Débat sur Radio Courtoisie face aux identitaires et aux catholiques traditionnalistes

Publié le 18 janvier 2010 - par - 653 vues
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Le 15 janvier dernier, comme nous l’avons annoncé, je suis allé débattre de l’identité nationale sur Radio Courtoisie, avec trois représentants de ce que l’on appelle l’extrême droite française : l’abbé Guillaume de Tarnoüarn, ancien vicaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, bastion des catholiques lefebvristes, Jacques Cordonnier, président du mouvement régionaliste Alsace d’abord, ancien, élu régional, et membre du bureau du Bloc Identitaire, et Bruno Larebière, rédacteur de l’hebdomadaire Minute. (1) Je ne reproduirai pas ici ce qui a été dit, dans la mesure ou chacun pourra s’en faire une idée par lui-même en écoutant l’enregistrement. Je tâcherai seulement de préciser certains points que je n’ai pas eu le temps de développer à l’antenne.

Par un hasard du calendrier, cette rencontre a eu lieu après le débat télévisé entre Eric Besson et Marine Le Pen, et le coup d’éclat de Vincent Peillon. De discussion, il n’y en eut guère, ce qui est malheureux, sachant combien les Français se sentent concernés par cette question. M. Besson croit toujours malgré la réalité qu’il existe un islam compatible avec la République française, que le CFCM représente les musulmans, et qu’il serait contre la burqa. Cela est inquiétant pour quelqu’un qui déclare que ce qu’il craint le plus, c’est « le déni de réalité », et qui est personnellement favorable au vote des étrangers aux élections locales. Mais la chose qui m’inquiète encore plus, c’est qu’il ait déclaré que « l’élite de la France ne représente pas la diversité sociale » et que pour y remédier, il soutien des mesures de discrimination positive, afin que « l’égalité théorique », devienne une « égalité réelle ». Pour le rescapé d’un pays du « socialisme réel » que je suis, cela fait froid dans le dos, d’autant plus que ce sont les mots du numéro deux du parti majoritaire à droite !

La France n’est pas et ne doit pas devenir un pays de l’égalité réelle, car l’égalité réelle, c’est la fin de l’élitisme républicain et de la méritocratie. Promouvoir l’égalité réelle, c’est vouloir égaliser les différences légitimes issues du mérite et du travail, c’est-à-dire une injustice. (Dans la République Socialiste de Roumanie de Ceausescu, chacun avait un livret de travail qui mentionnait ses origines sociales : si on n’avait pas d’origines « saines », c’est-à-dire si on n’était pas fils ou fille de paysan ou d’ouvrier, on n’avait pas droit à certains emplois, on avait moins de chances trouver un logement, ou une place à l’université.) N’en déplaise à M. Besson, l’élite d’un pays est le résultat provisoire d’une lutte et d’un travail continu, et l’on ne peut pas, pour que la photo soit plus colorée ou plus exotique, fixer des quotas de représentants de classes sociales, de minorités ethniques ou de communautés sexuelles. Le mérite, cela ne se dessine pas comme un mouton pour le Petit Prince. Il faut réaffirmer cette évidence, qui ne semble plus du tout évidente aujourd’hui, que la France est un pays de l’égalité des droits, de l’égalité des chances, non pas un pays de l’égalité de fait. L’égalité est une valeur régulatrice de notre société, non pas une promesse de politicien, auquel on pourrait reprocher de ne pas la tenir.
Lorsque la droite se donne pour tâche d’instaurer l’égalité réelle, c’est-à-dire qu’elle semble être devenue marxiste, que devient donc la gauche ?

On l’a vu avec la non apparition de Vincent Peillon, qui a déclaré « ils ont voulu cautionner par un socialiste un débat d’indignité nationale ». Cela veut dire qu’un socialiste croit que sa seule présence sur un plateau serait comme une sorte de bénédiction divine, qu’il émanerait de lui comme des effluves de Bien, « cautionnant » ce dont les autres parlent. Un socialiste, que le tienne pour dit, ce n’est pas un mortel comme nous, avec des idées qu’il doit soumettre aux critiques des autres, un socialiste, c’est un ange qui descend du ciel, avec l’idée claire de ce qui est Bien et ce qui est Nauséabond.

