Circoncision : une députée UMP veut nous faire tous payer pour couper un bout de zizi proprement !

Publié le 9 février 2009 - par - 3 972 vues
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Il fallait que cela arrive. Il fallait bien qu’un jour, un responsable politique propose que la circoncision soit remboursée par la Sécurité Sociale! Ce jour est arrivé, et ce responsable politique est une femme. Elle est jeune, charmante et dynamique… et elle aime voyager. Elle participe, en tant que parlementaire, à différents groupes d’amitié, à la fois vice-présidente du groupe France-Arménie et du groupe France-Tunisie, membre du groupe France-Israël, du groupe France-Etats-Unis, du groupe France-Espagne, du groupe France-Finlande.

Elle s’appelle Valérie Boyer, elle est députée UMP des Bouches-du-Rhône, élue à Marseille en juin 2007, déléguée au Grand Projet de Ville et au Contrat Urbain de Cohésion Sociale. Proche de Gaudin, tout en se disant à l’écart des conflits de personnes et de courants, (prudente en plus !) elle est aussi Conseillère communautaire de la Communauté urbaine.

Elle fait, en outre, partie de la commission parlementaire des Affaires culturelles, familiales et sociales, de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances. Elle s’est illustrée en 2008 par la publication d’un rapport sur l’obésité des enfants qui déclencha une vaste campagne nationale de prévention.

A part son goût prononcé pour les voyages et la découverte des autres cultures, son intérêt pour les communautés et la cohésion sociale, Valérie Boyer aime travailler dans le domaine de la santé publique dans un objectif préventif. On ne va pas lui en vouloir, la prévention c’est dans l’air du temps. Quitte à dépenser l’argent des contribuables autant que les causes qu’elle défend la rendent populaire, et rapportent des voix favorables à son parti.

A Marseille, les élus de tous bords savent envoyer leur filet là où la pêche est bonne et sur ce coup là, la député-adjointe au maire tente une belle prise. Les communautés juives et musulmanes ne manqueront pas d’y voir un signal fort de la part de l’UMP. Il faut dire qu’à Marseille on cultive déjà depuis plusieurs années le dialogue inter-religieux au nom de la laïcité ouverte par le biais de « Marseille Espérance », structure financée par les fonds publics qui rassemble les représentants des sept religions les plus importantes de la ville.

En cette période de conflit latent entre les deux communautés, l’UMP marseillaise pourra se vanter d’avoir réussi à réunir sous la même bannière revendicative les juifs et les musulmans. On verra bientôt les imams et les rabbins manifester bras dessus bras dessous sur la Canebière, avec Valérie Boyer à leur tête, pour réclamer le droit à une circoncision libre et gratuite, avec une banderole commune : le corps de nos enfants nous appartient.

Valérie Boyer appuie sa proposition de quelques arguments de santé publique qui ressemblent fort aux argumentations hygiénistes de certains défenseurs de la circoncision prétendument laïques qui occultent totalement l’atteinte à l’intégrité physique des mineurs que constitue un tel acte. On retrouve bien là le même angélisme qui existait il y a quelques années dans les rangs des humanistes de gauche à propos de l’excision.

On ne remet pas facilement en cause les us et coutumes et les pratiques religieuses dans ce pays des droits de la Homme, même quand elles mettent en danger la vie des enfants. Le relativisme culturel impose des silences complices et un immobilisme conformiste bien confortable. Car il faut faire attention aux discours qui remettent en cause la circoncision. Il y a du tabou dans l’air et beaucoup d’hypocrisie. Il y a surtout des intérêts financiers faramineux en jeu pour les chirurgiens qui se spécialiseront officiellement dans ce type d’intervention si la proposition Boyer est acceptée. A l’heure actuelle, il n’existe aucune statistique sur le nombre de circoncisions rituelles effectuées pour des raisons médicales et effectivement remboursées par la Sécu. On comprend bien qu’aucun médecin n’avouera qu’il fait partie de ceux qui détournent la loi.

