Conte de Noël pour adultes… en avance pour les fêtes

Publié le 21 décembre 2009 - par - 3 171 vues
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POURQUOI VOULOIR QUE LES JEUNES FRANÇAIS D’ORIGINE MAGHREBINE DEVIENNENT FRANÇAIS, QUAND EUX -MÊMES NE VEULENT PAS DEVENIR FRANÇAIS, MAIS VEULENT RESTER, NON PAS « DES FRANCAIS A PART ENTIERE », MAIS DES « FRANÇAIS ENTIEREMENT A PART, CIMENTES A LEUR ORIGINE» ? ET POURQUOI N’Y AURAIT-IL PAS, PERIODE DE NOEL DES CHRETIENS OBLIGE, UNE TROISIEME VOIE ENGAGEANT LES UNS ET LES AUTRES ?

La problématique posée par le président de la république et diligentée par son gouvernement sur l’identité française, au-delà de préoccupations électoralistes à court terme que personne n’ignore ( en rétroaction, mais pourquoi donc cette problématique n’a-t-elle pas auparavant mérité une analyse fouillée?), a au moins une vertu, celle de faire en sorte qu’au-delà de soi-disant évidences, les concepts puissent être affinés et l’argumentaire déposé sur la table de réflexion pour permettre de débrouiller les fils d’un ensemble bien complexe.

Le titre même pose la question de fond : qu’est-ce qu’être français ? Et par voie de conséquence, qu’est-ce que ne pas l’être ?

Sans avoir besoin de s’appuyer sur le fameux discours de Renan faisant bien le tour de la constitution de la nation française, il est couramment admis dans les milieux intellectuels, sans controverse sérieuse, que la nation française (et l’espace qui l’habite), est une construction historique comme aucun autre peuple ne l’a connu, peut-être les Etats Unis s’en approchent, avec production d’un espace de valeurs. Il n’y a donc pas de race française, et dans un premier temps, au temps des rassembleurs de terres et de peuples que furent les Capétiens-Valois-Bourbons, il y eut agrégation politique de « pays » qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres à priori. De fait, aucun pays ne présente une aussi grande diversité « ethnique originelle » que ce petit rétrécissement de l’isthme européen nommé France, qui présente la singularité de faire vivre ensemble des peuples tels que Bretons, Gascons, Basques, Alsaciens, Lorrains de langue germanique et Lorrains de langue romane, Picards et Franc-Comtois, Catalans, Provençaux et Auvergnats, Angevins et Champenois, Bourguignons et Vendéens, Normands et Languedociens…je laisse poursuivre.

Sur ce substrat d’une mosaïque de peuples, des hommes de Cro-Magnon aux Gaulois et autres envahisseurs, des Romains aux « barbares » Francs, Wisigoths, Alamans, Burgondes et Huns, et autres Arabes et Vikings, Magyars apportant le Tokay en Alsace, Anglais des guerres de Cent Ans plantant le vignoble bordelais jusqu’aux Espagnols longtemps implantés en Artois, Flandre et Roussillon, aux Génois en Corse, aux Impériaux et Suédois lors de la guerre de Trente Ans en Lorraine avant qu’elle ne devienne française, s’est constitué un royaume assujettissant ces peuples à la reconnaissance de l’autorité royale. Ce regroupement s’effectua dans le respect des coutumes locales, dont la langue, la plupart du temps, si l’on excepte l’horreur de la croisade des Albigeois qui fit entrer par la terreur le Languedoc et le comté de Toulouse dans l’espace royal, ou ultérieurement La Rochelle, la protestante, ou encore au-delà des monarques, sous la Révolution les massacres perpétrés en Vendée en en autres lieux d’opposition à la Convention Montagnarde, de Lyon à Toulon par exemple, associant tous ces territoires définitivement dans la mouvance capétienne, et ultérieurement dans l’espace national.

Mais c’est bien la Révolution de 1789 qui constitua l’aboutissement de ce processus d’intégration par la production de valeurs communes à tous ces peuples, en inventant le département pour dissoudre les anciennes provinces, en proclamant des valeurs émancipatrices émergeant de la destruction d’un ancien régime politique, qui associait en les maintenant distingués, le pouvoir politique royal, et le pouvoir religieux catholique. L’un et l’autre étaient déjà par ailleurs idéologiquement bien ébranlés dans leurs certitudes, par la révolution de la pensée qui court du bas Moyen Age à l’ère des Lumières, proclamant la primauté de la raison dans toute spéculation intellectuelle.

