Créationnisme et Conseil de l’Europe : retour de l’obscurantisme

Publié le 31 octobre 2007 - par
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Le 26 juin dernier, Guy Lengagne a pris un coup de sang et a donné illico presto une conférence de presse pour exprimer ses craintes. En effet, ce député européen socialiste français, rapporteur de la commission de la culture, de la science et de l’éducation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui avait été chargé quelques mois auparavant d’établir un rapport sur le créationnisme, à la demande d’un groupe de parlementaires de toutes sensibilités politiques qui soulignaient les dangers de son enseignement, venait de voir ce rapport – et le débat qui aurait dû suivre – renvoyé en commission sine die, ce qui, dans le jargon du Conseil de l’Europe, signifie « enterré ».

Guy Lengagne, au cours de cette conférence de presse, a donc rappelé comment il avait travaillé, avec le maximum d’objectivité, lisant et étudiant un nombre important d’ouvrages sur le créationnisme comme sur l’évolution, et qu’il était arrivé à la conclusion que l’évolution était une science très élaborée qui devait absolument être enseignée alors que le créationnisme, qui est la négation de l’évolution et est tout à fait discutable dans le cadre de l’enseignement des religions n’est en aucun cas une discipline scientifique, et doit donc rester en dehors des programmes scientifiques des établissements scolaires européens. D’ailleurs le rapport avait été adopté à l’unanimité moins une abstention lors de la dernière réunion de la commission le 31 mai 2007 à Saint Petersbourg.

Après une première alerte, le Président ayant proposé de dissocier ce rapport des deux autres sur les rapports interculturels et interconfessionnels ( laïcité, blasphème… ) le rapport a été carrément renvoyé en commission le 25 juin à la demande du parlementaire belge Luc Van den Brande, diplômé en droit canon de l’Université Catholique de Louvain, chef de groupe du groupe chrétien au Conseil interparlementaire consultatif de Benelux et président du groupe constitué du parti populaire européen et des démocrates chrétiens à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, en arguant que le Conseil de l’Europe n’était pas une académie scientifique mais un organe politique et qu’il n’était donc pas approprié d’y discuter de ce sujet… Effectivement, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a refusé par 63 voix contre 46 et 10 absentions de discuter de ce rapport.

Guy Lengagne dit et répète sans cesse :  » Je suis très inquiet, très préoccupé, le cancer est plus avancé que je ne le craignais, il y a quelques métastases ici où là. » En effet, selon lui, les choses ont été longuement préparées et le simple refus de débat, indépendamment de tout vote, témoigne de l’influence des milieux intégristes qui ont réussi (par quels moyens ?) à influencer les membres du Conseil de l’Europe et son Président. Guy Lengagne cite même un représentant russe qui n’a pas craint d’expliquer que l’évolution venait de Darwin et que c’était donc de Darwin que venaient le stalinisme, le nazisme, le fascisme et même les attentats du 11 septembre !

Le refus de débattre du rapport sur créationnisme et évolution est d’autant plus incompréhensible qu’à aucun moment la religion n’y a été remise en cause et que depuis déjà un certain temps, les spécialistes des religions monothéistes (et même le Vatican) admettent que l’évolution existe. Comment se contenter d’une doctrine, le créationnisme, qui interprète stricto sensu la Genèse et refuse l’évidence ? La résurgence de la grippe aviaire, la mutation des bactéries résistantes aux antibiotiques sont de simples exemples prouvant que l’évolution est un phénomène naturel et perpétuel.

Non seulement l’évolution n’est pas contestable, mais elle doit à tout prix être enseignée ; à travers elle, les jeunes seront obligés d’étudier au moins quinze disciplines. Certes elle n’est pas figée, elle évolue sans cesse, mais son principe ne peut être remis en cause.

Guy Lengagne ne mâche pas ses mots, il remet en cause le Président du Conseil de l’Europe qui sait très bien qu’il va partir et qu’ainsi le rapport risque d’être enterré. Et de déplorer le retour à l’irrationnel dans notre société. Or, comme il le dit, les hommes peuvent vivre des choses terribles, atteinte à leur liberté, atteinte aux droits de l’homme, mais l’atteinte la plus forte, c’est d’empêcher l’homme de penser. Et empêcher l’enseignement de la théorie de l’évolution c’est empêcher l’homme de comprendre et de penser !

On rappellera ici que Guy Lengagne s’attaque à forte partie et que le mal est déjà bien avancé. En effet, dans plusieurs pays européens, le créationnisme a droit de cité : mise à l’index du darwinisme par le ministre de l’éducation polonais, approbation par T. Blair de l’enseignement créationniste en 2006 et par le gouvernement allemand des professeurs d’un lycée privé qui enseignent que les différents animaux sont l’oeuvre d’un créateur !
Une seule note réconfortante, la démission de la ministre de l’éducation de Berlusconi en 2004 face à la levée de boucliers devant son projet de décret destiné à abolir l’enseignement de l’évolutionnisme dans le primaire et le secondaire.
La lutte ne fait que commencer, elle va être difficile, il serait urgent que les peuples d’Europe se réveillent et refusent la ratification du traité de Lisbonne qui va donner encore plus de pouvoir aux lobbies et aux intégristes.

Christine Tasin

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