Crise grecque : l’Union européenne à la croisée des chemins

Publié le 14 décembre 2009 - par
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La crise systémique de la finance mondiale à laquelle a participé activement L’Europe Libérale menace son existence même.

Un nombre important de pays de la Communauté Européenne rencontre des difficultés financières jamais égalées jusqu’à présent. Les Etats se sont endettés pour sauver du naufrage le système bancaire international et se retrouvent aujourd’hui dans une situation des plus préoccupantes.

La Grèce est l’état qui semble le plus touché de la zone euro (une dette de 300 milliards d’Euros). Cette nouvelle fracassante qui a été révélée au dernier sommet Européen qui s’est tenu le 10 décembre 2009, inquiète la BCE.

La situation de la Grèce est dramatique :

Il est prévu un déficit public à 12,7% du produit intérieur brut (PIB) en 2009 et 9,4% en 2010 -bien au-dessus de la limite européenne fixée à 3%- tandis que la dette publique est attendue à 113% du PIB pour la fin de l’année et 120% en 2010.
La situation de l’Irlande n’est pas meilleure :

Ce pays connait sa plus grave récession depuis 1930 avec un PIB qui devrait baisser de 7,5% cette année. Le Gouvernement envisage d’un plan d’austérité de grande envergure qui devrait un peu plus appauvrir ses concitoyens. Il est prévu de réduire en 2010 les dépenses de 4 milliards d’euros. Cette mesure de restriction budgétaire pour une population de 4,5 millions d’habitants, laisse craindre des lendemains douloureux. Ces économies devraient ramener le déficit public à 11,6% en 2010 après 11,7% en 2009. L’Etat irlandais doit emprunter chaque semaine plus de 400 milliards d’euros pour couvrir son niveau de vie.

La situation en Espagne est tout aussi critique :

Pour 2009, le gouvernement prévoit officiellement un déficit des comptes publics représentant 9,5% du PIB en 2009, bien au-delà des limites fixées par le pacte de stabilité européen (3% du PIB). La prévision pour 2010 est de 8,1%. La dette d l’Espagne devrait atteindre 67% du PIB en 2010 et encore augmenter en 2011.

Le cas du Portugal, jusqu’à présent noté « A + » par S & P, est relativement classique : « Le déficit public devrait atteindre 8 % du PIB en 2009 contre 2,7 % en 2008 (…) et le taux d’endettement devrait s’élever à 90 % du PIB en 2009 contre 66 % en 2008 », estiment les analystes de l’agence. Selon eux, ramener le déficit sous la barre des 3 % d’ici à 2013 représente donc un défi considérable pour le nouveau premier ministre, José Socrates, « qui pourrait être compliqué par l’absence de majorité du gouvernement au Parlement depuis les élections de septembre ».

L’Italie du très controversé Berlusconi est logée à la même enseigne :

A 103,5% du PIB en 2007, la dette de l’Italie devrait grimper à 114,3% cette année et à 117,1% en 2010, reconnaît le gouvernement, qui espère bien revenir au-dessous de 100% en 2011. Quant au déficit, à 6%, il sera deux fois plus élevé que ce qui a été autorisé par Bruxelles.

En réalité la dette publique de l’Italie sera de 132,2 % du PIB.
Rome a ainsi fait un pas vers davantage de protection, jusqu’à présent quasi inexistante, des chômeurs. Pour l’heure, l’envolée du chômage est déguisée : baisses du temps de travail, contrats précaires qui ne seront pas renouvelés… Le taux devrait grimper à 8,8% en 2009, puis à 9,3% en 2011. Plus de 1,6 million de personnes risquent de perdre leur emploi et de ne recevoir aucune aide étatique, redoute la Banque d’Italie.

La liste pourrait être longue, car les autres pays de la zone euro sont aussi dans une situation des plus inquiétantes qui pourrait remettre en cause la monnaie unique l’Euro.

Bien que les Etats ne tombent jamais en faillite, il n’en demeure pas moins que les populations déjà fortement touchées par la crise économique, risquent à terme de subir une politique de rigueur, qui pourrait provoquer une crise politique et une crise sociale avec des conséquences que personne n’ose imaginer.

Il n’est pas impossible que si cette situation de tension extrême sur le plan financier venait à perdurer que des pays de la zone Euro songent à sortir de l’Euro pour sauver leur économie.

En effet, la monnaie unique a eu pour conséquence d’enfermer les pays composant la Communauté Européenne dans un carcan qui les empêchent de promouvoir des politiques adaptées à leur situation propre.

Bien que la dévaluation de la monnaie entraine pour le pays qui décide d’utiliser cette arme, une possible inflation et un plan de rigueur, cela offrait pour les Gouvernements la possibilité d’impulser une autre politique alternative à leurs concitoyens.

