Cher petit monsieur Raphaël, vous êtes un lâche de vous en être pris à Jeanne d’Arc

Publié le 22 novembre 2010 - par - 504 vues
Share

Cher petit monsieur,

« Si j’avais pas ma carte de lâche », dites-vous ? Quelle lucidité !
En effet, vous êtes un lâche, mais pas de la façon que vous chantez, car votre aveu n’est qu’une de vos multiples postures. Votre véritable lâcheté, l’humaine, l’intérieure, est plus sournoise et mieux dissimulée. C’est pourquoi, je vais m’appliquer à vous la révéler.

En premier lieu, vous êtes un lâche par votre choix de Jeanne d’Arc comme théâtre de votre bouffonnerie.
Pourquoi elle ? peut-on s’interroger.
L’évolution de notre société et ses dérives que vous flattez, à l’instar de tant d’autres démagogues, ramène Jeanne au premier rang des grands symboles de l’identité française. On la cite de plus en plus souvent aux côtés d’un autre grand résistant : le général de Gaulle.
Et je vous repose ma question.
Pourquoi Jeanne d’Arc et pas de Gaulle, plus récent, plus vivant, dont le souvenir est encore vibrant des hommages qui viennent de saluer le quarantenaire de sa mort ? Trop haute, une statue du général, pour faire le pitre ? Vous êtes sujet au vertige ? Trop périlleux de monter vous jucher sur son képi, au-dessus de ses étoiles, vous qui vous prenez pour une star ?

Une statue équestre de Jeanne est infiniment plus confortable, n’est-ce pas ? Et vous pouviez y donner libre cours à votre inconséquence, sans trop courir de risques. Médiatiques surtout. Avec de Gaulle, vous précipitiez au désastre. Ses partisans sont aujourd’hui plus nombreux que jamais, et organisés de surcroît. Ils vous auraient pulvérisé avant même que vous ne redescendiez de votre échelle.
Ceux de Jeanne, en revanche, sont plus disséminés, et son œuvre de six siècles bientôt, assez ancienne pour être oubliée dans son détail. Vous pouviez donc vous en prendre à elle en toute impunité, avec cette lâcheté des encapuchonnés que vous admirez.

Mais la lâcheté marche du même pas que le cynisme et vous avez su combiner l’une et l’autre.
En effet, vous avez surtout jeté votre dévolu sur Jeanne d’Arc, parce qu’elle souffre de deux handicaps rédhibitoires qui alimentent dans l’esprit de vos chouchous, cette haine que tant vous glorifiez : elle était femme d’action et elle était chrétienne.
Pour ces deux raisons mûrement réfléchies, qui dévoilent tout le sens de votre pantalonnade, Jeanne était un bon coup à jouer !

Jeanne était une femme d’action, attelée à une redoutable mission d’homme, de guerrier. Femme opiniâtre qui s’est battue, chaque jour de sa courte vie publique, pour s’imposer. Femme fidèle à ses valeurs, résolue à tenir sa feuille de route à l’écart de tout compromis. Femme traitant avec des chefs d’armée, capable de leur dicter une stratégie, capable de conduire les hommes qu’elle commandait à la bataille.
Vous qui prenez ouvertement parti pour les nouveaux esclavagistes, ceux qui prétendent, au nom de leur vision de l’islam, emprisonner les femmes libres et les tuer à coup de pierres, il n’est pas surprenant que vous ayez choisi de souiller l’effigie de cette femme-là.

Vous en êtes sans doute ignorant, aussi vais-je vous l’apprendre : c’est d’avoir transgressé les codes sociaux imposés par la religion de son temps, en portant des vêtements d’homme, que Jeanne a finalement été suppliciée. Ultime manipulation concoctée par ses ennemis pour enfin la réduire à néant.

Étrange bégaiement de l’histoire, ne trouvez-vous pas ? L’actualité nous ramène, par la voix de religieux totalitaires, ces mêmes actes d’accusation, au nom desquels ils affirment leur droit d’asservir les femmes.

Jeanne était une chrétienne.
Le christianisme, malgré les errements qu’il a connus et dont il s’est soigné, a été, au cours des siècles passés et notamment au Moyen Âge, facteur de civilisation et de paix, de construction du royaume de France et de cohésion du peuple français. Cela, n’importe quel médiéviste vous le dira et, que cela vous plaise ou non, le christianisme est enraciné dans notre évolution, c’est d’ailleurs pourquoi il s’est coulé sans problème dans la laïcité au 20è siècle.

Civilisation, unité, cohésion… des mots inacceptables pour vos archaïques amis communautaristes, dont les manipulations n’ont d’autre but que de balayer notre mémoire, de fragmenter la société française, afin de la désintégrer, aidés en cela par les révisionnistes de tout poil qui n’ont de cesse de nous imposer leur récriture de l’Histoire.

Face à ceux qui utilisent leur foi comme un cheval de Troie pour saper nos valeurs, Jeanne d’Arc était évidemment le symbole qu’il fallait ridiculiser.

Il est une dernière raison qui atteste la rigoureuse préméditation de votre attaque : Jeanne était une fille du peuple, symbole d’une France modeste, qui s’élève dans la hiérarchie sociale par volonté et par vertu, par courage et franchise, par fidélité et par respect. Toutes valeurs qui sont autant de provocations pour vos intouchables qui n’ont de cesse de « niquer la France ».

J’ai gardé le pire pour la fin, l’ignominieux, le salace, le firmament de votre lâcheté !
VOUS AVEZ CHEVAUCHÉ LA PUCELLE !
Quelle action d’éclat ! Quel panache ! Car cette bataille de la pureté, qu’elle voulait à l’image de sa bataille pour la libération de la France, elle l’a aussi remportée. Malgré ses bivouacs au milieu des soldats qui la respectaient. Malgré ses cinq mois d’incarcération à Rouen où elle passait chaque nuit enchaînée sur son châlit, à la merci de ses gardiens qui la harcelaient sans cesse à l’intérieur même de sa geôle.
Bas les pattes, petit mec ! TOUCHE PAS À MA JEANNE !

C’est pourquoi, je tiens votre misérable performance pour une profanation.
C’est pourquoi, je vous considère à l’égal des provocateurs médiocres, pauvres d’esprits et autres nostalgiques du nazisme qui profanent régulièrement les carrés juifs et musulmans de nos cimetières (les tombes du tout-venant chrétien et des athées également, mais les médias n’en parlent jamais. Comment verser de l’huile sur ce feu-là ?)
Vous vous posez ainsi, par votre acte, en héritier des malfaisants qui ont conduit Jeanne à sa perte et le soutien que vous apportez aux malfaisants d’aujourd’hui vous permet de mieux distiller votre haine.

Décidément, cher petit monsieur, vous avez raison, vous possédez bien votre « carte de lâche » et il ne tient qu’à vous de la déchirer. Ce jour-là, les hommes et les femmes de notre pays que vous insultez accepteront peut-être vos excuses.

Jacques Cassabois

écrivain pour la jeunesse

auteur de JEANNE aux éditions Hachette.

www.jacquescassabois.com/

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.