Il est donc toujours très difficile d’aborder ce sujet sans prendre le risque de se fâcher avec ses meilleurs amis. La circoncision fait partie de ces sujets délicats qui engendrent souvent de féroces polémiques (comme d’autres sujets tels que la prostitution ou l’euthanasie). Dans les rangs des bien-pensants de gauche comme de droite, il n’est pas politiquement correct de dire que la circoncision est une mutilation. Il ne faut surtout pas mettre en parallèle la circoncision et l’excision, ni affirmer que la circoncision imposée aux nourrissons (juifs) ou aux jeunes garçons (4 à 6 ans chez les musulmans) est une pratique barbare et qu’il faudrait l’interdire quand elle est pratiquée sur des mineurs (il en est question au Danemark) au nom du respect des droits des enfants.

Quoi qu’il en soit, on se demande comment madame Boyer peut formuler une proposition aussi aberrante quand on sait dans quel gouffre financier se trouve notre Sécurité sociale et quand on voit les mesures de plus en plus drastiques imposées aux malades et aux médecins pour limiter les dégâts et renflouer les caisses ?

« Rembourser la circoncision dans un pays laïque… alors que dans ce même pays on dé-rembourse les anti-inflammatoires, les seuls à soulager les douleurs articulaires de nos petits vieux, qui soit-dit en passant n’ont pas droit à la CMU ! Ces gens qui tiennent les rênes de notre pays sont vraiment des MINABLES ! » (parole d’internaute).

Il faut savoir que, lorsqu’elle n’est dictée par aucune considération médicale, une circoncision coûte entre 500 et 1000 euros. « Compte tenu de cet état de fait, explique Valérie Boyer, nombre de circoncisions rituelles sont effectuées sous couvert d’indications médicales. » Les familles se repassent les coordonnées de médecins sans scrupules, aliénés ou compatissants, disposés à se rendre complices d’une fraude. Quasiment toutes ces interventions chirurgicales sont des circoncisions rituelles ou bien des traitements de phimosis acquis provoqué par le décalottage intempestif et brutal de pédiatres et de mères incompétentes. Ces décalottages barbares blessent le prépuce, lequel cicatrise en formant un anneau fibreux cause de phimosis. Une abomination, en quelques sortes ! (1)

De plus, il s’avère que les pratiques ancestrales, non médicalisées, engendrent un taux important de complications (hémorragies, surinfections, plaies et mutilations du gland), complications qui sont nécessairement prises en charge par la Sécurité Sociale. « L’évolution démographique et sociologique de notre pays, ajoute la députée, pose la question de la place de cet acte chirurgical en termes de santé publique, de coût pour l’assurance maladie et de la laïcité. »

Tiens donc, madame la députée, on se demande ce que vient faire « la laïcité » dans cette histoire ?

Vous y tenez à cette laïcité, vous y revenez à nouveau comme une si c’était une formule magique sortie de la panoplie des discours formatés des politiciens de tous horizons. Sarkozy vous a montré comment vous en servir, en l’appelant « positive ». Il faut croire qu’elle vous est bien utile, cette laïcité positive, pour faire passer la pilule devant les parlementaires les plus réfractaires.

Valérie Boyer précise : « Entre la prise en charge complète par l’assurance maladie ou par les familles de cet acte, une troisième voie serait envisageable impliquant la création d’un contrat d’assurance circoncision proposé à la naissance des enfants mâles et destiné à prendre en charge les frais de réalisation de l’acte chirurgical. Il pourrait être, en outre, envisagé, sous certaines conditions et en préservant le principe de laïcité, une participation limitée de l’assurance maladie. »

