Contre leurs intégristes, certains croyants se lèvent et marchent

Publié le 15 janvier 2010 - par
Share

Les atteintes à la laïcité ne sont malheureusement pas une spécificité exclusivement islamique. Les intégristes catholiques se retrouvent sur le même but que les islamistes, à savoir le désir d’avènement d’un pape et d’un gouvernement vraiment catholiques.

En 2009, le pape Benoît XVI a pris la décision de lever l’excommunication des évêques intégristes, proches de l’extrême droite, et notamment du tristement fameux monseigneur Williamson bien connu pour ses propos négationnistes.

Cette décision avait fait couler beaucoup d’encre très noire. Mais, le plus intéressant est que cette encre a coulé chez les catholiques eux mêmes et qu’elle s’est souvent transformée en fiel contre le pape. Ce sont la plupart des médias catholiques qui ont été parmi les plus virulents dans les critiques adressées au pape. Que cela soit « Golias », « la croix » et « la vie », ce dernier ayant pris la tête des protestations contre la nouvelle approche du pape, ils ont tous faits preuve d’une virulence certaine.

Beaucoup de catholiques ont été atterrés par cette décision papale et ne se sont pas privés de le faire savoir haut et fort. Même l’archevêque de Paris (président de la conférence des évêques de France) y est allé de sa petite musique quand il a convenu que cette décision constituait une « secousse » pour l’église.

Benoît XVI en personne écrivait à cette époque : « j’ai été attristé par le fait que même des catholiques, qui auraient finalement dû avoir une meilleure connaissance de ces questions, ont pensé devoir m’attaquer avec hostilité ». C’est un euphémisme que de dire que le pape a mal vécu toutes ces nombreuses critiques, parfois très acerbes.

Cette décision et cette affaire n’arrivent pas par hasard. Il s’agit bien, pour Benoît XVI et pour les intégristes catholiques, de s’opposer à la fois à la déchristianisation de notre société et aussi à l’islam vis à vis duquel la volonté est de trouver toutes les voies pour recréer l’unité des catholiques que d’aucuns disent perdue. Il apparaît donc clairement que « Benoît XVI voit dans les intégristes des ressources de chrétienté qu’il ne trouve plus dans le monde sécularisé », selon Philippe PORTIER directeur d’étude à l’école pratique des hautes études.

Les principaux, mais pas les seuls, intégristes catholiques français sont regroupés dans le giron de la « fraternité sacerdotale saint pie X ». Ce mouvement créé par monseigneur Lefèbvre vient en droite ligne de l’action française, parti royaliste et ultranationaliste de Charles Maurras. Comme nous l’avons dit plus haut, ce mouvement appelle de ses vœux un gouvernement vraiment catholique. D’autre part, il est attaché à la tradition liturgique, il ne supporte ni la liberté religieuse, ni le dialogue avec les autres confessions, ni les Droits de l’Homme. Mais surtout, ces intégristes assurent que pour gouverner le pays le respect du décalogue devrait suffire. « Les Etats doivent suivre la loi de dieu, or ils ne le font pas quand ils autorisent l’avortement » regrette le frère Jean Benoît, chef d’un groupe de scouts à Saint Malo. Pire encore et plus inquiétant, les intégristes de cette soi disant « fraternité » suscitent des vocations et forment des dizaines de séminaristes, sans parler de l’influence non négligeable qu’ils exercent sur leurs « ouailles ».

Prenons un autre exemple : le magazine « la vie » a réalisé une enquête sur l’organisme de formation « civique et politique » « civitas ». Une journaliste de la rédaction s’est rendue dans l’Indre en vue de participer à un week-end de formation. L’organisateur de ce raout intégriste est à la fois président de « Belgique chrétienté » et secrétaire général de « France jeunesse civitas », mais surtout il est en collusion directe et en complémentarité avec l’extrême droite belge et il avait été débouté par le tribunal de Bruxelles lorsqu’une association antiraciste avait qualifié cette association de « nid de fascistes ». Galaxie édifiante s’il en est n’est-ce pas !

Il ne faut pas s’y tromper et notre vigilance laïque ne doit pas être uniforme. L’intégrisme religieux n’est pas l’apanage du seul islam et même s’il s’exprime différemment chez les catholiques, il n’en est pas moins réel. Rappelons que l’espérance de ces autres fous de dieu réside dans la mise en place d’un « gouvernement vraiment catholique ».

C’est ce qui fait toute la différence avec le dalaï lama qui défend le principe d’une « éthique laïque », qui affirme que l’on peut très bien vivre sans religion et qui prône le fait de ne pas imposer sa religion aux autres. Pour s’en convaincre, écoutons le secrétaire général du bureau du Tibet à Paris nous dire : « pour lui (le dalaï lama), c’est extrêmement important de parler des valeurs humaines : on a pas besoin d’être croyant, on a pas à s’affilier à tel ou tel système politique, on a pas à s’imposer politiquement ou religieusement ». Ou encore, quand le dalaï lama, prix Nobel de la paix, nous indique que : « les religions sont parfois à l’origine de conflits ou de paravents pour un certain nombre de groupes ethniques et de populations. Il ne faut pas essayer d’imposer sa religion aux autres si on veut promouvoir la paix. Je ne nie pas ma condition de moine bouddhiste mais je veux un Tibet laïque ».

Alors, que les choses soient claires, nous ne sommes pas en train de faire de la publicité positive pour le bouddhisme, comme envers aucune autre religion d’ailleurs. Mais, force est de constater que l’on ne peut être plus clair, notamment dans la dernière phrase où apparaît très distinctement la séparation laïque entre foi religieuse privée et affaires de l’Etat.

Tout ceci pour tenter de démontrer deux choses : même s’il peut y avoir des similitudes, non toutes les religions ne se valent pas et non, il n’y a pas que les islamistes qui veulent lier le dogme de la foi avec la gouvernance politique d’un Etat.

Mais, nous ne pouvons pas nous empêcher de constater que les catholiques critiques le font savoir avec parfois beaucoup de bruit et ne sont pas excommuniés pour autant. L’église catholique n’a pas distribué des équivalents de « fatwas » à l’encontre des contestataires. L’église catholique ne condamne pas à mort l’apostasie pour celles et ceux qui demande à être « débaptisé » et donc de quitter la communauté catholique. Entend-on et imagine-t-on des instances officielles, des revues ou des sites internet musulmans critiquer à ce point les dérives quotidiennes de l’islamisme ? Assurément non !

Cependant, même si les chrétiens et les musulmans ont leurs intégrismes respectifs, là encore force est de constater que le prosélytisme et le militantisme islamiste sont beaucoup plus développés et de manière beaucoup plus visible et active dans le monde et en France. Nous pourrions dire qu’il y a une hiérarchie dans l’intégrisme et sur le podium du fondamentalisme, l’islamisme décroche bien la médaille d’or, sans parler du terrorisme religieux qui est quand même beaucoup plus développé chez les fondamentalistes islamiques.

Insistons bien sur ce point, il convient d’ouvrir au maximum notre focale de la vigilance laïque car il s’agit bien d’effectuer un zoom arrière afin d’avoir une vision macroscopique, plutôt que d’effectuer un zoom avant n’amenant qu’une vision microscopique, donc parcellaire. Sortons des pensées simplistes, reconnaissons que le monde est complexe, réfléchissons et agissons.

Hervé BOYER

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.