De l’islamophobie à la loi anti-blasphème

Publié le 6 mai 2008 - par
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En dénonçant l’islamophobie à grand renfort de « mesures concrètes » allant dans le sens des demandes de la communauté musulmane, le Conseil de l’Europe semble ne pas avoir vu, lors de sa séance du 28 mars 2008, à quel point il porte en lui cette même peur maladive de l’islam, tant il redoute la terrible susceptibilité d’une religion qui, apparemment, n’admet qu’elle, puisqu’elle ne souffre ni la discussion de ses affirmations ou de ses pratiques, ni sa subordination à quelque législation que ce soit. En effet, admettre le droit, accordé aux seules communautés musulmanes, « de désapprouver leurs gouvernements si ces dernières estiment que certaines politiques sont discriminatoires envers les musulmans en raison de leur religion » c’est admettre le devoir, imposé au Conseil de l’Europe, de se soumettre à la religion musulmane, autrement dit de « s’islamiser », le mot « islam » signifiant précisément « soumission ». Et si le Conseil de l’Europe doit s’islamiser, c’est bien pour qu’il approuve, en toute logique, l’idée selon laquelle l’offense aux croyances religieuses d’autrui puisse être perçue comme « du harcèlement, de la discrimination, voire un crime » ! Et voilà comment se prépare, par la bande, la loi anti-blasphème telle que l’avait déjà proposée, le 28 février 2006, le député du Gard Jean-Marc Roubaud.

Que cette proposition soit en contradiction avec nos principes républicains est évident, puisque c’est l’esprit libre – dans ce qu’il peut avoir d’intelligemment vital – qui est visé. Or, l’esprit libre n’appartient qu’à lui-même. Il est libre de tout esprit, le sien compris, puisqu’il peut se reprendre sur tel ou tel point. Il n’a donc pas à s’excuser, aurait-il chargé, contrefait, parodié, raillé, ridiculisé ou blasphémé ! Les déclinaisons du théisme et leurs inévitables sacralisations ne sauraient, de ce fait, légitimer la proposition de loi 2895 visant à introduire, en France, le « délit de blasphème », ce dernier aurait-il l’aval d’une bienséance interdisant « les propos et les actes injurieux contre toutes les religions ».

Jean-Marc Roubaud peut toujours s’évertuer à déclarer que « tout discours, cri, menace, écrit, imprimé, dessin outrageant, ou affiche, portant atteinte volontairement aux fondements des religions, est une injure » et, par conséquent, demeure passible d’une condamnation juridique, il ne saurait emporter l’adhésion d’un esprit lucide – qu’un toilettage psychologique permanent met à l’abri des approximations contenues dans le texte précité : une « menace », un « outrage », une « insulte » ne sont tels que s’ils sont perçus comme tels. La « menace » peut être réelle ou imaginaire, et lorsqu’elle est réelle, quel en est le signe objectif ? Autrement dit, par quoi commence-t-elle ? De même, l’« outrage » ou l’« insulte » dépend de qui le reçoit : un stoïcien n’y verrait qu’un « vain bruit de langue » ! Quant à l’« atteinte volontaire », bien malin qui peut en décider sans erreur aucune, les méandres de la volonté renvoyant aux abysses mentales de tout un chacun. Quelles que soient les intentions qu’on y puisse trouver, un dessin ou une caricature a aussi sa fin en lui-même, dans le plaisir du trait bien fait, et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas cela !

Tant pis, donc, pour Monsieur le député, dont le tort premier est d’avoir inscrit sa proposition de loi dans l’orthodoxie islamique de l’affaire des « caricatures » : « La récente polémique sur les caricatures – précise Monsieur Roubaud – soulève le délicat problème des libertés d’opinion et de la presse face aux libertés de religion et de pensée, qui font elles aussi partie des principes démocratiques de notre pays ». Oui… à cette nuance près que les « libertés d’opinion et de la presse » ne sont pas face aux « libertés de religion et de pensée » : elles sont face à une religion et une pensée qui nient la liberté, en commençant par la liberté d’expression, inséparable du droit élémentaire de remettre en question toute pensée, y compris la pensée émanant de la liberté d’expression, ce qui confirme la liberté d’expression !

Car enfin, que faire lorsqu’une croyance est ontologiquement opposée à tout dissentiment ? Et comment penser la liberté de pensée si l’on pose qu’une pensée, pour religieuse qu’elle soit, se prévaudrait d’un statut d’inviolabilité ? N’y en a–t-il pas assez avec l’infaillibilité papale qui, depuis le 18 juillet 1870, affirme que le souverain pontife ne peut se tromper lorsqu’il prend une décision « ex cathedra » concernant la morale ou le dogme ? Si la proposition de loi 2895 trouvait suffisamment d’échos à l’Assemblée nationale, que deviendrait l’affirmation de la non-existence de Dieu ? La considèrerions-nous comme de la « désinformation » ou comme un « outrage » aux convictions religieuses ? Monsieur le député sait-il que pour un musulman, l’affirmation de la divinité du Christ est hautement blasphématoire, car Dieu n’a pas donné sa vie pour sauver les hommes ? Mentent-ils donc ou blasphèment-ils ceux qui disent : « Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah… Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié ; (…) ce n’était qu’un faux semblant ! (…) mais Allah l’a élevé vers Lui » (Sourate 4, versets 157 et 158) ?

A vouloir éviter tout motif de discorde avec ceux qui sont cette discorde même, ni Monsieur Roubaud ni le Conseil de l’Europe n’ont l’air de se rendre compte qu’il servent l’obscurantisme islamique dont le rêve est d’instaurer, pour nous tous, la loi coranique punissant de mort l’onanisme, l’homosexualité, l’apostasie, et même le refus de « s’acquitter de l’obligation de la prière dans la limite du temps prescrit » !

J’exagère ? Pensez-le, si cela vous rassérène, mais je sais qu’on ne sonne pas le tocsin avec des clochettes ! Je sais qu’à force de reculs, que masque une tolérance apeurée à l’égard de l’islam, la Charia peut nous être imposée demain !

Maurice Vidal

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