Ces insensés qui défendent la liberté d’expression face à l’islam qui la combat

Publié le 2 février 2009 - par

La liberté d’expression nous semble si naturelle qu’on en oublie ce qu’elle est. Le Robert la définit comme «l’absence de contrainte dans l’expression». La «contrainte» est une «entrave à la liberté» pouvant aller jusqu’à la violence. L’«expression» est «le fait d’exprimer par le langage». Quand ce «fait» est libre de toute contrainte, on a la «liberté d’expression».

La manière d’exprimer ou de s’exprimer – autrement dit la «forme du langage» – est ici secondaire : l’essentiel est dans l’acte libre par lequel celui qui s’exprime formule ce qu’il entend formuler, que cela soit heureux ou malheureux, plaisant ou déplaisant, soutenu ou relâché, technique ou argotique, aimable ou blessant, pieux ou blasphématoire, etc.

Cette liberté est un fait de l’homme.

Or, des hommes la contestent. Planétairement parlant, ils sont majoritaires ! Comment est-ce possible ? Ne faut-il pas jouir de la liberté d’expression pour contester la liberté d’expression ? Dire ce que l’on pense, ce que l’on ressent, ce que l’on vit, n’est-ce pas la marque première de l’humain ? Comment cette marque originelle serait-elle contestable ?

Elle l’est, pourtant, sitôt qu’on présuppose à tout discours un discours ordonnant de dire ce qui convient et interdisant de dire ce qui ne convient pas. Ce discours d’avant le discours condamne, ipso facto, l’expression qui ne lui est pas conforme, et rend le non-conformiste, ou encore l’esprit libre, indigne d’expression ! La liberté d’expression est donc condamnable !

Cette logique – qu’on pourrait croire d’un autre âge – est celle des partisans de l’islam. La Charte du Mouvement de la Résistance Islamique est, à ce sujet, on ne peut plus explicite. Pour l’islamique, en effet, «L’islam est sa règle de vie ; il en tire ses idées, ses concepts, de même que ses points de vue sur l’univers, sur la vie et sur l’homme ; c’est à lui qu’il se remet pour juger de l’ensemble de ses pratiques et c’est de lui qu’il tire les indications de la Voie droite sur laquelle mettre ses pas». (Article premier)

Il y a donc un «universalisme parfait des concepts islamiques qui s’appliquent à l’ensemble des domaines de la vie, aux représentations et aux croyances, à la politique et à l’économie, à l’éducation et à la vie sociale, au judiciaire et à l’exécutif, à la mission et à l’enseignement, à l’art et à l’information, à ce qui est caché comme à ce qui est manifeste et à tous les autres domaines de la vie». (Article deuxième)

Discuter cela serait sortir de ce cadre, et, par suite, s’égarer sur les chemins de la souillure, de la turpitude et de l’iniquité : la liberté d’expression, qui autorise cet égarement, offense la Vérité. D’où la nécessité de lancer «contre l’erreur la Vérité qui lui écrase la tête». (Sourate 21, verset 18)

C’est donc bien au nom de la pureté de ses idées et de l’éminence de ses objectifs que l’islamique entend faire taire ceux qui s’opposent à ses idées et à ses objectifs. Car ses idées déterminent ses objectifs, et ses objectifs visent la Vérité, afin que toute chose retrouve sa juste place. Dans cette perspective, accepter la liberté d’expression c’est renoncer à la Vérité, autrement dit à la religion, ou encore à la «Seigneurie divine» qui confère «le souffle et la vie». Bref, c’est devenir cet apostat qui, faute de souffle, perd la vie parce qu’il mérite de la perdre !

Voilà pourquoi toute discussion ne s’ouvrant pas sur la célébration de Dieu et ne se terminant pas sur sa Gloire est perçue comme une invasion intellectuelle qui défigure l’héritage céleste, sème la confusion dans la pensée et calomnie les idées. Or, le croyant est l’héritier céleste par excellence. Sa tâche est apologétique : la sagesse divine, qui est clarté, constitue son unique devoir. C’est cette clarté qui lui fait appréhender la liberté d’expression comme un nid de subversions et de sabotages. Qui, d’ailleurs, voudrait la liberté d’expression si celui qui s’exprime ne possède ni morale ni lucidité dans ses représentations de la vie et ses modes de fonctionnement avec les autres ?