Comme je n’en suis pas un, je suis aller discuter avec pire encore, des Démons foudroyés définitivement par les Archanges de la rue Solférino et de Mediapart. A Riposte Laïque du moins, on ne fonctionne pas avec des terreurs mystiques, pas plus que l’on ne croit être souillé au contact de personnes dont on ne partage pas le projet politique. En préparant l’émission de Radio Courtoisie, j’ai relu la célèbre conférence d’Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, prononcée en Sorbonne en 1882. (2) A elle seule, elle constitue la réfutation par avance des positions défendues par mes contradicteurs présents sur le plateau. M. Cordonnier, identitaire, défendait une vision ethniciste, si ce n’est racialiste de la nation française, alors que l’abbé de Tarnoüarn soutenait une vision régionaliste et religieuse des fondements du corps social. En ce qui me concerne, j’ai essayé de montrer que ces principes n’en sont pas, et que la nation, comme le dit Renan, est « une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est dispose à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. »

Je ne peux pas, en tant que naturalisé Français à l’âge de vingt ans, souscrire à une autre vision de la nation française, que celle de cette adhésion volontaire au grand roman national français. C’est la seule qui soit juste et qui soit porteuse d’un avenir. « Défendre l’identité ethnique » n’a de sens que réactif, porteur de discriminations et de crispations sur une soi-disant nature ethnique de la France ou de l’Europe. Ce fut plaisant de voir l’abbé lefebvriste se ranger de mon côté contre la position de l’ex-élu alsacien. Mais ce fut seulement pour me chanter l’attachement au terroir comme base de l’identité nationale, ce qui éveilla naturellement mon sarcasme. Non pas que je ne connaisse pas quelques endroits en France et en Europe qui m’émeuvent et que je ne voudrais pas voir détruits ou défigurés. Mais aimer son village ne nous dit pas comment l’aimer et que faire pour lui, ce qui me semble la question primordiale dans l’identité nationale.

Pour préciser mon idée, fidèle à la définition de Renan, je ne pense pas que l’on puisse vivre ensemble, nous, Français, si l’on devient complètement amnésiques ou si les seules choses dont nous nous souvenons, ce ne sont que les crimes de nos ancêtres. Un homme sans mémoire, c’est un homme aux capacités juridiques limitées, car il ne saurait être autorisé comme témoin dans un tribunal. Une nation sans mémoire, c’est une nation sans avenir. Celui qui oublie le passé, n’est pas condamné à le répéter, au contraire, il ne sait pas comment le répéter, dans ce qu’il a de plus glorieux. Ce qui pourrait résoudre les problèmes de l’identité nationale de la France, c’est la réaffirmation des grandes figures du passé national, dans la même mesure où la réislamisation des banlieues opérée depuis vingt ans n’a été que le rappel des modèles des « pieux ancêtres » (salafs), à imiter par les musulmans dans le présent.

Renan écrivait : « un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà la condition essentielle pour être un peuple. » Et Renan ajoute, comme par anticipation à la déclaration de Philippe Séguin citée dans le débat sur France 2, pour lequel l’identité nationale, c’est la joie de la victoire de l’équipe nationale de football en 1998 : « la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes ; car ils imposent des devoirs ; ils commandent l’effort en commun. »

L’identité, cela s’acquiert par mimétisme, par l’imitation des modèles civiques, humains, qui nous viennent du passé. Sans cette piété envers les figures glorieuses de la culture nationale, ou mondiale, on ne peut se projeter vers un avenir commun. Sans non plus une certaine abnégation et un certain esprit de sacrifice, il n’est pas possible de vivre en communauté. Je crains fort que ces fondements à la fois culturels et moraux ont été si bien sapés en France que sa crise d’identité se prolongera sans doute pendant longtemps. L’historien Pierre Nora en a fait un état des lieux inquiétant lors de son Discours sur la vertu, prononcé en séance publique de l’Académie nationale le 30 novembre 2006 : « Nous n’avons plus de saints, plus de héros, plus de sages, ni en général de modèles d’autorité morale, mais ce sont les victimes du mal qui sont les nouvelles incarnations du Bien. » (3)

J’ajouterais que c’est la logique perverse du vertuisme actuel et passé de la classe dirigeante, qui a rendu toute piété envers le passé impossible pour les jeunes générations et qui les a ainsi privées de tout avenir. C’est ce que j’ai résumé par cette phrase de Jésus que j’ai citée à l’antenne : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les sépulcres des justes, et que vous dites: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes. » Toute la politique de repentance de la France se ramène au désir de prétendre être meilleur que ses ancêtres, sans mettre à l’épreuve de la réalité cette haute idée de soi-même.

Les lois mémorielles, les demandes de pardon incessantes, les procès en colonialisme, en fascisme, en sexisme, en racisme, le culte de Jean Moulin, la lecture de la lettre de Guy Moquêt, le projet de faire adopter la mémoire d’un enfant mort pendant la Shoah par chaque enfant du primaire, ne sont que des manières hypocrites d’orner « les sépulcres des justes ». Rendre hommage aux victimes passées du Mal semble aujourd’hui l’unique manière d’être vertueux, et le seul devoir moral. Or, cela laisse la réalité d’aujourd’hui complètement inchangée.

