Décidément, je suis de moins en moins d’accord avec Caroline Fourest

Publié le 24 juin 2008 - par
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Dans un récent article, au lendemain de l’affaire de Lille, je faisais part de mon inquiétude, quant à l’évolution de Caroline Fourest (1). En effet, systématiquement, comme le remarqua la semaine dernière une lectrice de Riposte Laïque, Marie-Claude Vincent (2), Caroline se sent obligée d’adopter des positions faussement équilibrées, qui dédouanent l’islam de tous les dérapages constatés quotidiennement.

Il était donc intéressant de voir, sur l’affaire de Vigneux, comment elle allait se positionner, sachant qu’elle est aujourd’hui, pour de nombreux journalistes, la référence laïque incontournable sur les plateaux de télévision et dans les quotidiens.

J’ai donc lu attentivement le « Parisien » du jeudi 19 mars, où son opinion s’affiche, en page 2, aux côtés de celle d’un Marek Halter consternant, qui en vient à confondre communautés et communautarisme, et qui réclame le financement des mosquées par les pouvoir publics.

Certes, Caroline n’en est pas là, et on ne peut qu’être d’accord avec elle sur de nombreux points. Mais le titre de l’interview me pose déjà problème : « L’interdiction de la mixité n’est pas admissible DANS CE CAS ».

Et Caroline nous explique que dans d’autres cas, cette non-mixité n’a pas à être remise en question. Selon elle, il y aurait la non-mixité progressiste (rencontres réservées à des femmes victimes de violences) et la non-mixité réactionnaire, comme ce fut le cas de Vigneux.

De telles propos peuvent prêter à confusion, si on n’amène pas immédiatement une précision essentielle. Pas plus que Caroline Fourest, je n’ai envie de vivre dans un pays totalitaire, où les femmes, ni aucun autre groupe particulier, n’aurait le droit de se rencontrer. Je ne suis pas pour une vision totalitaire de la mixité. Mais je différencie des choix privés, et le fait de solliciter la République pour cautionner et financer des activités spécifiques. Je ne pourrais donc concevoir que mes impôts financent des activités qui sont interdites à une partie de la population, comme des festivals artistiques interdits aux hommes, par exemple (3). Que cela existe, pourquoi pas, mais à condition de demeurer dans un espace privé, et ne solliciter aucune structure publique.

D’autres passages de son interview me posent problème. Je ne peux que bondir quand je lis ses propos : « La mairie aurait pu mettre à disposition son gymnase, à condition que les hommes y soient admis. Cet équipement est un espace public, qui devrait favoriser les projets favorisant le vivre ensemble et l’égalité. »

Autrement dit, pour Caroline, le seul problème est la non-mixité, et non pas que le maire puisse prêter un gymnase municipal à une organisation cultuelle, pour organiser des tournois inter-mosquées de basket !

Je préfère la position, exprimée en page trois de ce journal, de Patrice Finel, conseiller général socialiste de Vigneux, qui s’indigne qu’un maire puisse prêter un gymnase municipal pour un événement cultuel.

De même, la réaction de notre collaborateur, Pierre Cassen, dans la même page de ce journal, est ironique et sans ambiguïté : « pourquoi pas un tournoi inter-synagogues ou interéglises évangéliques ? »).

Il serait intéressant que Caroline explique quel rapport il y a entre une mosquée, lieu de prières, lieu de culte, et le sport. Les mosquées du 91 seraient-elles devenues des espèces de thermes romains, des lieux de vie (voire de perdition !), avec salles de sport ou gymnases pour l’entraînement des fidèles ? Si c’était le cas, il n’y aurait pas eu besoin d’un gymnase municipal ! A-t-elle réfléchi à la différence qu’il y a entre « tournoi inter-villes » ou inter-cités et un tournoi inter-mosquées ? Accepte-t-elle sans ciller que l’appartenance religieuse serve de ralliement, dans un lieu public, payé par les impôts de tous ? N’est-ce pas le communautarisme dans toute sa splendeur ? Que dirait-elle si un maire villiériste prêtait un gymnase public pour un tournoi inter-églises ? A quand les tournois inter-noirs, inter-beurs, inter-homosexuels, inter-bisexuels, inter-transexuels, inter-rouquins, inter-gros ou inter-maigres ?

