Corinne Lepage

Publié le 30 août 2007 - par - 239 vues
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Riposte Laïque : As-tu été surprise de l’absence totale de la laïcité lors de la dernière campagne présidentielle ? Cela ne t’a-t-il pas fait
regretter de ne pas avoir été au bout de ta candidature ?

Corinne Lepage : J’ai évidemment beaucoup regretté que le thème de la
laïcité ait été bien peu abordé durant la dernière campagne présidentielle.
C’est un sujet majeur de la vie politique française, de la société française
et je reste persuadée qu’il intéresse beaucoup de nos concitoyens. Mais
c’est un thème délicat car prendre position clairement sur ce sujet
implique évidemment de risquer de provoquer des mécontentements et ce n’est
pas souhaitable lorsque l’on part à l’assaut des voix des électeurs. Dès
lors, comme d’autres sujets délicats parce qu’ils impliquent des positions
claires, le sujet de la laïcité a été très peu abordé. De plus, dans la
mesure où le thème des valeurs de la République a été souvent utilisé à
contre courant, voire à contre-emploi, il est compréhensible que celui de la
laïcité qui doit être intégré au corps des valeurs de la République ait
d’autant plus souffert.

Quant à regretter de n’être pas allée jusqu’au bout de la candidature, quelle
qu’ait été par ailleurs ma frustration sur le thème de la laïcité, elle n’a
pas été suffisante pour me faire regretter mon choix. En effet, la campagne
a été dramatique pour les petits candidats dont je faisais partie et ceux-ci
ont été largement inaudibles. Dès lors, non seulement mon maintien dans la
campagne aurait probablement conduit à un score très modeste mais de
surcroît l’inaudibilité dont j’aurais été frappée, aurait également touché
le thème de la laïcité. Je ne pense pas, les circonstances étant ce qu’elles
sont que ma participation au scrutin aurait permis de mettre le sujet au
centre du débat

Riposte Laïque : Comment as-tu pu cohabiter, au sein de l’équipe Bayrou,
avec Djamel Bouras, candidat aux législatives, qui relaie l’offensive des
islamistes contre la laïcité et défendait le voile à l’école ?

Corinne Lepage : Je n’ai pas pu cohabiter. J’ai fait connaître, de manière
très officielle, et très publique, ma parfaite opposition à la candidature de
Djamel Bouras. J’ai fait un rapport à François Bayrou, à sa demande, sur les
faits reprochés à Djamel Bouras, faits qui sont totalement avérés. Ses
positions pro-islamistes, même si elles ont fait l’objet d’un ton beaucoup
plus mesuré au micro de radio J, me paraissent incompatibles avec les
principes fondamentaux qui devraient être ceux du Modem, en particulier
l’attachement aux valeurs de la République et à la laïcité.

Riposte Laïque : Nicolas Sarkozy, à quelques jours du premier tour, a
affirmé que la laïcité était un monument. Cela suffit-il à te rassurer, et
comment apprécies-tu la présence de Christine Boutin dans ce gouvernement ?

Corinne Lepage : C’est très bien de rappeler que la laïcité est un monument.
Mais certains monuments sont endommagés, dénaturés, voire détruits. J’avais
eu l’occasion, lors de la sortie de l’ouvrage que Nicolas Sarkozy a consacré
au sujet, de souligner les risques de voir remettre en cause la loi de 1905
en ce qui concerne notamment le financement des lieux de culte, mais pas
seulement. Il conviendra donc d’être extrêmement vigilant, d’autant plus que
Mme Alliot-Marie a laissé supposer qu’une réforme n’était pas
inenvisageable.

Quant à la présence de Mme Boutin au sein du gouvernement, elle s’explique
bien sûr par sa participation à la campagne de Nicolas Sarkozy, mais cette
présence n’est évidemment pas neutre. La composition de son cabinet, ses
prises de positions passées en faveur du voile et sa proximité avec les
milieux intégristes ne plaident évidemment pas en faveur d’un attachement
viscéral à la laïcité ! On peut espérer que la présence de Fadela Amara à
ses côtés tempèrera ses positions.

Riposte Laïque : Si tu étais dans le gouvernement Sarkozy, serais-tu prête à
défendre une loi spécifique contre les voiles intégraux dans la rue et
contre le voile des mineurs ? Demanderais-tu l’extension de la loi contre
les signes religieux à l’université ?

Corinne Lepage : A titre personnel ,je suis tout à fait favorable à ces
trois mesures. Je suis un défenseur de la liberté et de l’égalité et à ce
titre le voile intégral constitue pour moi une agression contre les femmes
et contre nos valeurs. Lorsque les femmes occidentales se rendent dans
certains pays du Moyen-Orient, elles sont obligées de sortir voilées et même de
participer voilées à des manifestations. J’ai encore en mémoire Mme Parisot
affublée d’un foulard dans une manifestation officielle. Dès lors, je suis
pour la réciprocité et pour considérer que sur le territoire métropolitain
les femmes sortent tête nue ou avec un foulard et certainement pas avec une
Burka. S’agissant des mineures, je suis pour considérer que le port du voile
n’est pas un choix vestimentaire, mais l’affirmation d’une conception de la
femme et de son rôle dans la société que seule une adulte devrait pouvoir
faire, à supposer qu’elle doive le faire. Bien sûr, on objectera que notre
pays est celui de la liberté et des droits de l’homme. Mais c’est
précisément parce qu’il est cela que les principes de liberté d’égalité
doivent s’appliquer et qu’ils sont incompatibles avec l’obligation faite aux
femmes de se dissimuler derrière un voile qui les couvre entièrement,
nonobstant les problèmes d’hygiène que cela suppose, et qui affirme ainsi
l’absence totale d’égalité avec les hommes.

Quant à l’université, il y a très probablement un problème juridique à
imposer une loi sur le voile dans la mesure où les étudiants sont majeurs et
non mineurs. Mais, d’une part la cour européenne des droits de l’homme ne
semble pas avoir exclu le principe dans le cadre de l’arrêt rendu à propos
d’une enseignante turque. D’autre part, la symbolique et la valeur de
prosélytisme qui s’attache au voile m’apparaissent poser problème à
l’université qui est le lieu même de l’ouverture au savoir.

Il ne s’agit évidemment pas de stigmatiser une religion ou une population.
Dans mon esprit, il s’agit au contraire d’aider les femmes, soumises à des
pressions morales et parfois physiques, à pouvoir bénéficier dans sa
plénitude de la loi française et de l’égalité des femmes qui y est inscrite.
Je pense qu’il y a une forme d’hypocrisie à balayer d’un revers de main la
question du port du voile comme s’il s’agissait d’une affaire à régler entre
coreligionnaires alors qu’il s’agit en réalité d’une affaire qui intéresse
tous les Français et toutes les Françaises car c’est la question de
l’exercice de la citoyenneté dans notre pays qui est ainsi posée

Propos recueillis par Pierre Cassen

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