Le vertuisme, qui n’est que cette antique hypocrisie dénoncée déjà par Jésus, paralyse la vertu réelle, en ce qu’il interdit par ailleurs tout combat réel contre ce qui est un danger ou un mal aujourd’hui, comme par exemple, la progression de l’islam en France. Il est absolument naturel que l’islam soit au cœur du débat sur l’identité nationale, si l’on est d’accord avec Renan, que la « condition essentielle pour être un peuple », c’est « avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore. »

C’est cela l’assimilation : faire siennes « les gloires communes du passé national », se considérer comme le bénéficiaire heureux des sacrifices accomplis par les ancêtres de ceux qui nous accueillent dans leur communauté, et leur en savoir gré pour cette générosité.
Mais comment les musulmans pourraient-ils vibrer pour Voltaire, qui a écrit Mahomet ou le fanatisme, comment les musulmans s’enthousiasmeraient-ils pour Molière se moquant du Coran dans Le bourgeois gentilhomme ?

Comment les Français pourraient-ils en retour admirer et respecter Mahomet, sachant ce qu’il a fait et ce qu’il a enseigné ? De plus, comment assimiler une population qui considère impure la nourriture que vous mangez, indécentes les œuvres d’art que vous admirez, et indignes d’épouser ses filles les hommes non musulmans ? Parce que c’est impossible de faire s’entendre les ancêtres des Français avec les salafs des musulmans, mais qu’aucun politicien n’a le courage de l’admettre, ni même l’opportuniste Jean-Marie Le Pen, pour lequel les cinq piliers de la foi musulmane sont compatibles avec la République (5), on fait oublier aux Français leur propre culture, et que (à effacer) l’on prétend de plus en plus que l’Europe a des origines musulmanes.

L’Eglise catholique actuelle a une part de responsabilité dans la confusion des esprits, avec ces reniements de soi que constituent le baiser déposé sur le Coran par Jean-Paul II le 14 mai 1999, en présence du patriarche chaldéen Raphael, et de l’imam chiite de la mosquée de Khadum, ou bien l’appel de la Conférence des Evêques Suisse à voter « NON » lors du référendum suisse sur l’érection des minarets. L’œcuménisme catholique dessert la culture européenne, et n’arrête nullement la persécution des chrétiens en terre d’islam, qui sont une centaine de millions. (6) L’attitude conciliatrice de l’institution catholique actuelle tranche avec celle de Pie XII lors de la seconde guerre mondiale. Je m’insurge contre ce dernier procès vertuiste en date, selon lequel ce pape n’aurait rien fait contre les nazis.

C’est un pur mensonge, car le pape avait rédigé l’encyclique de Pie XI Mit brennender Sorge (en allemand, traduit par Avec une vive inquiétude) publiée le 10 mars 1937, et qui déclare hérétique le nazisme, et qui a été suivie d’un persécution atroce en Allemagne. (7) Si Pie XII n’a pas été encore plus actif, il avait une excuse de taille : il était le quasi-prisonnier des fascistes italiens. (8) La hiérarchie catholique actuelle n’en a aucune.

Elle pourrait prendre exemple sur ce prêtre copte qui est considéré comme l’ennemi numéro un par tous les oulémas : Zakaria Boutros. (9) Nombre d’ex-musulmans que j’ai rencontrés m’ont dit que c’est lui qui leur avait ouvert les yeux sur la nature de leur religion. Le combat et le débat avec l’islam devra investir nécessairement le champ théologique, puisqu’il s’agit toujours d’une foi, bien qu’elle soit aussi une doctrine politique, et c’est ici la limite certaine du débat laïque. Et donc celle de mon article.

Radu Stoenescu

(1) http://fr.novopress.info/45680/riposte-laique-bloc-identitaire-centre-saint-paul%C2%A0-un-libre-debat-sur-l%E2%80%99identite/

(2) http://www.lexilogos.com/document/renan/nation.htm

(3) http://www.canalacademie.com/Discours-sur-la-vertu-par-Pierre.html

(4) Matthieu 23. 29-31

(5) http://www.egaliteetreconciliation.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=4440&Itemid=115

(6) http://www.lefigaro.fr/international/2009/12/23/01003-20091223ARTFIG00626-noel-cent-millions-de-chretiens-sous-surveillance-.php

(7) http://lesbonstextes.ifastnet.com/pximitbrennendersorge.htm

(8) Pour plus de détails, voir cet article sur Causeur.fr, Pie XII, pape bavard http://www.causeur.fr/pie-xii-pape-bavard,3530

(9) http://www.orthodoxytoday.org/articles8/Ibrahim-Islams-Public-Enemy-Number-One.php

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