se dépêche d’arrêter toute immigration puisque les jeunes issus de l’immigration loin de s’intégrer se sentent irrémédiablement étrangers ?

Heureusement, ce constat n’est pas aussi noir si l’on se reporte au récent ouvrage de Madame Attias Donfut(1) « le destin des enfants d’immigrés » surtout quand les parents font le choix de s’intégrer et de soutenir leur enfants dans leur scolarité.

En attendant, les profs peuvent continuer d’aller au lycée la peur au ventre.

Gabrielle Desarbres

Le destin des enfants d’immigrés, Claudine Attias-Donfut et François-Charles Wolf, édition Stock, 2009,315 p.

http://www.youtube.com/watch?v=PQtdlynhHRI

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