Ces valeurs émancipatrices, que chacun peut s’approprier, et en tout cas que chacun reconnaît comme fondatrices d’un ordre construit sur une volonté, celle de vouloir vivre ensemble, se nommeront liberté et égalité ( la fraternité suivra en 1848) se déclinant en autant de postures et de droits inaliénables, tels que la liberté individuelle dans toutes ses composantes, y compris la liberté de circuler, et toutes les libertés collectives. Il faudra attendre le XIXème siècle, marque que ce projet de vie est en continuel chantier, pour que la liberté d’association professionnelle, le syndicalisme (loi du 21 mars 1884 dite loi Waldeck-Rousseau) soit reconnu, le droit de grève, lui, avait été octroyé par la loi du 25 mai 1864…faut-il le rappeler, sous le Second Empire, à l’initiative reprise par la chambre de napoléon III. Les mesures sociales prises par ailleurs ont fait reculer le travail honteux demandé aux enfants, du textile et des mines en particulier, et le travail de nuit des femmes par la loi de 1892.

En tout cas, si l’Ecole, devenue progressivement laïque, gratuite et obligatoire, en instruisant massivement le peuple, joua pour sa part son rôle d’intégration au corps social par la diffusion de la langue et des idées qu’elle véhicule, elle participa à l’émergence de la dernière des libertés individuelles à acquérir : la liberté de conscience de chacun, liberté de croire ou de ne pas croire en une croyance quelconque, en aidant par la préparation et l’éclairage des consciences à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, en établissant la laïcité comme valeur cardinale de l’espace public. Cette valeur suprême, garante de la liberté de conscience de chacun, le culte relevant de la sphère privée, est inaliénable et non négociable dans un état de droit laïc. A rappeler que cette laïcité intransigeante est née d’un combat nécessaire pour faire reculer les prétentions dominantes du culte catholique majoritaire, long combat qui permit par exemple, par la loi du 28 septembre 1797 aux juifs vivant en France, d’être pleinement intégrés à égalité dans la nation française, pour finir par la loi du 6 décembre 1905, de «séparation des Eglises et de l’Etat ».

Déjà sous la Révolution Française, l’aspect universel des conquêtes de la liberté et de l’égalité des droits avait suffisamment séduit d’intellectuels de toutes origines pour qu’ils expriment le souhait de devenir français, et le deviennent, heureux de rejoindre progressivement la patrie des Rabelais et Montaigne, Racine et Molière, Diderot et Voltaire, plus tard, Hugo et Rimbaud, Fournier et Camus, pour ne citer que quelques gloires littéraires ( cf récemment le rappel de cette saga de la famille juive allemande des Schreiber, devenus « Servan-Schreiber »). Et ce mouvement n’a pas tari tout au long du XIXème et du XXème siècle, la plupart d’entre eux, venus de tous horizons, attachés à rendre, par l’éclat du succès de leurs découvertes et travaux divers, ce qu’ils avaient reçu, même si les débuts furent difficiles, honorant par là la patrie qui les avait accueillis.

Autrement plus difficile, portant parfois sur plusieurs générations, par l’immigration économique, fut vécue l’intégration de ceux qui reçurent par surcroît les avancées françaises en terme de droits civiques, alors qu’ils étaient venus chercher avant tout la possibilité de vivre, même au prix d’un gros effort personnel, dans des conditions matérielles plus décentes que celles qu’ils avaient quitté dans leur pays d’origine. Ce fut le cas de ces vagues migratoires successives du XIXème et du XXème siècle qui avaient fait de la France, du fait de sa dénatalité unique en Europe au XIXème et dans la première moitié du XXème, une terre d’accueil, la première au monde par rapport à sa population, avant même les Etats Unis : en 1795, à l’aube du XIXème, la France abritait la troisième population mondiale, après la Chine et l’Inde.

Ce fut le cas d’arrivées d’émigrés de pays frontaliers, Belges, Suisses, Allemands, Espagnols et italiens, mais aussi plus lointains, de la Pologne aux Balkans au Portugal et à la Russie, avec en plus de cette immigration continue de type économique, des entrées à motivation politique pour fuir la répression : ainsi ces Italiens et Allemands sous le joug autrichien, ces Polonais et Russes, Arméniens , Tchèques…La France est donc un pays d’immigration ancienne, durant 150 ans environ, « Près d’un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré et l’on arriverait sans peine à un Français sur trois avec une génération de plus », estime ainsi François Héran ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques (INED).

Cette immigration s’est doublée dans un premier temps d’une « infusion » lente, aboutissant à une synthèse hexagonale de cet apport multiculturel. Contrairement à ce qu’on imagine, si la France comptait en 1999, 4.5 millions de descendants d’immigrés de la première génération , soit à peine plus que les 4,45 millions d’immigrés, soit grosso modo 9 millions d’immigrés et de descendants immédiats sur une population totale de 58 millions, la répartition géographique de cette deuxième génération peut étonner : la deuxième génération italienne est de loin la plus nombreuse (22,6 %), devant l’algérienne (14,1 %), l’espagnole (12,9 %), la portugaise (10,4 %) et la marocaine (9,1 %). « On voit tout juste apparaître les deuxièmes générations d’Afrique subsaharienne et turque, qui, dans les années à venir, occuperont une place plus importante ».