Le pacte de stabilité a éclaté avec la crise financière. La dette de chacun des pays de la zone euro a explosé et menace à terme la cohésion de l’Europe.

L’Europe n’a pas été capable de créer un espace économique, social et fiscal dans lequel les peuples auraient pu envisager un devenir commun.

Le chômage n’a cessé de croître, le travail précaire s’est propagé pour cacher l’échec cuisant des politiques de développement mises en place. La paupérisation augmente et les écarts entre les classes moyennes et les riches se creusent à une vitesse vertigineuse. La crise économique n’empêche pas les nantis de continuer à s’enrichir.
Les citoyens européens ne se reconnaissent plus dans cette Europe libérale qui n’a pas su les protéger d’un système capitaliste ravageur tenu par quelques milliers de personnes qui sont les seuls à en profiter réellement.

Les élites se sont coupées des aspirations des citoyens qui se sentent délaissés et livrés à eux-mêmes dans une jungle sans merci ou le plus fort écrase le plus faible, sans se soucier de ce qui peut advenir pour ceux qui ne pourront pas trouver le chemin de la réussite.

Les élites nous ont imposé un modèle de société qui au lieu d’intégrer les individus qui la composent, les ont pour une bonne part exclus.

Les valeurs de la solidarité, d’intégration et de cohésion sociale à l’échelle de l’Europe n’ont jamais été qu’un leurre et c’est pour cette raison fondamentale que les peuples ne se sont pas retrouvés dans cette Europe marchande, ou l’individu n’a été utilisé que comme une force de travail au service des puissants, sans autre considération.

Cette économie marchande a été impulsée pour permette aux multinationales de piller la richesse des pays et d’accumuler des profits sans se soucier des conséquences sur la vie quotidienne des individus.

L’Europe a déréglementé, a institué le dumping social en refusant d’harmoniser la fiscalité, ce qui aurait évité que des emplois soient délocalisés par les entreprises pour produire à moindre coût.
Le tissu industriel a été dilapidé et des régions entières se sont retrouvées, dépourvus de tous moyens pour reconstituer une économie locale permettant aux populations de vivre, (rappelons –nous la crise de la Sidérurgie dans les années 70, la crise du textile en France etc…).

Des économistes commencent à s’interroger sur cette Europe qui ne protège en rien ses citoyens.

L’Europe ne peut pas rivaliser avec les pays qui se servent de leur monnaie pour la rendre plus compétitive.

Les Etats Unis et la Chine sont en partie responsables de cette situation qui s’est aggravée avec la crise financière du système bancaire international. L’économie qui s’est mondialisée sous l’impulsion des néo libéraux a conduit chaque pays à faire de la surenchère pour préserver ou conquérir des parts de marché. Ce système a entrainé l’économie mondiale dans une impasse.

Les différents sommets internationaux qui se sont réunis (G8, G20) n’ont en rien jugulé la crise mondiale. Bien au contraire, celle-ci s’aggrave quoiqu’ en disent les politiques et nos économistes soit disant brillants, éclairés et visionnaires.

Les banques qui ont été recapitalisées, continuent à spéculer sur les marchés, sans que personne n’y trouve à redire. Le risque systémique s’est déplacé au niveau des Etats, qui seraient dans l’incapacité aujourd’hui de faire face à une nouvelle crise financière.

Au dernier sommet Européen, L’Angleterre de Gordon Brown et la France de Sarkozy ont annoncé que les bonus des banquiers dépassant €27000,00 seraient taxés à 50%. C’est l’arbre qui cache la forêt. C’est une annonce médiatique qui ne changera pas la vie quotidienne de nos concitoyens. Comme si cette mesure allait changer l’état dramatique des finances de nos pays respectifs !

L’Allemagne d’Angela Merkel envisagerait de faire voter cette mesure dans le courant de l’année 2010.

Les Etats Unis ont déjà annoncé qu’ils n’appliqueraient pas cette disposition.

Les traders qui sont montrés du doigt agissent dans le cadre légal institué par les législations en vigueur et il est plus facile de chercher des boucs émissaires au lieu de s’attaquer sérieusement à la régulation du système financier international en imposant de nouvelles règles d’éthique de morale et de transparence.

On vient de demander aux banques de reconstituer leurs fonds propres pour éviter une nouvelle crise systémique ce qui pourrait provoquer une restriction plus importante de distribution de crédits.

Les évènements récents dans le management des banques prouvent que les états auraient du en prendre le contrôle de manière à les réorienter vers leur mission première : l’aide au développement économique.

L’Europe est la croisée des chemins. Cette Europe qui a été édifiée à la fin de la Seconde Guerre Mondiale nous a permis d’instaurer pendant 60 ans la paix.

Mais, si celle-ci n’est pas capable d’offrir à ses concitoyens une politique de développement et de croissance à même de nous unir autour d’un destin commun, elle ne pourra pas y survivre.

Fabrice Letailleur

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