Comparer les expulsions et les rafles : une imposture honteuse

Publié le 27 février 2008 - par
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France 2 a diffusé mardi 19 février une émission remarquable « Résistances » consacrée dans ce deuxième volet à l’aide que les Français ont apporté aux Juifs pendant l’occupation et surtout pour cacher les enfants. Cette émission, s’appuyant sur de très nombreuses sources d’archives l’INA, de documents cinématographiques originaux d’époque, apportait un autre regard montrant que les Français sans être tous des héros n’étaient pas tous des racistes et montrait la France a été un pays où les Juifs ont été mieux protégés que dans d’autres notamment les Pays Bas. Toutes les déportations n’ont pas été évitées mais nombreux sont ceux qui ont essayé même dans la police de prévenir les rafles et les déportations.

Au regard du contexte politico-médiatique, cette émission m’a conduite à deux réflexions.

Premièrement, par rapport à la proposition du président de la République de parrainer la mémoire d’un enfant juif déporté et surtout au regard des réactions que cette proposition a suscitées. On peut reprocher à Nicolas Sarkozy, c’est d’avoir lancé sa proposition comme un énième effet d’annonce. Mais la forme ne doit pas servir de prétexte pour éluder le fond : le bien fondé du travail de mémoire, comme pour la lecture de la lettre de Guy Moquet.

Sur le fond comme ces déclarations sur la religion et la laïcité, il est juste de les dénoncer et Riposte laïque n’est pas en reste. En revanche, sur d’autres sujets il semble que tout est prétexte pour s’opposer et quand ce n’est sur le fonds c’est sur la forme. Certes, mais n’est ce pas également un moyen facile d’éviter ainsi de se poser les questions de fond ?

A entendre les enseignants, ils n’ont pas besoin qu’on leur dise ce qu’ils ont à faire et ils font cela très bien, d’ailleurs à les entendre et surtout leurs représentants « tout marche tellement bien ».
Pourtant comme l’ont révélé de nombreux ouvrages comme « les Territoires perdus de la République », nombre d’enseignants d’histoire ne peuvent évoquer plus la shoah dans leur classe. D’ailleurs, un certain nombre de réactions s’est appuyé sur cette situation pour dénoncer la proposition présidentielle : Pourquoi disent -ils évoquer la mémoire des enfants juifs et pas celle des enfants arméniens, rwandais, palestiniens ou même celle des africains esclavagisés, colonisés? Certains allant même à dire dans des attitudes de renoncements bien connues « parler des enfants juifs dans certains endroits c’est une provocation, pourquoi ne pas parler des enfants palestiniens ? »

Dans ces arguments, on note que certains oublient le caractère unique de la shoah qui n’est pas tant dans la barbarie car le caractère barbare est malheureusement le fait d’innombrables massacres mais dans l’objectif de l’extermination totale rationalisée. Des guerres, des massacres, voire des génocides (encore que ce terme soit parfois galvaudé), il en a eu énormément malheureusement au travers des temps et de l’humanité et les enfants n’ont pas été épargnés. Et la mort de toute personne et de tout enfant est en soit inacceptable. Mais une fois ce principe posé, il faut admettre que la shoah se situe dans un registre différent.

La solution finale décidée à la conférence de Wannsee, l’idée de retirer de l’espèce humaine une catégorie de personnes a atteint une dimension absolue du racisme qui ne peut être comparée à aucune autre.. C’est ce que démontrait de façon incontestable cette émission. On le sait déjà diront certains. On en a assez parlé diront d’autres. Mais les générations se renouvellent, le temps passe et certains réécrivent l’histoire où développent certaines amnésies.. Il ne me paraît pas absurde, inutile que cela soit rappelé comme une exigence de mémoire et peut- être que le faire à la fin du primaire, à un âge où les enfants sont encore des enfants pas encore complètement déformés par la mentalité des collèges ne me paraît pas scandaleux…

De plus, les enfants que l’on évoque étaient à l’école en France et que de nombreuses écoles primaires conservent des plaques portant le nom des enfants déportés. Il ne s’agit pas de culpabiliser les enfants ni de faire acte de repentance mais de faire en sorte que les jeunes n’oublient pas et que les adultes, parents et enseignants ne se taisent pas pour éviter les réactions de certains et la concurrence de la victimisation. Signalons d’ailleurs au passage que la mairie de Paris sous l’égide de Bertrand Delanoé a rénové de nombreuses plaques mais, me semble-t- il, surtout pour ajouter «que les rafles avaient été commises avec la collaboration de la police française ».

Autre réflexion : Je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle entre ceux qui ont courageusement, au risque de leur vie, protégé des enfants contre l’extermination et les chambres à gaz et ceux qui se rejouent aujourd’hui le film la résistance. Complaisamment, les journaux télévisés, ceux de la 3 en particulier, multiplient les reportages complaisants montrant comment « d’héroïques résistants » cachent qui une famille arménienne ou géorgienne, qui une maman marocaine et sa fille…C’est à ce moment que le terme imposture s’est imposé à moi et m’a donnée l’idée d’écrire cet article. Car de quel autre mot désigner la comparaison entre des enfants et leurs parents qui sont menacés de retourner vivre au Maroc, en Algérie, en Géorgie ? Comment peut-on oser de telles comparaisons ?

Que les associations et les hébergeants se racontent des histoires pour se donner le beau rôle, passe et encore. Mais que des journalistes accréditent ces histoires, en dit long sur leur professionnalisme. On peut s’étonner d’ailleurs qu’aucune autorité française ou étrangère ne s’insurge contre ces comparaisons abusives…La France est une démocratie qui a des lois et qui entend les faire respecter. N’en déplaise aux médias et à tous ceux qui détestent Sarkozy, la République française n’est pas le régime de Vichy. Retourner au Maroc ou en Géorgie, au Mali en Arménie n’est pas un retour vers l’extermination ni même la prison.

Finalement, on commence à comprendre pourquoi des enseignants largement implantés dans les réseaux RESF peuvent avoir du mal à enseigner la shoah s’ils mettent sur le même plan l’expulsion dans un pays plus ou moins développé économiquement et plus ou moins démocratique et l’embarquement dans des trains à bestiaux vers les camps d’extermination.

Gabrielle Desarbres

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