Mais si elle n’est pas la plus importante en nombre, l’immigration d’origine maghrébine et en particulier algérienne présente une spécificité particulière qui se poserait en symptôme de l’interrogation de la nation française sur elle-même. De quoi s’agit-il ? Si pour faciliter la lecture, nous allons d’abord montrer en quoi la jeunesse française descendante d’immigrés d’Algérie, dans sa grande majorité pourrait avoir de bonnes raisons, elle se les donne, de contester la place qui lui est faite dans l’espace national, ensuite nous montrerons en quoi la manifestation multiforme de sa contestation peut aboutir à une réaction croissante de rejet des « français dits de souche », les deux éléments se nourrissant l’un l’autre, inextricablement. Car vis à vis de ce problème, la plupart du temps, force est bien d’observer que le positionnement se situe, pour simplifier, soit radicalement pour soutenir sans réserve la cause de la francité dans l’acceptation des différences qui se valerainetnt toutes, soit radicalement pour s’y opposer au nom d’une histoire nationale construite à partir de la double racine gréco-romaine et chrétienne.

Mais c’est à mon sens comme vouloir raisonner avec un seul hémisphère cervical (comme le font la plupart des gens sur tous sujets, c’est vive Sarkozy ou à bas Sarkozy), prenant le risque de se tromper d’hémisphère comme siège de la raison. C’est comme si le principe d’incertitude d’Heisenberg, un des premiers éléments clefs de la physique contemporaine ( de 1927 déjà !) suivi de l’expérience de pensée dite du chat de Schrödinger, « le chat peut être vivant et mort, là et ailleurs », équation de base de la physique quantique ( de 1935, elle ), n’avaient pas révolutionné la pensée moderne : nous ne pouvons penser, quelque soit le sujet de réflexion posé, qu’en terme de « décohérence » et de cohérence.

L’immigration algérienne en France, 4 à 5000 musulmans d’Algérie dans la « métropole » au tournant de 1900-1910, fut longtemps particulière en ce sens que ces migrants n’ont pas le statut d’étranger, en particulier dans la période précédant l’indépendance de juillet 1962, et marqués malgré eux par un discours colonial dépréciateur et des conditions administratives restrictives, un « permis de voyage » pour passer des « départements du sud de la Méditerranée » à ceux du nord, valable encore en 1913 . C’est surtout après la première guerre mondiale, où certains ont combattu ( 175000 soldats en plus de 80000 travailleurs sur le sol « français »nord-méditerranéen), et où ils ont pu voir de leurs yeux une société matériellement plus avancée que la leur, et où les travailleurs jouissaient déjà de droits, que les premières vagues de migrants ont fait l’expérience douloureuse d’une mise à l’écart de la nation française.

Les mariages mixtes sont très limités du fait à la fois d’un racisme s’auto-justifiant, par le faible niveau culturel de bon nombre d’immigrés ayant fui la misère, et sur le discours colonial d’alors, et sur la barrière de l’islam imperméable à toute réciprocité comportementale sur une base égalitaire, seule la « conversion » de l’autre est possible et les enfants sommés d’être élevés dans la pratique islamique , ce qui n’était pas le cas des autres migrants qui, eux, progressivement, se sont fondus dans la matrice française laïque, reconnaissant leur croyance originelle dans le respect de la loi…française.

Mal perçus par les syndicats car utilisés comme « jaunes » par le patronat, il faudra du temps pour que le syndicalisme français sorte de son racisme d’origine, les candidats l’étaient également par les colons qui voyaient d’un mauvais œil fuir un prolétariat surexploité qui se politisait peu à peu. En même temps que l’Ecole, pour les musulmans qui y avaient accès, un effort avait été réalisé prioritairement tout particulièrement en ville et en Kabylie, véhiculait des idéaux contraires à la domination coloniale. La deuxième guerre mondiale a eu les effets qu’on connaît, décribilisant le dominant après sa défaite, mais n’empêchant pas un engagement massif, du Maroc ( 73000 combattants) à l’Algérie ( le contingent le plus nombreux, 134000) à la Tunisie ( 26000) et à l’Afrique noire ( 92000, tous pays confondus), de jeunes hommes qui allaient, à travers l’armée d’Afrique, permettre à la France de faire partie du camp des vainqueurs…et lui donner un siège au Conseil de Sécurité de l’O.N.U. Ce n’est en rien un hasard si le soulèvement de Sétif le 8 mai 45 fut concomitant avec la victoire : un vent de liberté soufflait alors.

L’immigration de travailleurs curieusement s’amplifia à la fin de la guerre d’Algérie, les accords d’Evian prévoyaient que les Algériens auraient les mêmes droits que les Français à l’exception des droits politiques, pensant que les Algériens rentreraient massivement en Algérie, c’est l’inverse qui se produisit. A ce moment , l’appareil industriel français préféra surseoir à des gains de productivité en accueillant largement, avec des salaires moindres adossés à une qualification rudimentaire des débuts, voire en allant les chercher sur place, les travailleurs manuels du Maghreb…

Au Maroc, par exemple, la paupérisation des petits propriétaires des oasis du sud, provoquée par la politique de barrages du pouvoir, en suspendant l’irrigation, a permis un transfert de main d’œuvre bien cynique : c’est le cas des départs orchestrés par le Cercle de Zagora dans la vallée de l’oued Draa, en présence du représentant du personnel de Citroën dans les années 1972-1976, M. Moreau, choisissant les candidats les moins aptes à comprendre le français, pour éviter qu’ils ne se syndicalisent facilement et qu’ils puissent de mêler à la population française.

