Conférence de Philippe Karsenty sur l’Affaire Al-Doura

Publié le 21 décembre 2009 - par
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Le 21.11.09, Philippe Karsenty donnait à la Fédération de Bridge de Paris située à Neuilly-sur-Seine et dirigée par Madame Mérot, une conférence sur l’Affaire Al-Doura. Etaient alors présentes dans la salle de conférence une centaine de personnes, parmi lesquelles deux représentants de Riposte Laïque : moi-même Bonapartine et notre confrère Maxime Lépante.

L’Affaire Al-Doura …. Mais qu’est-ce que l’Affaire Al-Doura ? Ayez la simple curiosité de demander autour de vous : « Vous avez entendu parler de l’Affaire Al-Doura ? » Vous constaterez rapidement que l’opinion publique française, au mieux méconnaît, le plus souvent ignore tout simplement complètement l’Affaire Al-Doura, confinée principalement aux seuls cercles médiatiques et politiques français.

Et encore pas à tous les cercles politiques car il serait intéressant de savoir, par exemple, combien de nos députés et/ou sénateurs français seraient en capacité de parler rigoureusement et objectivement de l’Affaire Al-Doura, faute d’en avoir une connaissance précise. Et pour cause ! Car, voyez-vous, chers lecteurs, l’Affaire Al-Doura, ce n’est ni plus ni moins aujourd’hui que la plus grave affaire de désinformation des temps modernes. La plus grave affaire de faux médiatique qui a tout à la fois abusé les opinions publiques du monde arabe et déclenché un tsunami de réactions antisémites et antisionistes à un degré rarement égalé à l’échelon planétaire.

Souvenons-nous donc de l’origine de cette affaire : le 30.09.00, France 2 avait diffusé au Journal télévisé de 20 heures un reportage de 57 secondes de Charles Enderlin à partir d’images données par son cameraman palestinien Talal Abou Rahma. Charles Enderlin déclarait en voix off : « 15 heures : tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim, dans la Bande de Gaza …. Jamal et son fils Mohamed, 12 ans, sont la cible de tirs venus de la position israélienne. Son père tente de le protéger …. Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé. »

Le 21.11.09, Philippe Karsenty portera à la connaissance de l’auditoire un certain nombre de preuves attestant du faux médiatique que constitue le reportage de France 2. J’en cite ici quelques-unes :

1. Dans une vidéo de la chaîne publique de la télévision allemande l’ARD, vidéo montrée en conférence par Philippe Karsenty, l’auditoire voit et entend Talal Abou Rahma expliquer qu’il avait vu des centaines de balles tirées en direction de Mohamed et Jamal Al-Doura pour finalement dire qu’il avait compté le nombre d’impacts de balles et conclure qu’il y en avait quarante, passant ainsi de centaines de balles à quarante ! Sur ce point, l’expertise balistique datée du 19.02.08 et proposée par Jean-Claude Schlinger développe en sa page 47 l’analyse suivante :

« 5 – Nombre d’impacts sur le mur.

Le photographe Talal Abou Rahma déclare successivement que les tirs en direction du père et du fils AL DOURA ont duré 45 minutes, puis 40 minutes. Il fait parvenir à  » France 2  » six minutes de prise de vue, dont seulement une minute sera retenue pour le passage à l’antenne. Il déclare que les tirs dirigés vers Mohamed et Jamal AL DOURA n’ont pas cessé, du début à la fin de son reportage.
Quelle que soit l’origine des coups de feu, les armes utilisées sont des fusils d’assaut, capables de tirer par rafales et dont la cadence de tir est de six cents à huit cents coups à la minute.

En supposant qu’un seul tireur ait tiré 50 coups à la minute, le nombre de coups de feu sur une durée de 40 minutes aurait été de DEUX MILLE, alors que huit impacts seulement sont visibles sur le mur et un sur le baril.

Il est donc impossible que des tirs, concentrés sur la zone où se trouvaient Jamal et Mohamed AL DOURA pendant plusieurs dizaines de minutes, comme le déclare le cameraman de France 2, aient pu provoquer si peu d’impacts sur le mur devant lequel ils se trouvaient. »

Comme chacun le constate, le rapport balistique parle ici de  » 8 impacts de balles visibles sur le mur et un sur le baril  » et non de  » centaines  » puis de  » quarante balles  » comme l’affirmait Talal Abou Rahma.

