Débat Fourest-Ramadan : qui a le mieux défendu l’islam ?

Publié le 20 novembre 2009 - par - 1 989 vues
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Ça y est, le match du siècle, la joute oratoire de la décennie, celle que toute la France de la diversité attendait : le face à face Caroline Fourest – Tariq Ramadan a eu lieu lundi sur le plateau de Ce soir ou jamais. (1) Nous sommes heureux de cet événement parce qu’il a permis à tous les Français soucieux de défendre la laïcité de voir par eux-mêmes les insuffisances criantes de la stratégie de Mme Fourest, et des troupes qu’elle dirige, face à l’offensive islamique.

La faillite de la stratégie de Caroline Fourest

Tout d’abord, dans toute bataille, il y a le choix du terrain, et celui-ci a mené à la catastrophe rhétorique Mme Fourest : d’emblée, ce qu’elle a affirmé, c’est que son principal souci, c’était la vision de l’islam de Tariq Ramadan. Nous n’avons pas assisté à un débat entre une républicaine laïque et un musulman islamiste, mais à une dispute entre deux visions de l’islam : c’était à celui des deux qui passerait pour le promoteur de l’islam le plus moderniste. Le principal grief de Mme Fourest était que ses amis « musulmans laïques » ne soient pas aussi médiatisés que le musulman fondamentaliste qu’est Ramadan. Cela en soi est faux, car Ghaleb Bencheikh, qu’elle a donné en exemple, officie deux dimanches par mois sur France 2, ce qui n’a empêché nullement l’islamisme de progresser à grands pas dans notre société.

La messe – ou le sermon du vendredi – était dite avant même le commencement de la discussion : l’islam, c’est bien, pour les deux orateurs. Pour les lecteurs de Riposte Laïque, ce ne fut sans doute pas une nouveauté, cela fait des années que nous soulignons le préjugé de choc en faveur de l’islam qu’incarne Caroline Fourest. Ce parti pris pro musulman était d’ailleurs gravé au fronton de son livre Frère Tariq, dont l’introduction commence par cette phrase : « J’aurais vraiment aimé que Tariq Ramadan tienne ses promesses : celles d’un islam fier et vivant mais éclairé et moderne. » (2)

Aussi ce débat ne pouvait être qu’une grande déception pour ceux qui s’attendaient à ce que Mme Fourest terrasse intellectuellement M. Ramadan. Il n’y eut aucune discussion de fond, juste des attaques ad hominem sur la malhonnêteté respective de l’un ou de l’autre. Que l’extrait du prêche de Tariq Ramadan ait montré son visage moraliste, c’est bien, mais cela ne constitue nullement un crime. Que M. Ramadan ait été contraint à affirmer qu’il ne peut, en tant que musulman, approuver l’homosexualité, cela est bien, mais pas non plus susceptible de le faire bannir de l’espace public. Il lui a été facile de montrer que sa position morale n’est nullement marginale, que ce soit dans le domaine théologique ou bien psychologique.

Mme Fourest croyait qu’en exposant ses opinions sur l’homosexualité, elle allait montrer la dangerosité de son fondamentalisme. C’était le fer de lance de sa rhétorique. Quelle illusion ! Elle a raillé que M. Ramadan dise sur le fond « Je respecte le pécheur, pas le péché ». En exigeant au nom de la tolérance, qu’il aille au-delà du respect des personnes, et qu’il aime tout ce qu’elles font, elle s’est révélée comme authentiquement intolérante vis-à-vis d’autrui. Car la tolérance, c’est accepter que quelqu’un juge différemment les mêmes actes, sans que le respect entre personnes ne soit remis en question. Affirmer que M. Ramadan serait à mettre a pilori parce que ses opinions sur l’homosexualité ne nous plaisent pas, c’est se montrer complètement « dogmatique », comme l’a astucieusement souligné M. Ramadan lui-même.