Ce fut la période sinistre des foyers de main d’oeuvre salariée immigrée de type Sonacotra, où une génération de malheureux transplantés par la misère eut dans un premier temps une vie consacrée avant tout à nourrir la famille restée au bled, sacrifiée sur l’autel de la « solidarité » familiale obligée, condamnée aux travaux les plus durs, largement ignorée sur fond de méfiance par la population d’origine, d’autant plus que la guerre d’Algérie avait distribué de toutes part sa dose de rancoeurs et d’incompréhensions réciproques, et marginalement agressée par des provocations ouvertement racistes. On peut comprendre ces réactions comportementales de compensation quand les « Français » ( les travailleurs émigrés en France…puis en Belgique ou Allemagne, parlant avec l’accent parisien ou marseillais, ainsi nommés par les populations restées au pays) arrivaient en vacances d’été avec leur Peugeot et toutes les merveilles de la production de masse occidentale, taisant bien leur souffrances, intérieurement heureux de susciter tant d’envie, et alimentant malgré eux, le courant migratoire.

Le « regroupement familial » va modifier la donne dans la décennie 1970-80, et malgré les restrictions et limitations, le courant migratoire va s’amplifier avec l’arrivée de plus en plus nombreuse des femmes de travailleurs immigrés s’installant à demeure en France, avec en corollaire une certaine ghettoïsation dans ce que deviendront les « quartiers » et « cités » des périphéries des grandes agglomérations. Mais en même temps, progressivement, de par l’âge et avec la montée du chômage de par leur situations sociale dévalorisée, les pères des familles maghrébines dont algériennes, vont progressivement être dépassés à l’intérieur même de leurs foyers.

Porteurs d’anciennes valeurs qui n’ont plus cours dans le pays d’accueil, ils se retrouvent dépossédés de pouvoir de transmission de valeurs, et de tout pouvoir familial tout court, et ne peuvent plus œuvrer à la structuration de leurs enfants. Les mères, en « bonnes méditerranéennes» accaparant le pouvoir, voyant en leurs fils en en faisant des enfants rois, leurs pénis symboliques, en les manipulant affectivement, fabriquent les futurs machos. Incapables de supporter toute limitation à leurs envies, toute norme sociale contraignante, refusant tout effort dans l’univers scolaire et dévalorisant ses maîtres devenus ridicules devant la nouvelle valeur suprême, le pouvoir de l’argent, ces jeunes prennent la voie de la transgression, mettant leur violence intérieure au service des maffias en formation dans les « cités » en expansion.

Mais ce serait faire injure aux familles d’origine immigrée d’ex-Afrique du Nord française, et en premier lieu des anciens départements français d’Algérie, que d’ignorer une minorité d’entre elles qui, père et mère solidaires, ont ce courage exceptionnel, dans un environnement hostile et un pénible sentiment d’amalgame à se sentir jugés comme ceux qui ont démissionné devant leurs enfants ( les fils en particulier, les filles elles, réussissant globalement scolairement beaucoup mieux que les garçons), de conduire leurs enfants, par le travail, la persévérance, l’encouragement qu’ils leur prodiguent, à la réussite scolaire et sociale, et malgré ici et là l’obstacle supplémentaire de la discrimination…qui a constamment freiné l’accès de toutes les vagues d’immigration d’où qu’elles viennent, parviennent à la réussite, et même à d’exceptionnelles réussites. Quelle richesse d’avoir eu ces parents-là ! De même, la discrimination n’est pas un phénomène nouveau, elle a hélas toujours fonctionné, avant que d’être axée sur l’origine géographique, elle s’exerça avec la même violence sur l’origine sociale. Ca n’a pas empêché le fils de celle qui faisait des ménages et d’être orphelin de père de devenir Albert Camus.

C’est aussi la période, à partir de la fin de la décennie 1960, où la société française comme la société occidentale en général, est en crise de valeurs, et où commencent les difficultés de l’Ecole, et son incapacité à donner des réponses opératoires au vaste mouvement de remise en question du sens de l’histoire de la civilisation occidentale : la « Société du spectacle » est née, et en corollaire, la société de remise en question de tous les détenteurs d’une parcelle d’autorité, dont les enseignants, eux-mêmes partiellement convertis en nouveaux pèlerins de la contestation, n’imaginant pas au bout de sa course, qu’elle se retournerait contre eux.