« En préservant le principe de laïcité » ! Mais, Madame la députée, savez vous ce qu’est le principe de laïcité ? Pensez-vous le respecter en favorisant, par sa prise en charge, la pratique d’une mutilation sexuelle qui n’existe que parce que des dogmes religieux l’imposent ? Et pourquoi ne pas demander en même temps la légalisation et le remboursement de l’excision ? Certains spécialistes estiment, en effet, qu’une forme d’excision appelée aussi « circoncision féminine » quand elle prend la forme de la seule ablation du capuchon clitoridien, peut être assimilée à une circoncision. (2)

Un Etat laïque, madame Boyer, ce n’est pas un Etat qui se plie aux exigences de la religion, ce n’est pas un Etat qui encourage des coutumes incompatibles avec le respect de l’intégrité des êtres humains, ce n’est pas un Etat qui donne des facilités financières aux familles pour mutiler « dans les règles de l’art » le corps de leurs enfants !

Mais il est vrai que pour vous la santé publique passe avant tout et que la prévention vous tient à cœur. Vous n’avez que faire de la laïcité et vous n’êtes pas la seule à penser qu’il vaut mieux couper les prépuces proprement que de se poser la question de l’utilité d’une telle pratique. Vous faites, il est vrai, des propositions originales « afin d’élaborer un protocole clair et applicable à tous qui préserverait la neutralité et l’égalité républicaine. » « La neutralité et l’égalité républicaine », rien que ça !

Peut-on parler de neutralité républicaine, madame Boyer, lorsqu’il s’agit de mettre à contribution l’ensemble des citoyens de ce pays pour financer un rituel religieux perpétué par les musulmans et les juifs et qui consiste à marquer, à vie, le sexe de leurs enfants mâles ? Est-ce être neutre que d’encourager une partie de la population à faire circoncire leurs garçons à un âge où ils n’ont pas le choix ?

Où est l’égalité républicaine, madame Boyer, quand vous estimez que la Sécurité sociale doit prendre en charge (afin de compléter « l’assurance circoncision » que devront prendre les familles) l’ablation rituelle du prépuce d’une partie de la population ? Croyez-vous que les autres citoyens, à qui on refuse le remboursement de certaines prestations pour faire des économies, accepteront, par solidarité et au nom de l’égalité républicaine, une telle absurdité ?

« J’ai un ami qui a un petit salaire, il a perdu une dent faute de soins et n’a pas d’argent pour la remplacer. C’est ça la France de ceux qui endurent ! » (parole d’internaute).

L’idée se répend que la circoncision protègerait du SIDA. C’est ce qu’ont affirmé des chercheurs Franco-Sud-Africains lors d’une conférence internationale en 2005. Ces chercheurs, si bien intentionnés soient-ils, ont assurément ouvert une nouvelle manne pour tous les coupeurs de prépuces qui en feront leur beurre. On a quand même l’impression, en lisant des articles de médecins incrédules, que cette campagne n’est qu’une vaste supercherie.

Sami Aldeeb (3), farouche opposant à la circoncision et auteur d’études critiques sur le sujet, explique que si cela était vrai les Américains seraient moins infectés par le VIH que les Européens alors que c’est l’inverse qui se passe. « En fait, écrit il dans l’un de ces ouvrages, la circoncision n’a que deux avantages : elle réduit le poids de l’enfant et alourdit la poche du médecin. »

Bientôt, grâce à Valérie Boyer, la circoncision aura un autre avantage, celui de rassembler religieux musulmans et juifs sous la même bannière.

A quand, avec les mêmes arguments, la demande de remboursement de la réfection d’hymens, …et de l’excision, par-dessus le marché ?

Brigitte Bré Bayle

(1) http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=697&var_recherche=d%E9calottage

(2) http://www.flwi.ugent.be/cie/aldeeb1.htm

(3) http://www.fairelejour.org/article.php3?id_article=745

http://enfant.ovh.org/infos.html

A lire : « Circoncision, le complot du silence » de Sami Aldeeb aux éditions L’Harmattan, avril 2003

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