C’est dire à quel point la liberté d’expression est incompatible avec l’idée d’un monde meilleur, car un monde meilleur ne peut être l’expression de la liberté d’expression que si la liberté d’expression est celle de Dieu. Sans Dieu, la liberté d’expression n’est autre qu’une expression falsifiée et futile ; avec Dieu, au contraire, elle est véridique et, par suite, victorieuse de tous les insensés qui prétendent la contester, car la victoire revient toujours à la Vérité.

Insensés sont donc ceux qui, au nom de la liberté d’expression, s’en prennent à l’expression divine : insensés les laïques, «le laïcisme (al-‘ilmâniyya) si­gnifiant la non-religion (al-lâdîniyya)» (Article vingt-septième) ; insensé Geert Wilders, dont le film Fitna ose montrer, par des images d’archives, la signification de tel ou tel verset du Coran ; insensée Oriana Fallaci pour sa colère contre l’islam dans son livre La Rage et l’Orgueil ; insensé Louis Chagnon pour son cours d’histoire jugé islamiquement incorrect ; insensée Bat Ye’Or pour ses analyses sur l’islamisme djihadiste ; insensée Fanny Truchelut pour avoir refusé le voile islamique dans les parties communes de son gîte ; insensée Anne Kling pour avoir souligné que l’islam n’a jamais évolué ; insensé Robert Redecker pour ses propos sur la violence dans l’islam ; insensé Theo van Gogh pour son court métrage sur la condition féminine en Islam ; insensé le Père Samuel, témoin gênant des brimades musulmanes infligées aux chrétiens d’Orient ; insensée Anne-Marie Delcambre pour avoir dit que «l’intégrisme n’est pas la maladie de l’Islam» mais «l’intégralité de l’Islam».

Tout aussi insensés sont ces musulmans d’origine comme Ibn Warraq, Salman Rushdie, Taslima Nasreen, Ayaan Hirsi Ali, Fadoua Massat, Soheib Bencheick, Rachid Kaci, Kébir Jbil, Abdennour Bidar, Mohamed Pascal Hilout ou Mohamed Sifaoui qui refusent d’un commun accord l’intégrisme islamique.

Mais plus insensés encore sont ces clercs, juristes, experts, intellectuels et autres responsables occidentaux qui acceptent d’ores et déjà l’idée du «délit de blasphème» pourvu que cesse toute critique de l’islam, et qu’ainsi s’éloigne le spectre du «choc des civilisations», terrifiés qu’ils sont par les avancées communautaristes et les colères d’une religion qu’ils n’ont pas le courage d’européaniser.

Que peut valoir, toutefois, cette attitude pusillanime face à l’islamisation de l’Europe ? Dans une société de paroles et d’écrits comme la nôtre, depuis quand l’«in-dicible» aurait-il pignon sur rue ? Comment des êtres humains, souffrant d’appartenir à un ensemble de nations qu’ils aiment et dont ils voient les valeurs s’effilocher dans la grande braderie culturelle de notre temps, n’auraient-ils pas le droit de crier leur souffrance ? Qu’aurait été le célèbre «Paris libéré» sans la parole libérée ? Et qu’avons-nous appris de cette parole sinon que nous avons toujours le pouvoir de dire «non» ?

Ce «non» n’incombe ni à nos enfants ni, a fortiori, à nos petits-enfants, pas plus qu’il n’incombe à tel ou tel parti politique : il nous incombe, si nous voulons que nos valeurs perdurent ! Nous devons comprendre qu’il ne saurait y avoir d’avenir sans «reconnaissance» du passé, la «reconnaissance» étant «signe de ralliement» et «gratitude». L’avenir est devoir de mémoire.

Des hommes ont donné leur vie non seulement pour que nous n’ayons pas à donner la nôtre, mais encore pour que nous puissions vivre les valeurs qui les ont tenus debout quand tout s’écroulait autour d’eux. C’est pour eux, et pour ces valeurs-là, qu’il faut refuser de se taire.

Car enfin, pourquoi faudrait-il se taire ? Pour ne pas choquer ? Pour courber l’échine ? Pour vénérer le silence, dont on dit qu’il est plus éloquent que toutes les paroles ?

Mais le silence lui-même est choquant par les paroles qu’il contient lorsqu’il courbe l’échine !

Maurice Vidal

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