Notre conception de l’intégration, c’est que tous les jeunes, toutes les jeunes filles, quels que soient leur origine, leur couleur de peau ou leur religion, s’inscrivent dans les clubs de sport municipaux pour apprendre à vivre ensemble, en toute égalité, et en n’ayant d’autre particularité que celle d’aimer le sport. N’est-ce pas cela, la vraie laïcité ?

Pour ne rien arranger, une deuxième partie, dans son interview, me pose également un gros problème. Après avoir reconnu que la loi du 15 mars 2004 a été une bonne chose, elle cherche à rassurer ceux qui l’accuseraient de républicanisme. « Toutefois, je ne suis pas pour légiférer sur tout. Il faut trouver un peu d’humanité, et trouver, grâce au dialogue, un juste milieu entre le communautarisme et un sursaut intolérant qui fermerait les portes à toutes différences ».

Il est curieux que Caroline Fourest mette en avant ainsi les différences ! Dans l’interview au Parisien, elle oppose l’humanité, qui serait le dialogue, à la loi, qui donc serait brutale ! Elle renvoie dos-à-dos ce qu’elle appelle l’intolérance (utilisant ainsi les mêmes propos que les adversaires de la laïcité) et le communautarisme ! Elle vient d’inventer un nouveau concept, celui de communautarisme positif… celui qui mettrait en valeur les différences. Et ce serait à nous de faire preuve « d’humanité » ! Ce serait à nous de dialoguer, de comprendre et… de nous adapter !

Dans une interview télévisée, elle se montre incapable de rappeler cette évidence, sur l’offensive de la viande religieuse à l’école (4) : une cantine scolaire est un service proposé aux familles et non un dû. Donc, si le menu ou la viande, non hallal par exemple, ou non casher, ne conviennent pas aux croyances de certaines familles, celles-ci ont la possibilité de faire déjeuner leurs enfants ailleurs.

Ces propos me vaudront-ils le qualificatif d’intolérant, voire d’ultralaïciste ? Pour Caroline, l’accommodement raisonnable est de leur permettre d’avoir le choix. La nouvelle laïcité permettrait donc aux communautés, aux minorités, de pouvoir choisir ce que leurs progénitures veulent manger le midi. Il faudrait donc, si l’on suit son raisonnement, que chaque cantine propose aussi des menus végétariens, et puis des menus sans bœuf pour ceux qui militent contre la production de méthane des bovins, qui participe au réchauffement climatique, et encore des menus avec O.G.M pour les partisans des aliments génétiquement modifiés qui disent que c’est la solution contre la faim dans le monde, et puis… Moi, je ne vois pas en quoi une conviction écologique ou philosophique ne serait pas une différence aussi valable qu’une différence religieuse.

C’est avec le genre d’arguments qu’on tue, à petit feu, la laïcité, sans le dire, en donnant l’impression qu’on la défend. On se demande ce que penseraient Ayaan Hirsi Ali ou Wafa Sultan d’un tel discours, qui, clairement, nous amène à continuer à reculer devant l’offensive de l’islam contre la République.

Caroline Fourest, nous met, peu à peu, en condition pour accepter la une nouvelle version de la discrimination positive, qui passe par un communautarisme positif. C’est le socle du projet de société anglo-saxonne de Nicolas Sarkozy, et de sa « laïcité positive ».

Un comble pour une journaliste qui mène depuis des années une campagne acharnée contre le président de la République.

Lucette Jeanpierre

(1) http://www.ripostelaique.com/Mais-qu-arrive-t-il-a-Caroline.html

(2) http://www.ripostelaique.com/Laissons-le-temps-a-Caroline.html

(3) http://www.ripostelaique.com/Halde-la-12-Reserve-aux-femmes-et.html

(4) http://www.france5.fr/c-a-dire/index-fr.php?page=emission&id_article=439

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