Mais bien évidemment, si la jeunesse d’origine immigrée n’est en rien responsable par elle-même du gigantesque bouleversement de la société occidentale, qui en a connu d’autres auparavant : pour mémoire, implosion des cités grecques devant Philippe de Macédoine (à Chéronée -338) , destruction de l’empire romain d’occident ( prise de Rome en 476) , fin de l’éphémère empire carolingien (traité de Verdun 843), fin de l’ère médiévale et Renaissance (en 1453 avec la Prise de Constantinople par les Turcs et dernière bataille à Castillon de la guerre de Cent Ans), fin de l’ère de la domination espagnole ( coup d’arrêt à Rocroy mai 1643) fin de l’ère de domination française ( Waterloo juin 1815) de l’ère de domination anglaise au tournant de 1900, contestée par les Etats Unis et l’Allemagne montante, de l’ère de domination américaine, contestée dès 1942 par l’URSS jusqu’en 1991, de plus en plus contestée aujourd’hui de façon polycentrique : renaissance de l’Europe, nouveaux pays émergents avec l’ Inde, la Chine, le Brésil et autres, une critique intellectuelle de la « confortable way of life of Amerika », une critique politique de l’ultralibéralisme anglo-saxon, une critique radicale idéologique d’origine islamiste .

Dans ce climat délétère général, sans l’outillage mental nécessaire pour donner du sens à ce qui se voit sous ses yeux, livrée à elle-même, questionnant sa parenté et en particulier ses pères vus par les fils comme autant d’échecs de vies personnelles, une large majorité de la jeunesse d’origine immigrée d’Afrique du Nord, et plus intensément d’origine algérienne ,vu la complexité de l’histoire entre les deux pays, se sent confusément « réparatrice » des souffrances et humiliations subies par leurs parents, agressée par un racisme ambiant, « parquée » dans ses ghettos tristes loin des lumières de la ville, révoltée par les tracasseries policières, et particulièrement sensible avec juste raison à l’insupportabilité de l’immonde délit de faciès, et en définitive renvoyée à son « éducation » à la rue, et aux nouveaux pouvoirs, comme esquissé plus haut : les caïds de la drogue et de la rapine, de l’extorsion et de l’agression physique. Ils se « forment » ainsi à travers leur pratique sociale : l’expérience de nouveaux rapports sociaux véhiculés par ailleurs dans les médias à travers les séries policières, mettant l’accent sur les rapports de force, l’humiliation et la haine ordinaire, le besoin de revanche, et le cynisme de mauvais aloi.

Blasés avant d’avoir tenté quoique ce soit, ils portent un mécanisme d’auto-exclusion en route dès l’Ecole, celle-ci, pour leur plus grand malheur, par eux-mêmes, rejetée en premier. S’est constituée alors sur cette ruine culturelle, une sous-culture véhiculée par une sous langue, étendue aux autres exclus sociaux, qu’ils soient noirs ou « faces de craie » ( le racisme à l’envers est un racisme aussi, n’en déplaise à la Halde et à S.O.S. Racisme, bien ambigus), baignant tous dans l’illettrisme et la violence verbale ( nique ta mère et nique la France, et nique tous azimuts). Celle-ci dérape vite dans la violence physique, le verbal n’étant pas le lieu d’expression d’excellence de ceux qui ne savent pas manier la langue, n’ayant jamais appris à le faire, violence…hypocritement édulcorée et nommée « incivilités », rendue insupportable aux populations avoisinantes, qui, elles, les subissent au jour le jour. Travaillée par des idéologues de tous horizons, flattée et courtisée, la jeunesse de banlieue ( ou du moins une grande majorité d’entre elle) et tout particulièrement d’origine algérienne pour les causes multiples déjà énoncées, s’est exprimée en une révolte proto-politique ressemblant davantage à une jacquerie qu’à un mouvement politique structuré, lors des émeutes de banlieue de novembre 2005.

A cet égard, l’inflorescence dispersive des slogans est signifiante, allant de l’affirmation de soi face à la répression policière, à l’opposition aux « provocations » du ministre de l’intérieur, ( les dites provocations n’étant, comme sur la dalle d’Argenteuil que des réponses à des provocations de mini terroristes urbains…il importe toujours de remettre les événements en perspective, même si bien évidemment la réponse n’est pas d’un niveau d’élaboration exceptionnel), au désir de conserver des territoires hors du contrôle de la République, à des slogans nationalistes ( en rappel du pays d’origine des parents : »Tahya le 93 ! » suivi de « Tahya El Djezaïr ! » et politico-religieux « Allah ou Aqbar ! », le tout sur fond de désespoir et d’absence de perspective, ce qui explique mais ne saurait tenir lieu de justification. Et hélas, en période de crise économique qui ne fait que commencer, les perspectives risquent fort de manquer, raison de plus pour préférer exercer sa réflexion, plutôt que de laisser se soulager l’expression brute de ses ressentis, toujours justes pour soi-même, eux.