2. Philippe Karsenty rappellera à l’auditoire l’existence de la lettre de soutien de l’armée israélienne datée du 10 septembre 2007. Dans cette lettre, le colonel Shlomi Am-Shalom, adjoint au Porte-parole de Tsahal écrit alors :

« Une enquête diligentée peu après par le chef du commandement sud, le général Yom-Tov Samia a établi qu’un certain nombre de faits ne cadraient pas avec ce qui avait été décrit dans le reportage de France 2. Dans la conversation que j’ai eu avec le général de réserve Samia, ce dernier m’a à nouveau précisé que l’analyse de toutes les données sur le terrain, l’emplacement de la position de Tsahal, les angles de tir, l’emplacement du père et de son fils derrière un tonneau leur servant d’abri, la fréquence des tirs, les angles de pénétration des balles dans le mur placé derrière le père et le fils ainsi que le timing de l’évènement, rendait hautement improbable que les tirs ayant soi-disant atteint le père et son fils aient pu être tirés par les soldats de Tsahal se trouvant dans cette position. »

3. Les  » blessures  » de Mohamed et de son père Jamal Al-Doura :

 Concernant Mohamed Al-Doura :

Dans le reportage de France 2, aucune trace de sang n’apparaît sur le corps de Mohamed et Jamal Al-Doura. L’expertise balistique de Jean-Claude Schlinger précise même en page 3 :

« Selon les déclarations, Mohamed a été blessé au genou droit et au ventre, alors qu’aucune trace d’impact ou de sang n’est visible sur les vêtements. Bien que Talal Abou Rahma, photographe de France 2 déclare que l’enfant a saigné pendant 10 à 15 minutes, aucune trace de sang n’est visible sur le sol. Si la blessure au ventre avait été transfixiante comme le déclare un médecin, des projections de sang et de chair seraient visibles sur le mur, ce qui n’apparaît pas sur les photographies de la BBC couvrant les dix secondes qui suivent le reportage de France 2. »

 Quant à Jamal Al-Doura, il est écrit à la page 46 de la même expertise :

« Les images de Jamal Al-Doura prises à l’hôpital montrent des bandages au bras et à l’avant-bras droit, au côté droit de l’abdomen, à la cuisse droite ainsi qu’aux deux jambes. Compte-tenu de la position que la victime occupait, il n’a pas pu être touché en tous points du corps lorsqu’il se trouvait derrière le baril, d’autant plus que son corps était partiellement masqué par celui de son fils. Par conséquent, si ces blessures sont réelles, elles n’ont pas pu se produire dans les circonstances relatées par France 2. »

4. Les images extraites des rushes de France 2, mettent en évidence les mouvements effectués par Mohamed Al-Doura après les tirs. Sur ce point, l’expertise balistique précitée précise (page 41) : « Deux mouvements sont nettement visibles sur le document de la BBC couvrant les dix secondes postérieures à la  » mort  » annoncée par France 2 :

– Mohamed soulève la main, lève le bras et regarde en direction de la caméra, ce qui prouve qu’il n’est pas mort. (figure 48)

– Il soulève également sa jambe droite, ce qui est impossible s’il a été atteint au genou, mais également s’il a été touché gravement au ventre. (figure 49) »

5. L’analyse biométrique réalisée par Kurt Kindermann a démontré que l’enfant filmé par France 2 n’est pas celui qui a été transporté à la morgue puis enterré à Gaza. En effet, cette analyse prouve que les sourcils et les lèvres de l’enfant diffèrent complètement.

6. L’enfant mort présenté aux obsèques comme étant Mohamed Al-Doura est arrivé en réalité à l’hôpital avant 10 heures alors que la scène montée par France 2 avait été tournée vers 15h00.

Quelles furent les conséquences de la diffusion du reportage de Charles Enderlin par France 2 ?

□ L’image de Tsahal gravement dégradée dans le monde :

Le reportage de France 2 a eu pour conséquence immédiate de porter gravement atteinte tant à l’image qu’à la réputation de Tsahal qui, en l’espace que quelques secondes, devenait soudainement,  » une armée de criminels dont l’objectif principal aurait été de tuer des enfants palestiniens « , érigeant de la sorte l’Affaire Al-Doura en une nouvelle Affaire de Damas. Hélas, le poids des mots et le choc des photographies pour qui ne prenait pas la peine de procéder à une analyse approfondie des images, a eu le retentissement escompté dans le monde arabe en déclenchant une seconde Intifada. Et à bien des égards, Tsahal en paie hélas encore les conséquences avec aujourd’hui le honteux Rapport Goldstone.

□ La vague d’antisémitisme et d’antisionisme née de l’Affaire Al-Doura :

Philippe Karsenty ne manquera évidemment pas et à juste titre d’insister sur les graves répercussions du reportage de France 2 à l’égard des Juifs du monde entier. Quelques jours en effet après la diffusion du reportage de Charlles Enderlin, fut entendu  » Mort aux Juifs  » dans les rues de Paris.

Sur ce point, bien que Philippe Karsenty n’ait pas fait référence au cours de sa conférence aux données récentes du Service de Protection de la Communauté juive et du Ministère de l’Intérieur, pour autant les chiffres rappelaient que le total des actions et menaces antisémites était de 744 en 2000, 936 actes en 2002 avec une pointe de 974 en 2004. Soit donc respectivement deux ans et quatre ans après le reportage de France 2. De toute évidence, les chiffres donnent donc raison au discours tenu par Philippe Karsenty sur la vague d’antisémitisme née du reportage de France 2 rien que sur le sol français.