En engageant ce débat sur ces questions qui relèvent de la morale, a été laissé de côté l’aspect le plus dangereux de l’offensive fondamentaliste qu’incarne M. Ramadan : l’aspect politique. Je croyais qu’on allait y arriver en fin, lorsque l’on aborda sa filiation intellectuelle avec Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans. Encore une déception. Exposant ce qu’il critique de son grand-père, M. Ramadan a déclaré « je me démarque d’une certaine méthodologie et de certaines attitudes qui ont pu être celles de l’organisation. » Mme Fourest est restée impassible, incapable de voir que son adversaire ne disait rien de consistant, que critiquer la « méthodologie » ou « l’organisation », ce n’est pas critiquer le fond, c’est-à-dire les objectifs politiques totalitaires du mouvement islamiste. Tout ce que M. Ramadan a dit, de la façon la plus honnête qui soit, c’est qu’il s’y prend autrement que son grand-père !

Mme Fourest ne pouvait pas répondre, car il aurait fallu exposer le projet politico-religieux qu’est l’islam d’Hassan Al-Banna, et qu’il est bien cohérent avec les textes fondamentaux. Or cela l’aurait entraînée sur des terrains bien trop glissants, et aurait remis en question sa foi avouée dans l’islam, et dans sa possible réforme. Mme Fourest s’est comportée comme une sorte de « musulmane du futur », reprochant à M. Ramadan d’être un « homme du passé ».

C’est parce que Mme Fourest croit de toutes ses forces en un « islam fier et vivant, mais éclairé et moderne », qu’elle ne fait rien pour stopper les avancées de l’islam réel, et qu’elle dénonce Fanny Truchelut, Riposte Laïque, l’opposition à la construction des minarets en Suisse et à la participation à Durban II, Geert Wilders, le projet de loi sur la burqa, etc. Sa foi dans les ressources cachées du mahométisme ne font par ailleurs pas bon ménage avec la défense de Taslima Nasreen et d’Ayaan Hirsi Ali, qu’elle a mises en avant, car ces deux femmes expliquent à longueur de livre que l’islam n’est pas réformable et qu’il n’y a rien à en garder. Cette contradiction interne montre que Mme Fourest est soit hypocrite, soit schizophrène.

Caroline Fourest et la fondation Anna Lindh

Cet amour de l’islam du futur s’explique pourtant assez aisément : depuis plus d’un an, Mme Fourest travaille pour la Fondation Anna Lindh, dont elle a rejoint le Conseil consultatif, qui est « responsable de faire des recommandations concernant les orientations de la politique stratégique de la Fondation au Conseil des gouverneurs, au Directeur et aux réseaux nationaux. ». (3) D’après sa propre présentation, cette fondation « qui regroupe et que financent plus de quarante États euro-méditerranéens, entend rassembler les peuples pour favoriser le dialogue entre les cultures et le respect de la diversité. (…) Acteur central du Partenariat euro-méditerranéen et instigateur de la participation de la société civile au ”Union pour la Méditerranée”, la Fondation est aussi un centre d’information et de diffusion de ses initiatives et un observatoire du dialogue interculturel dans la région. » (4) Sans commentaire.

Mme Fourest a déclaré avec pathos à Tariq Ramadan : « Le Pen n’est pas passé dans ce pays, vous non plus vous ne passerez pas. » C’est oublier que M. Le Pen ne trouve absolument pas incompatibles les cinq piliers de l’islam avec le mode de vie français, et qu’il admire l’Iran des mollahs. (5) Aussi faut-il remarquer que Ramadan, Le Pen et Fourest ne sont pas ennemis sur le fond, car ils ne représentent que trois courants pro-islam : l’islam du passé, l’islam admiré au présent (6), et l’islam du futur. Défendre la République et ses valeurs, c’est à coup sûr les combattre tous les trois, comme autant de promotions de la théocratie : une promotion assumée, une promotion opportuniste et une promotion inconsciente. Contre eux, islamophobes de tous les pays, unissez-vous !

Radu Stoenescu

(1) http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/index-fr.php?page=emission&date=2009-11-16

(2) http://carolinefourest.wordpress.com/

(3) http://www.euromedalex.org/fr/nouvelles/la-fondation-anna-lindh-accueille-le-nouveau-directeur-ex-cutif-et-le-conseil-consultatif

(4) http://www.euromedalex.org/fr/profil

(5) http://www.egaliteetreconciliation.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=4440&Itemid=115

(6) http://www.iran-resist.org/article1718

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