Dans le même temps, s’opère un mûrissement dans le propre « ressenti » de la population française dite de souche( en fait de souche plus ancienne) , qui, développant son propre argumentaire, vient s’opposer à l’évolution de la situation sociale, que les uns et les autres, ils ont au moins ça en commun, vivent, comme une dégradation continuelle. Risque de se jouer ce qui n’a cessé de se jouer dans les rapports franco-algériens, ce jeu fluctuant des occasions perdues, où il semble en définitive que ni les uns ni les autres n’ont vraiment jusqu’ici mis dans la balance ce qui les rapproche et aurait de quoi les rendre solidaires.

Cette réflexion collective, au-delà de la seule perspective marxiste de lutte des classes qui ne fonctionne que dans la doctrine, mais pas dans les faits, voire dans des schémas de pensée moins dogmatiques et moins ringards, et en définitive infiniment plus fructueux dans une grille de lecture actuelle, où l’humaine condition ne se limite heureusement pas à la seule raison d’exister dans sa dimension économique. L’humain sans ses rêves et ses croyances ( l’homme ne rêve pas que de devenir obèse à l’américaine et nanti de tous les gadgets de la production de masse même si les « peoples » voudraient le lui faire croire), sans sa conscience, ses doutes et ses espoirs, son besoin de liberté ( ce que tous les fascismes et sociétés policières lui contestent,) son souci d’égalité de droits et de lutte continuelle contre tous les escrocs, économiques ou non, de la pensée ou non, son besoin toujours revendiqué de dignité, son envie aussi d’améliorer ses conditions matérielles d’existence ( là, on retrouve le père Marx pas passé à la trappe de l’Histoire sur ce plan) n’est pas humain.

Et cette humanité profonde justement se lit et se vit sous toutes les contraintes sociales et comportementales dans la spécificité de chacun, dans les pays d’origine de nos immigrés en particulier d’Afrique du Nord, où se retrouve bien effectivement, en cohérence avec la culture traditionnelle, un système de valeurs particulièrement ouvert à l’autre. Hors des moments spécifiques de crise de repli sur soi en période de tension politique ou religieuse, et malgré l’ébranlement de ces valeurs en cours, il n’en demeure pas moins que ces pays nous reparlent de nos propres racines et nous font communiquer avec ce fonds commun d’humanité transculturelle, une profonde sensation de chaleur humaine collective, un sentiment très fort de vie, qu’on perçoit plus encore au retour, dans notre société nord méditerranéenne, qui nous semble, dès la descente de la passerelle de l’avion, particulièrement glaciale. Peut-être bien que ce que nous avons gagné en liberté individuelle est qui est à juste titre à nos yeux un bien précieux, s’est-il payé par un recul de densité et de proximité du réseau relationnel, y compris d’ordre familial. Nous sommes tous jetés en tout cas, descendants de récente immigration ou non, dans l’évolution de ce monde, sans retour.

D’abord, il est à noter que ce n’est heureusement pas la totalité, même si hélas une trop grande majorité de la jeunesse française d’origine algérienne en est frappée, des Français d’origine algérienne, qui n’a pas encore réussi peu ou prou, à s’insérer dans le tissu économique hexagonal, les belles réussites en manquent pas. Mais nos jeunes de « cités » ne savent pas ce qu’il est, même si on peut le déplorer, du jeu normal des migrations, à savoir que c’est toujours la dernière vague qui est la plus mal lotie. Et s’ils ont oublié de prendre en marche le train de l’Histoire, ils ne constituent pas la dernière couche migratoire, concernée avant tout par les immigrés originaires subsahariens des pays de l’ancienne Afrique Occidentale et Equatoriale française, l’immigration du sud-est asiatique couvrant la période s’accroissant de son côté, représentée, outre les Turcs, par les Chinois et ressortissants de l’ancienne Indochine française, Vietnamiens les plus nombreux. Et s’ils sont donc encore en difficulté, peut-être ceux qui en ont la responsabilité, je parle des travailleurs sociaux avant tout, devraient en finir de les leurrer en leur apprenant à jouer les éternelles victimes, mais bien plutôt les exhorter à employer leurs talents et leurs efforts à réussir scolairement, même si les tours et les barres sont grises.

Ce n’est certes pas en déclarant par avance qu’on n’y arrivera pas ( ce qui permet de faire l’impasse sur sa propre implication et sa propre responsabilité sur la conduite de son existence) …qu’on pourrait arriver à quoi que ce soit. L’écart de réussite entre les garçons et les filles est exemplaire, les dernières ayant bien compris leur intérêt à acquérir une indépendance sociale, les premiers en situation de résistance suicidaire à l’intégration sociale, se déclassent eux-mêmes, en toute inconscience.

D ‘autres embûches sont à lever. Il s’agit bien d’en finir avec le discours compassionnel et culpabilisateur qui ne fonctionne, que parce que les concernés n’ont aucune conscience historique. On n’a surtout pas besoin de devoir de mémoire, on a plutôt besoin d’un devoir d’effacement de mémoire. Raisonner sur des événements comme la colonisation, débutée le 5 juillet 1830 pour l’Algérie, avec nos yeux d’aujourd’hui n’a aucun sens, c’est comme s’élever contre l’esclavage à Athènes. La question de la colonisation est, si je puis dire, largement remise sur le tapis par des responsables politiques d’ex-pays colonisés, comme le pouvoir algérien par exemple, pour tenter d’évacuer sa propre incurie.