Par ailleurs, Ben Laden s’emparera de  » la mort  » de Mohamed Al-Doura en faisant de cet enfant une icône, s’en servant pour faire passer le message que voici : « Vous voyez, les Israéliens et les Juifs sont tous des assassins. » Peu à peu, des timbres, des rues, des écoles, des monuments furent dédiés à Mohamed Al-Doura dans de nombreux pays comme la Tunisie, la Jordanie, le Mali ….

Plus grave encore : c’est pour venger  » la mort  » du jeune Mohamed Al-Doura que Daniel Pearl a été décapité. Philippe Karsenty visionnera à ce sujet une vidéo – sans jamais, je le précise ici, nous montrer la scène de la décapitation – sur laquelle Daniel Pearl parle et où apparaît clairement en arrière plan l’image de Mohamed Al-Doura. Donc, contrairement à ce que racontent les détracteurs de ceux qui tentent depuis sept ans de connaître enfin la vérité sur l’Affaire Al-Doura, dire que Daniel Pearl est mort pour venger Mohamed Al-Doura n’est en aucun cas une  » vue de l’esprit  » ou le résultat de je ne sais quel  » fantasme « .

La sphère médiatique française elle-même ne fut pas à l’abri de certains dérapages verbaux inacceptables. A titre d’exemple, l’une des personnes intervenues lors du débat qui a suivi la conférence de Philippe Karsenty rappellera l’épouvantable phrase de Catherine Nay qui avait commenté en ces termes  » la mort  » de Mohamed Al-Doura :

« La mort de Mohamed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. »

Honte à vous Madame Nay d’avoir osé prononcer une telle phrase, comme si la mise en scène truquée de la mort d’un seul enfant, quelles que soient sa nationalité, son appartenance ethnique, sa couleur de peau, sa religion, pouvait  » annuler  » et donc en quelque sorte  » justifier  » d’une manière ou d’une autre celle d’un autre enfant, a-fortiori celle d’un enfant conduit dans les camps !

Au jour d’aujourd’hui, des millions de Juifs dans le monde continuent hélas de payer les conséquences du reportage de France 2 diffusé le 30.09.00, soit en se faisant agresser physiquement et/ou verbalement en France et partout dans le monde, soit en se faisant tuer, voire en étant sauvagement assassiné comme le fut Ilan Halimi. Assassinat d’Ilan Halimi auquel Philippe Karsenty a fait également référence au cours de sa conférence, affirmant qu’Ilan Halimi était mort aussi des conséquences du reportage de France 2 sur l’Affaire Al-Doura. Affirmation qui a d’ailleurs provoqué les applaudissements de l’auditoire.

Assassinat d’Ilan Halimi dont j’ai au demeurant longuement parlé dans un article documentaire dans lequel je soutenais – et soutiens toujours – la thèse selon laquelle Ilan Halimi a été en vérité assassiné par le Djihad islamique, thèse émise du reste également en son temps par le Procureur de la République Jean-Claude Marin, annonçant que les ravisseurs d’Ilan Halimi s’étaient en fait inspirés de « scènes connues par ailleurs » ; comprenez ici  » les scènes des rapts d’occidentaux par les terroristes d’Al-Qaïda en Irak « . Thèse que Riposte Laïque a eu le courage de publier en août 2009, peu de temps d’ailleurs après qu’une Caroline Brancher nous ait tous collectivement qualifiés sur cette équipe de  » néonazis  » (Référence à l’article de Madame Brancher paru dans Prochoix fin juin 2009 et dont l’équipe de Riposte Laïque a pris connaissance en septembre 2009).

Personnellement, je ne connais pas encore à ce jour un journal qui serait composé de  » néonazis  » et qui dénonce comme s’y emploie Riposte Laïque les crimes racistes ou antisémites ! Personnellement, je ne vois pas beaucoup non plus chez nos détracteurs, de journaux qui osent parler régulièrement de l’Affaire Al-Doura alors que les preuves apportées par les expertises balistiques, médico-légales, biométriques existent dans ce dossier.

Alors que peut-on souhaiter de mieux dans la quête inlassable de Vérité sur l’Affaire Al-Doura pour l’avenir ?

En novembre 2007, Pierre André Taguieff écrivait :

« L’Affaire Dreyfus pourrait être à cet égard exemplaire. Lorsque Lucien Herr et Bernard Lazare se lancèrent dans le combat, ils paraissaient isolés autant que vulnérables dans leur quête de justice et de vérité. Et pourtant, le courage et la lucidité militante d’un petit groupe de citoyens déterminés ont fini par vaincre toutes les puissances sociales coalisées : l’état major, l’armée et l’Eglise. Un contre-pouvoir animé par des idéaux a détruit le système bâti par les faussaires et leurs complices, les fanatiques et les conformistes. La démocratie véritable n’est pas faite pour les endormis ni pour les pusillanimes. »

En effet, Monsieur Taguieff,  » la démocratie n’est pas faite pour les endormis ni pour les pusillanimes « . Et en réalité, ce que l’on peut espérer de mieux pour l’avenir du traitement de l’Affaire Al-Doura, c’est, oui, qu’un  » contre-pouvoir animé par des idéaux détruise le système bâti par les faussaires et leurs complices, les fanatiques et les conformistes « .

Bonapartine

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