De quoi sommes nous réellement les héritiers ?

Publié le 19 juillet 2010 - par
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Riposte Laïque ou Résistance Républicaine se conçoivent, on le sait, comme héritiers de la Révolution Française, des Lumières et, plus proche de nous, de la Résistance Gaullienne.

Je voudrais faire là-dessus quelques remarques, afin de montrer qu’un tel héritage est cependant discutable ; ou en tout cas qu’il ne doit pas être compris abusivement ou aveuglément.

Certes, la Révolution Française fut un événement fondateur dans la conquête de la liberté et de l’émancipation citoyenne, mais elle fut aussi porteuse d’une illusion, d’une utopie que Napoléon lui aussi chercha dans la foulée à concrétiser, avec les conséquences funestes que l’on sait. Les Révolutionnaires et Napoléon ont cherché en effet à dépasser les frontières de la France pour étendre leurs idées et leur programme sur tout le Vieux Continent : bref, ils ont cherché à faire l’Europe ! Force est de constater que non seulement ils ont (inévitablement) échoué, mais qu’en plus, ce faisant, ils se sont détournés du projet impérial français « outre-mer », liquidant le premier empire colonial français – seul porteur d’avenir, de puissance et de rayonnement futur -, comme on lâche la proie pour l’ombre.

Les grands gagnants de cette histoire furent, on le sait, d’abord les Anglais, ensuite les Américains (je rejoins ici Eric Zemmour dans Mélancolies françaises) L’illusion, c’était en effet de croire qu’il était possible à une Grande Nation d’étendre son influence et son pouvoir sur d’autres grandes nations, elles-mêmes dans une logique d’expansion (souvent coloniale) et toujours promptes à contrecarrer les velléités françaises par le jeu de diverses coalitions aux combinaisons infinies (« Waterloo, morne plaine »). Il était plus simple, plus utile et moins onéreux de conserver et d’agrandir le premier empire. La fragilité (relative) de la France d’aujourd’hui face à l’impérialisme américains conquérants est déjà en germe à ce moment-là.

Concernant les Lumières (que je ne cherche pas spécialement à tamiser…), l’héritage précieux qu’elles constituent ne doit pas nous faire oublier cependant ce qu’elle porte en elle de trop universaliste. Là encore, le dépassement de la Nation au profit d’une citoyenneté qui serait une citoyenneté universelle, transfrontalière, la « société du genre humain » (Diderot), est une illusion dangereuse, car elle nie une réalité fondamentale : celle d’une communauté de valeur et de destin qui ne peut être propre chaque fois qu’à une Nation particulière et non applicable au monde entier. Ce sont d’ailleurs aujourd’hui les plus fervents défenseurs du discours des Lumières que l’on retrouve parmi les plus prompts défenseurs de l’Europe (des marchés), du libéralisme (confondu avec la liberté), et de « la veuve et de l’orphelin », à condition que ceux-ci vivent très loin de leur pays, si possible à l’autre bout de la planète («BHL», Glucksman, et peut-être aussi Kouchner) Tout le monde a en mémoire la fameuse phrase de Rousseau (L’Emile) : « Méfiez-vous de ces Cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux ».

Enfin, la Résistance gaullienne fut un bel exemple de lutte contre la tyrannie et l’horreur Nazi, dont on peut noter d’ailleurs que celle-ci était précisément étrangère à la nation, et pleine de velléités de « faire l’Europe » à sa façon… Peut-on en revanche parler d’un héritage gaulliste, qui soit aussi glorieux ? Là encore aussi, méfions-nous, car c’est en fait De Gaulle qui, quoi qu’on en dise, a été historiquement, et bien sûr paradoxalement, le premier grand fossoyeur de la Nation Française, ce que les patriotes du Vrai Mai 68 ( !) avait senti et combattu, parlant même à l’égard de sa politique d’un régime fasciste (mais oui !). Les conseillers de De Gaulle, ou ses Ministres, les plus écoutés, n’avaient-ils pas pour noms – de sinistre mémoire : Pompidou, Malraux… Or c’est bien à eux que l’on doit la destruction (ou comme on dit certains : l’assassinat) de Paris, longtemps (trop longtemps ?) capitale de toutes les révolutions et de toutes les résistances. C’est bien à eux que l’on doit l’américanisation de la France, l’immigration de masse, utile aux capitalistes (et seulement aux capitalistes). C’est bien à eux, enfin, que l’on doit l’Europe de marchés.

Gardons-nous donc de trop en appeler, et sans nuances, aux héritages qui, comme les trains en marche sur la voie, peuvent en cacher un autre.

Etienne Baschy

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