En fait, cyniquement, il utilise la France comme trop plein d’une population trop nombreuse pour l’appareil productif qu’il a mal développé depuis l’indépendance ( aujourd’hui encore, malgré des taux de chômage astronomiques, le pouvoir algérien fait construire logements et autoroutes par des travailleurs chinois, on croit rêver !) , pour réduire la tension intérieure et prévenir toute explosion sociale d’envergure, désignant l’ancien colonisateur comme cause de tous ses maux, dans une totale irresponsabilité. Voilà plus de 45 ans qu’il perçoit une rente pétrolière dont il n’a jamais su la transmuter en investissements productifs créant de la richesse nationale, se contentant d’en dépenser la rente et maintenant une population en violent chômage chronique, la laissant dans un désespoir tel qu’elle s’était partiellement jetée dans la décennie 1980 dans les bras du fascisme vert du FILS.

En fait, ce qui est insupportable pour ce genre de régime, c’est le décollage économique de l’occident, c’est à dire que les revenus coloniaux ont à la fois profité à la métropole et ont été pour partie réinvestis sur place, car malgré les limites du système, ces sociétés occidentales étaient des sociétés de liberté, certes partielles, mais de plus en plus et en progrès constants, en terme de défense des droits de la personne humaine, ce que ne peuvent envisager d’imiter les nouveaux maîtres algériens qui ont transformé, passé l’euphorie des premiers mois de l’indépendance, avec comme seule finalité de se maintenir au pouvoir, leurs pays en prison à ciel ouvert. Et ils ne sont pas malheureusement les seuls…

Le déficit culturel de cette jeunesse française d’origine algérienne, c’est que pour partie, elle croit qu’une nationalité s’obtient avec un titre, du genre carte d’identité, et qui donne droit à tous les acquits sociaux qui s’y rattachent. C’est cette même vision aussi pauvre qu’archaïque, et méprisante pour la concernée, qui prévaut toujours à travers les mariages « gris » et « blancs »… pour «avoir les papiers » : le « il n’y a aucun problème à mentir à une « gawria» (une mécréante) », une française non musulmane, lui faisant croire qu’on veut la marier, tient lieu d’autojustification d’un comportement qui n’est un secret pour personne, chez les aspirants aux « papiers ».

Ce qui se manifeste là, totalement contraire aux droits égalitaires sur le territoire de la république, procède bien d’une vision inégalitaire du monde, les non-musulmans étant perçus comme citoyens de seconde zone…chez eux, si l’on considère que la France est toujours un état laïc. Cette vision profiteuse de la démocratie française ( vision largement répandue qui bien évidemment touche aussi les Français dits de souche, (de souche signifiant de souche plus ancienne comme on sait), fait l’impasse sur l’essentiel : les valeurs développées plus haut qui en constituent le socle ; en clair, les jeunes, d’origine maghrébine ou non, plus ou moins incultes ( la Barbarie Intérieure décrite par Jean François Mattéï), ne savent pas ce que c’est, que d’être Français.

Un problème particulier, qui ne pouvait pas jouer avec l’immigration d’origine européenne, réside bien dans l’appartenance à l’islam d’une très vaste majorité de cette population. Non pas que cette religion, en soi, pose problème, mais elle devient le problème si, pour ses croyants, elle se situe au-dessus de la valeur cardinale de la nation française, la laïcité. En d’autres termes, ce sont les croyants eux-mêmes qui ont à se définir, à savoir si leur foi se met en conflit ( et ça ne peut être l’inverse, la laïcité est antérieure à l’islam en France) avec la laïcité, comment se déterminent-ils ? Partagent-ils toujours cette valeur, contraire à l’égalité des droits, du statut de dhimmi dans l’Islam ?

Qu’en est-il de l’égalité des droits, fondement de la république, en matière sexuelle ? Qu’en est-il du respect des libertés, dont celle de circuler librement dans l’espace public, quand des rues de Paris ( Rue Myrrha et Léon, Boulevard Barbès, rue des Poissonniers ou de Polonceau avec prêche de l’imam par haut parleur, ou de Marseille ( Rues des Récolettes, rue Thubaneau, rue des Missions de France, ici, on a le droit de sourire) sont réquisitionnées pour la prière du vendredi ? Sur ce sujet aussi, les arguments les plus spécieux sont avancés, manque de lieu de culte pour les gens du quartier. Et ceci, alors que, à Paris par exemple, les voitures qui amènent les gens pour la prière ont pratiquement toutes des plaques immatriculées en 93 ou 94…ce qui montre bien, si on ne s’en doutait pas, qu’il s’agit bien d’actions concertées, destinées à tester la capacité de résistance de la « gueuse » comme disaient d’autres fascistes avant nos fascistes verts…le fascisme, on l’a toujours su, avance toujours masqué, avec un double discours…le « mufti » Tariq Ramadan en est une des plus visibles caricatures.

