Conte barbare, de Serge Ayoub

Publié le 5 mars 2010 - par - 1 846 vues
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Je suis consciente que je prends d’énormes risques en rendant compte du premier roman(1) de Serge Ayoub, ex-skinhead des années 80. Je me rends compte que je vais bientôt me retrouver sur le blog de Mohamed Sifaoui, affublée de moults piercings et le crâne rasé, suspectée d’accepter, que dis-je, de partager les choix passés de celui dont j’ose admirer l’oeuvre ! Ma foi, vivons dangereusement et montrons à tous ces donneurs de leçons imbéciles qui prônent le droit à l’erreur et le droit de changer pour tous les délinquants que leurs principes s’appliquent, aussi, à ceux qui, au cours de leur vie, ont suivi des parcours politiques chaotiques et parfois discutables !

Ce roman est un conte, le conte qu’un père raconte à son fils pour l’endormir.
Et nous prenons vite la place de cet enfant, enchantés par cet univers familier et étrange à la fois, ces rites païens et ces fêtes populaires, ces histoires d’amour et de jalousie, de pouvoir et d’amitié, de solidarité et d’individualisme, par l’épopée du « peuple qui ne recule plus », le véritable héros du livre.

Récit haut en couleurs, ce conte barbare est à la fois un récit d’initiation pour quelques-uns de ses héros, passant du statut de bâtard méprisé à celui de roi acclamé par le peuple et une réflexion philosophique sur la vie, la nature, la civilisation, les connaissances, le pouvoir et les religions. Ce livre est plein de moments savoureux, comme la scène où le druide venu chercher la vérité dans l’église démolit en quelques phrases les heures d’enseignement données par le prêtre si sûr de lui, comme celles au cours desquelles un jeune enfant ébranle les certitudes des adultes par ses questions naïves et profondes à la fois ou celles qui nous montrent la naissance de l’amour entre deux des personnages les plus attachants du livre.

Ce conte barbare est remarquablement bien construit et bien écrit, dans une langue ciselée, à la fois terriblement pessimiste d’un côté et (re)donnant une force vive par sa confiance en l’homme et en quelques valeurs primordiales.

Les visages de l’amitié et de l’amour, sous toutes ses formes, disent bien où se trouve l’essentiel pour l’homme, et où se trouvent les choix de vie et de société d’un Serge Ayoub. En effet, ce récit superbe nous émeut, nous ébranle, nous remet en cause, et nous apprend à ne pas mettre d’étiquette toute faite sur les individus. En effet, Serge Ayoub, par son passé d’agitateur politique de l’extrême droite, a, à tort ou à raison, et peu importe ici, une réputation sulfureuse, mais son roman est celui d’un humaniste.

C’est cela qui compte, car, plus qu’une réputation, c’est aussi cela qui dit le vrai de l’homme de 2008, l’année de parution de son Conte barbare. Ses héros, qui font partie du « peuple qui ne recule plus », dont il nous fait suivre le voyage « , croient dans le progrès, dans la connaissance, dans les efforts pour apprendre, pour comprendre. Ils apprendront, tous, au cours de leur voyage, à ne pas juger a priori, à se débarrasser des préjugés, à aller à l’essentiel, et chacun des personnages importants de ce récit, qui campe sur ses positions, ses croyances et ses décisions se remettra, les remettra en cause à un moment donné. Magnifique récit d’initiation.

Et il ne reculera pas, il ne reculera plus, ce peuple, quand, face à la force brutale, farce à l’égoïsme, face à la mécanique totalitaire, face à la médiocrité humaine des chefs des légions de l’Empire, il devra se battre, sans craindre la mort.

On sort de cette lecture ébloui, on sait qu’on y a rencontré ces moments qui rendent cher un livre et ces leçons qu’on garde au fond de soi pour les moments de doute, pour les moments où il faudra prendre des décisions : la certitude qu’on ne doit jamais reculer devant l’inacceptable, la certitude que toute lutte pour préserver les valeurs humanistes laisse des traces, quand bien même on en mourrait ; la certitude que la beauté, l’amour, le bonheur, sont là, à côté de nous, à portée de main, et que c’est parce qu’ils sont la quintessence des choses qu’ils méritent que nous nous battions, que nous ne reculions pas, jamais.

Christine Tasin

http://christinetasin.over-blog.fr

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