Colonisation : faut-il culpabiliser ?

Publié le 23 novembre 2009 - par
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La réponse est non, surtout pour les français d’aujourd’hui.
La colonisation a revêtu bien des aspects militaires, économiques, sociaux, philosophiques, etc.

Les uns sont négatifs, même très négatifs, sur fond de conquêtes et de massacres, d’exploitation et de racisme, d’évangélisation musclée, de recrutement de chair à canon.

Les autres, plus ambigus, reposent sur des concepts civilisateurs, les apports culturels, la mobilité (immigration dans la métropole), le développement économique grâce entre autres aux infrastructures publiques, la rationalisation administrative, la fin des guerres intestines et des razzias esclavagistes, essentiellement arabes à cette époque.

Quand on essaie de faire un bilan, il est bien difficile de se prononcer en toute objectivité tant ce problème reste passionnel, surtout après les guerres d’indépendance. Bien difficile de faire un bilan comparatif, tant les puissances coloniales étaient omniprésentes dans le monde entier. Que serait devenue la chine sans les enclaves occidentales ? Que serait aujourd’hui le Japon sans la guerre mondiale, l’occupation et l’aide américaine?

Toutefois, pour s’en tenir à la colonisation française, force est de constater une grosse différence entre les colonies de peuplement, essentiellement l’Algérie,
Et les possessions d’Afrique noire qui ont accédé à l’indépendance sans effusion de sang ou presque.

Des générations entières de français ont été envoyées sur place pour pacifier, moderniser, construire, administrer, guérir, enseigner. Il est tout à fait injuste de les mettre dans le même panier que les exploiteurs de tout poil. J’ai passé personnellement trois ans de coopération en Algérie, et je ne me sens pas du tout concerné par la repentance préconisée par les « indigènes de la République. » Tous les « français » d’Algérie n’étaient pas partis : j’y ai rencontré de nombreux enseignants pieds-noirs qui n’avaient rien à se reprocher et à qui on ne reprochait rien.

J’ai bien connu, pour des raisons familiales, les milieux coloniaux africains, essentiellement fonctionnaires ou assimilés. Certes, les conditions de vie étaient, à qualification égale, bien plus faciles qu’en métropole, climat excepté. La nombreuse domesticité à moindre coût n’y était pas pour rien, sans compter les avantages spécifiques comme le « tiers colonial ». On sait aussi que l’économie était essentiellement primaire (plantations, extraction, exploitation forestière, transports, etc.), confiée à des entreprises métropolitaines employant la main d’œuvre locale encadrée par des contremaîtres coloniaux, sans investissements lourds. Les investissements publics étaient certes d’abord destinés à cette économie coloniale, mais elle a profité et profite encore aux populations locales.

Le départ des coloniaux n’a pas posé pour eux de problèmes graves. Les entreprises sont d’ailleurs souvent encore en place.

Il en a été tout autrement en Algérie. La colonisation de peuplement (1848, 1871, alsaciens, immigrations italienne et espagnole) a été beaucoup plus traumatisante pour les populations autochtones, repoussées à l’intérieur des terres. Il ne s’agit plus de fonctionnaires ou de cadres moyens, mais d’un peuplement d’origine populaire. La prégnance de l’Islam, aucunement contrecarrée par la laïcité républicaine qui n’a jamais franchi la méditerranée, est une caractéristique forte.

Certes, là aussi, la colonisation a permis le développement et la modernisation, les apports culturels et sanitaires. La preuve en est l’augmentation considérable de la démographie autochtone grâce à la fin des famines, des épidémies et des guérillas intestines, du plein emploi, même à des coûts dramatiquement bas. L’économie et le commerce, par contre, sont beaucoup plus équilibrés qu’en Afrique noire.

Cette population de colons a représenté une force électorale très cohérente et efficace : Chaque fois que le pouvoir central avait quelques velléités progressistes au bénéfice des autochtones (je répugne à utiliser l’expression « population musulmane », comme si un maghrébin était forcément musulman, arabe de surcroît !), les lobbies des français d’Algérie s’y opposaient avec succès la plupart du temps. Par exemple, pas question de donner le droit de vote aux « arabes » ! Ni d’avoir les mêmes salaires qu’en métropole ! Ni de donner la nationalité française aux anciens combattants de 14-18. Ce fut le cas, en particulier, sous le second Empire où Napoléon III avait une notion de la colonisation pas du tout du goût des « pieds-noirs » (cette «expression est bien postérieure, mais tant pis…)

Alors, qu’on ne vienne pas rendre tous les français responsables de ça ! Et même chez les français d’Algérie, j’ai connu des progressistes qui se sont battus toute leur vie pour l’égalité des droits et lutté à contre-courant contre le racisme.

Quant à ce dernier, une des constantes de la colonisation, il est bien pratique pour justifier la spoliation et l’exploitation. Remarquons aussi que la mise en valeur unilatérale des terres et des ressources naturelles a donné à ces territoires une valeur qui a suscité des jalousies nouvelles. Les problèmes de la Palestine en sont une illustration flagrante.

Cela me fait penser que si Obama avait été un descendant d’esclaves, il n’aurait jamais été élu. Je crois même savoir que son ethnie nilotique maternelle au Kénia avait historiquement exploité les kikouyous, population bantoue préexistante.

L’ambigüité des « bienfaits » de la colonisation

Le regain démographique est un cadeau empoisonné, on le voit bien en Algérie avec une économie défaillante incapable d’employer l’innombrable population de jeunes, évidemment candidate à l’immigration clandestine dans l’ex métropole.

Créer des infrastructures modernes n’est pas suffisant pour développer un pays : il aurait fallu y implanter des entreprises de main d’œuvre permettant une autosuffisance. On a fortement compromis l’agriculture familiale vivrière en dépeuplant de fait les territoires, quand on ne les a pas définitivement stérilisés par des méthodes d’agriculture inadaptées, sans parler de la déforestation qui continue.

Que penser enfin de ces jeunes à qui la France glorifie les bienfaits de la révolution française et de l’égalité des droits, et qui constatent à quel point il y a loin des paroles aux actes.

En créant des frontières artificielles sans tenir compte des populations en présence, on a certes stoppé l’esclavagisme et les guerres tribales, mais on a figé des situations historiques en cours d’évolution. Pas étonnant que ressurgissent brutalement les conflits d’autant plus sanglants qu’ils bénéficient dorénavant d’armements modernes, fournis par les anciens colonisateurs.

En particulier, le conflit ancestral entre les populations majoritairement musulmanes du nord, souvent nomades, et les populations subsahariennes traditionnellement dominées et exploitées par les premières. Dans l’Afrique de l’Est, ce sont les anciennes populations nomades nilotiques et les peuplements bantous, comme au kénia, au Ruanda, au Burundi, au Zimbabwe qui s’affrontent dans des carnages innommables suite à des haines héréditaires. C’est un fruit bien amer de la civilisation coloniale…

Daniel Cabuzel

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