Reste une question de la fiabilité de ces « nationaux » qui ne cessent d’osciller entre l’origine ( où ils ne sont plus Français) et l’intégration, où ils ne le sont pas encore. La question n’est pas de renier l’origine, mais de s’en servir, dans son destin personnel, pour la dépasser. Si aucune génération n’avait vécu ce dépassement, il y a fort à parier qu’on serait tous restés à l’époque des cavernes. Il y a donc un effort sur soi nécessaire pour accéder à ce qu’on avait souhaité, avec, évidemment suffisamment d’intérêt, de plaisir, de désir à partager avec d ‘autres, venus d’autres origines, « la maison commune » et à s’y sentir bien ensemble.

Nos « jeunes » ont encore fait les zouaves si je puis dire, et bizarrement Français ceux-là, je ne parle pas seulement des siffleurs de Marseillaise qui heurtent ceux qui les accueillent, l’agression des symboles mêmes de la République finit par rendre insoutenables ceux qui s’y adonnent, je pense par exemple à ceux qui ont enlevé le drapeau tricolore du Capitole à Toulouse pour y mettre le drapeau algérien pour cause de réussite de match face à l’Egypte, que rien de rationnel ne vient justifier de poser un tel acte iconoclaste. Je n’évoque même pas les dégradations de la semaine précédente pour cause de violences, bien réelles elles aussi, contre l’équipe algérienne au Caire. C’est comme si des supporters Français de « souche » allaient piétiner les parterres de fleurs de Genève pour cause de victoire ( bien désagréable celle-là ) de la main de Thierry Henry, contre les Irlandais dont je salue ici le fair play… j’imagine mal ce qui se serait passé, ce qui en soi inacceptable, si les Irlandais avaient été des Algériens.

Je pense pour finir que nous avons du travail devant nous pour éviter que les extrêmes de partout ne parlent, ça ne parle jamais de manière très intelligible les extrêmes, d’ailleurs, la plupart du temps ça ne parle même plus, ça ne s’exprime que dans la violence…et ça finit par s’appeler l’Histoire.

Si comme l’on sait, L’Islam a été brisé dans sa course par le noyautage de la pensée par les fondateurs du salafisme Ibn Tamiyyah (1263-1328) et son continuateur, Ibn Kâthir (1300-1373), et les théologiens du XVème siècle tuant dans l’œuf toute tentative de « nahada »( renaissance) , et donc qu’il est douloureux, pour des croyants très sincères, de se sentir écartés de la marche du monde, il n’en n’est pas moins vrai, qu’il importe, en soutien à tous les intellectuels du monde arabe, laïcs ou non, d’ici et des pays arabes, d’affirmer haut et fort la défense intangible des libertés individuelles et collectives.

Il ne s’agit pas d’autre chose que de la confrontation entre les pays de liberté et la servitude d’une croyance manipulée par ceux qui ne font pas confiance en l’homme ( et encore moins en la femme), et par voie de conséquence se croient contraints d’éditer des préceptes pris dans les écritures religieuses pour contrôler les humains à leur profit. L’occident a mis plusieurs siècles à se sortir de la tyrannie religieuse chrétienne, il a bien d’autres préoccupations de ce temps pour se laisser distraire par une croyance tentée par le repli et s’en laisser conter. Rappelons que « la bande à Tariq » avait fait pression sur le théâtre de Genève au début de la décennie 90 pour faire interdire la pièce de Voltaire, « Mahomet », bâillonnant par là une des libertés premières, la liberté d’expression. Y aurait-il un lien avec une certaine votation suisse ? Pas si sûr puisque le canton de Genève est celui qui a voté le plus massivement…pour l’acceptation de la construction des minarets ; le grand Tariq aurait-il déjà tétanisé la population du canton ? Où ces Suisses, plus avisés, sauraient distinguer l’idéologie du petit fils du fondateur des Frères Musulmans d’Egypte, d’une pratique normale de l’Islam en pays laïque ? Le résultat des urnes ne le dit pas.

L’occident pour sa part, n’est plus un lieu géographique précis même s’il en est l’origine, mais un espace de pensée-monde où la lutte est à poursuivre pour un monde à présent solidaire par obligation, et où l’apport, en ce qui concerne l’hexagone, de sa population immigrée, étrangère ou devenue française, quelle qu’en soit l’origine, est essentielle à ce combat pour l’homme et la culture, pour les libertés publiques et individuelles, pour le respect de la personne humaine ( le respect, on le sait bien s’acquiert dans nos œuvres), pour les droits civiques et l’égalité ( pour l’égalité sexuelle, par exemple, le chemin de l’égalité des salaires ne progresse pas bien vite ) et contre toutes oppressions possibles.

On m’objectera que c’est une tâche impossible, mais « on nomme tâche impossible les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout » écrivait Camus.

Et puis, c’était écrit dans le titre, après tout, c’est un conte de Noël pour adultes, bon Noël.

Jean-Pierre Charles

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