Chez nous, il y a des choses que l’on dit !

Publié le 16 mars 2009 - par - 207 vues
Traduire la page en :

Tout comme Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Ville, j’ai eu les larmes aux yeux en écoutant Idir réciter sa « lettre à ma fille », un dimanche après-midi sur France 2. (1).

Et puis j’ai senti que quelque chose ne collait pas. Le chanteur kabyle n’est pas du genre à fréquenter la mosquée, comme il le prétend dans ce poème. Sa fille Tanina n’est pas du genre à porter le voile. Si elle est « bonne élève », c’est surtout du Conservatoire où elle a appris à faire sortir d’un piano ces arpèges qui parlent au cœur, et non pas d’une quelconque école coranique où l’on abrutit des gosses innocents.

Cette contradiction d’avec les paroles bouleversantes d’Idir lors de cette émission de Michel Drucker consacrée à Fadela Amara m’a été confirmée par une amie maghrébine à qui j’ai fait écouter ce passage. Elle m’a paradoxalement demandé de télécharger cette vidéo sur son I-Pod, tout en la qualifiant d’« hypocrisie ». En arabe, le mot « hypocrisie » sert généralement à désigner ceux et celles qui renient peu ou prou leurs traditions et la religion islamique. Mais après discussion, je compris que l’hypocrisie qu’elle dénonçait était ailleurs. Il s’agissait de cette hypocrisie de la bien-pensance où les musulmans savent que leurs dogmes contredisent leurs sentiments. Et alors, le personnage joué par Idir dans ce poème est parfaitement campé dans cette « hypocrisie ».

Faut-il condamner cette schizophrénie que l’on nomme « hypocrisie », et que nombre de familles musulmanes appliquent tant en France que dans leurs pays d’origine ? Faut-il distinguer entre l’obéissance aveugle envers des dogmes réputés divins, et la crainte du quand-dira-t-on au « bled » ou dans nos cités ? Je pense que oui. Je ne mets pas tout à fait sur le même plan ce député islamiste marocain qui fustige le film « Amours voilées » (2), et cet imam émargeant à l’UOIF qui pète de trouille de peur que sa « communauté » n’apprenne que sa fille vit en concubinage avec un « mécréant ».

Cette hypocrisie n’est pas propre à l’islam. Je pense à toutes ces femmes enceintes de prêtres catholiques, dont les autorités ecclésiastiques tentent d’acheter le silence en leur proposant des dédommagements sonnants et trébuchants, ou la solution d’un avortement pourtant condamné par l’Eglise y compris dans des situations scandaleuses (3). Ce qu’il y a de commun entre tous ces faux-culs, c’est la peur panique d’affronter l’Homme (et surtout la Femme), et son désir. C’est le même bannissement du corps et de l’amour qui s’exerce.

Il y a tout de même une différence subtile entre l’islam et le christianisme. D’après les Evangiles – qui ne sont qu’une légende, mais qui devraient tout de même être la source axiomatique des chrétiens -, Jésus pardonnait à la femme adultère et fréquentait toutes sortes de pharisiens, et en particulier les femmes « pécheresses ». Quelques siècles après cette « révélation », celle de l’islam rétablissait l’ordre archaïque en même temps que de son côté, l’Eglise catholique vouait également à la damnation éternelle les amours interdites et tous les mal-pensants.

L’Occident s’est débarrassé de tout ce fatras religieux. Toute son histoire en atteste, depuis l’amour courtois du Moyen-Age jusqu’à Mai 68 et la théologie de la libération, en passant par la psychologie moderne. Les sociétés arabes eurent aussi leur poètes libertins, leurs al-Tifachi, leurs al-Nafzawi et leurs Mille et Une Nuits. Mais ces contes érotiques, en se présentant comme licencieux par rapport à l’islam, n’en remettent nullement en cause les fondements répressifs.

« Chez nous, il y a des choses qu’on ne dit pas », fait dire Idir à son personnage. Il ne dira donc pas, bien qu’il le dise, qu’au fond de lui il aime cette fille hypothétique, qu’il voudrait bien qu’elle enlève cette saloperie de voile et qu’elle vive les désirs de ses vingt ans, comme toutes ses copines de son âge. Le décalage fondamental d’avec les sociétés modernes, c’est justement dans le fait que « ces choses », on ne les dise pas. Chez nous, on les dit. Peut-être trop, peut-être jusqu’à l’excès qui chosifie la sexualité, mais on les dit.

C’est l’une des différences fondamentales qui sépare les sociétés arabo-musulmanes de la modernité. C’est cette hypocrisie qui fera qu’une Rachida Dati considérera – dans un premier temps – que l’annulation d’un mariage lillois pour cause de non-virginité est une solution acceptable. C’est la même imposture qui nous fait accepter le foulard islamique en espérant que les filles qui y sont obligées découvrent comme par enchantement la laïcité à l’école républicaine.

Ne prêtons jamais le flanc à cette tartufferie. La liberté, ça se dit et ça s’écrit, ça ne se cache pas. Ou alors nous prendrons le risque de cautionner ces prêtres pédophiles et ces imams violeurs qui dissimulent leurs turpitudes tout en refusant aux autres le droit d’aimer.

Chez nous, il y a des choses que l’on dit. Et nous les disons, de Jésus à Voltaire, d’Aragon à Eric Zemmour, d’Aliéror d’Aquitaine à Jean Jaurès, de Goethe à Sylvain Gouguenheim, de Descartes à Robert Redeker, nous préférons avoir raison avec la raison plutôt que tort avec les ayatollahs. C’est notre Histoire, celle du réalisme et de la vérité, n’en déplaise aux censeurs fascistes de tous bords. La vérité ne s’embarrasse ni de robes de curés, ni de kippas protectrices ni de hijjabs censeurs. La vérité, c’est ce qui permet d’être libre.

Chez nous, il y a des choses que l’on dit. C’est difficile, je le reconnais, et pas seulement pour les gens de culture musulmane. Mais c’est tellement mieux de se sentir libre, plutôt que de vivre dans la peur. A condition qu’on ne se sente pas seul et en danger. Alors tous ensemble, montrons une solidarité sans faille pour aider ceux – et surtout celles – qui comptent sur nous pour affirmer à la face des tartuffes leurs désirs et leur humanité.

Djamila GERARD

(1) http://www.youtube.com/watch?v=CxQSXlPP5Qs

(2) https://www.ripostelaique.com/La-femme-voilee-vue-par-un-depute.html

(3) https://www.ripostelaique.com/L-Eglise-du-Bresil-n-est-pas-mieux.html

Print Friendly, PDF & Email

Riposte Laïque vous offre la possibilité de réagir à ses articles sur une période de 7 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires injurieux ou diffamants envers les auteurs d'articles ou les autres commentateurs.
  • La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de langage ordurier ou scatologique, y compris dans les pseudos
  • Pas de commentaires en majuscules uniquement.
  • Il est rappelé que le contenu d'un commentaire peut engager la responsabilité civile ou pénale de son auteur

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi