Décryptage de l’intervention du mufti Tariq Ramadan devant la mission parlementaire sur le voile intégral

Publié le 4 décembre 2009 - par

M. Ramadan a réussi un tour de force exceptionnel avec son discours devant les parlementaires français de la mission sur le voile intégral.(1)

Son discours est proprement incroyable par sa franchise, pour ceux qui ont des oreilles pour entendre. Devant les représentants du peuple français, devant tous les citoyens qui peuvent voir et revoir l’enregistrement de son discours, il a décrit l’essentiel de sa stratégie et il a exposé les idées les plus inacceptables, sans que cela ne soit observé par les députés.

La prestation du prêcheur suisse m’a époustouflé, parce qu’elle ressemble complètement à ce qui se passe dans la célèbre nouvelle d’Edgar Allan Poe, La lettre volée : on cherche une chose en croyant que cette chose est cachée, alors qu’elle est en évidence, en pleine lumière, et c’est justement parce que l’on part du présupposé que ce que l’on cherche doit forcément être dissimulé qu’on ne le voit pas.

Les députés méfiants traquaient derrière les propos de Tariq Ramadan son fameux « deuxième discours », alors que son discours premier, littéral, explicite contient très précisément tout ce qui rend l’idéologie de ce dernier, c’est-à-dire l’islam, absolument incompatible avec la République. Je me demande même si la thématique du « double discours de Tariq Ramadan » n’est pas une stratégie qu’il a lui-même mise en place, pour que l’on n’entende pas ce qu’il dit de la manière la plus explicite.

Lors de mon court débat avec lui, j’avais clairement posé que si l’islam est une loi, alors l’islam est un projet politique théocratique. Il n’avait pas répondu, mais avait balayé mon propos d’un revers de la main. Or M. Ramadan commence sa présentation devant les députés en disant qu’il va faire des précisions « théologico-légales » sur le voile intégral, expression qu’il reprendra quatre fois au cours de son exposé.

Je trouve extraordinaire que personne n’ait bondi devant cette expression, et du sens général de la première partie de son discours : M. Ramadan s’exprime en tant que mufti, c’est-à-dire en tant qu’autorité religieuse musulmane, donnant une leçon de jurisprudence islamique aux représentants du pouvoir législatif français ! Oui, M. Ramadan est bien un mufti. Il l’a révélé de facto lors du débat avec Caroline Fourest, qui n’y a vu que du feu, lorsqu’il a expliqué que son moratoire sur la lapidation était discuté par le « conseil des savants » – c’est-à-dire les oulémas ou les muftis qui définissent l’interprétation de la charia – au Maroc, au Pakistan, en Indonésie, et aux Etats-Unis, et que donc ceux-ci le considéraient comme leur pair.

La vision de la société qui sous-tend son exposé est totalement communautariste : dans son discours, il partage sans cesse les citoyens français en deux camps : les Français de confession musulmane et les autres. Il explique très franchement que la communauté musulmane française n’est pas unie, qu’il y a différentes autorités à sa tête, qui suivent différentes écoles de l’islam, parmi lesquelles on peut trouver des autorités wahhabites, seul courant à considérer d’une manière « théologico-légale » que la burqa est obligatoire en islam. Puis il affirme en toute quiétude que « Certains Français de confession musulmane conçoivent leur autorité comme venant directement des « centres », c’est-à-dire de l’Arabie saoudite ou des interprétations venant de certains lieux considérés comme les sources mêmes du savoir comme le Pakistan, l’Asie ou l’Afghanistan. Pour eux, l’autorité de ce qui sera dit ici n’a absolument aucun poids par rapport à l’autorité de ce qui sera dit et écrit là-bas. »

Ce qui est extraordinaire dans ce passage, c’est que M. Ramadan explique on ne peut plus honnêtement qu’il y a des Français qui ne le sont que de nom, qui sont musulmans avant tout, qui suivent les avis théologico-légaux émanent de pays étrangers, et qui se moquent complètement de « ce qui est dit ici », c’est-à-dire en l’occurrence des lois de la République. Mais alors, les autorités musulmanes de France, que font-elles ? est-on tenté de demander. La réponse est encore plus extraordinaire : « Il faut faire très attention quand on a affaire à des interprétations islamiques, de ne pas exiger de ceux qui ont une autorité relative ici de se positionner complètement contre les autorités qui viennent de là-bas car ce serait contre-productif. On pousserait ceux qui ne reconnaissent pas l’autorité des musulmans d’ici à l’isolement. Le pouvoir politique doit utiliser les autorités qui vont dans le bon sens, et ne pas mettre les autorités les unes contre les autres, en poussant des Français de confession musulmane ou des autorités religieuses musulmanes à une condamnation qui forcément ne sera pas entendue par ceux qui ne leur reconnaissent pas cette autorité-là. »

M. Ramadan est en train de dire que certains musulmans européens suivent scrupuleusement des avis « théologico-légaux », c’est-à-dire des fatwas, émises depuis les pays étrangers, et que de toute manière les autorités musulmanes locales ne sont que « relatives », par rapport à l’absolu de pureté que représente l’Arabie Saoudite, et ne sauraient pouvoir lui faire obstacle dans le domaine de l’interprétation de l’islam. Ainsi, il explique en creux combien sont ridicules ceux qui croient à l’émergence d’un islam de France, indépendant des théocrates barbares du Golfe ou d’ailleurs. Le plus outrecuidant, c’est qu’il enjoint aux représentants de la Nation de ne rien faire contre ce qui apparaît clairement d’après sa description même comme le développement explicite sur le territoire français d’une communauté séditieuse, asservie à des pays étrangers, aux valeurs complètement incompatibles avec les nôtres. Cela les « isolerait » !!!

Alors qu’il vient d’émettre des avis proprement juridiques, « théologico-légaux », M. Ramadan se lance dans une dénonciation de toute loi qui interdirait le voile intégral. Il dit « Une loi ne touche jamais le psychologique, si on n’a pas compris que le psychologique se touche par l’éducatif, par l’accompagnement. Une loi qui interdit, elle renforce en l’occurrence parfois le dispositif psychologique qui va aller dans (le sens contraire). » Cela est d’un grand comique, sachant que l’islam dans son ensemble n’est que lois, interdits, prescriptions. On se demande comment l’islam peut bien se propager, si ses interdictions ne touchent jamais le psychologique ! Cette conception doucereuse des rapports entre loi et psychisme est un pur mensonge, car toute personne ayant lu un livre de psychologie connaît le rôle structurant de l’interdit, du tabou, pour la psyché humaine. Ce mensonge ne sert qu’à interdire aux députés de faire aux musulmans ce que leurs « autorités » se changent de faire lors de leurs prêches.

Le but de tous ces développements subtils et moins subtils de M. Ramadan est de se présenter comme l’interlocuteur indispensable du gouvernement français, afin de faire évoluer les mentalités musulmanes, présupposées dépourvues de tout lien direct avec de leurs représentants politiques français. Il l’affirme clairement : « Tout ce que vous pourrez dire sur la burqa quand vous êtes un politicien ou un travailleur social et qui ne parlez pas de l’intérieur des références musulmanes aura forcément moins de poids que quelqu’un qui le dirait comme moi. » Ce qui est implicitement posé dans cette phrase, c’est qu’il existe deux références concurrentes sur le territoire français : la loi musulmane et la loi des autres. Ces mondes sont présupposés étanches, et Tariq Ramadan veille à leur étanchéité, pour pouvoir poser en partenaire de l’Etat dans la gestion de la communauté musulmane.

Or c’est là où se révèle l’aspect inacceptable de tout son propos : en France, il n’y a que la communauté nationale, et on ne saurait reconnaître des autorités religieuses « partenaires » dans la gestion d’une certaine catégorie de citoyens, considérés sous la tutelle de telle interprétation ou telle autre de l’islam. En France, il ne saurait y avoir une catégorie de Français pour lesquels la référence première en matière juridique serait autre que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’Etat n’a pas à se poser à l’intérieur des références musulmanes, c’est aux musulmans de se poser à l’intérieur des références nationales. C’est cela qui est proprement scandaleux dans l’exposé de frère Tariq : il parle de facto comme s’il était le chef politique d’un Etat dans l’Etat, et exige de la souveraineté nationale qu’elle l’adoube à ce poste, parce que les musulmans lambda seraient trop bêtes ou arriérés pour être directement interpellés par les lois de la République, qu’ils ne pourraient percevoir autrement que comme stigmatisantes, et qu’il ne suivront de toute façon pas.

Mais le spectacle comique n’est pas fini : après avoir expliqué que de facto, il y avait de nombreux Français musulmans qui n’étaient Français que de papiers, et qu’ils obéissaient à des autorités et des lois étrangères, M. Ramadan s’indigne que les non musulmans se méfient des musulmans ! Comme c’est étrange en effet, que de se méfier de gens qui n’écoutent que les avis « théologico-légaux » de l’Arabie saoudite ! Puis il a cette phrase extraordinaire : « J’en veux aux populistes qui disent que les sociétés occidentales sont victimes d’une lente colonisation. Cette victimisation de l’attitude des colonisés est très grave ! » D’un même souffle, il prétend que c’est populiste de dire que l’Occident est colonisé par les musulmans, et dans la seconde qui suit, il appelle les occidentaux, « des colonisés », qui auraient le toupet de ne pas apprécier être traités comme tels ! Je n’ai jamais vu pareil mélange d’hypocrisie et de franchise brutale. La tactique de M. Ramadan consiste à dire simultanément deux choses complètement contradictoires, dans le but de créer la perplexité de son interlocuteur, et ainsi paralyser sa réflexion. C’est ce que l’on appelle en psychologie le double bind, l’injonction contradictoire.

Dans la conclusion de son exposé, il dit « Aujourd’hui en France, vous avez une partie de la population qui a l’impression qu’à chaque fois que l’on parle d’elle, au lieu de regarder ce qu’elle vit socialement, on culturalise son appartenance, on islamise son identité et elle vous en veut pour cela. » Le mufti d’Oxford dit aux Français que ce sont eux qui islamiseraient les musulmans, et que c’est pour cela que les musulmans les détesteraient ! Extraordinaire renversement de la vérité, exprimé d’une manière éhontée devant nos représentants. Cette analyse absurde justifie tout bonnement la haine de la République, une haine dénuée de fondement, semée dans les faits par celui-là même qui accuse l’Etat français d’en être à l’origine, car c’est Tariq Ramadan qui a ré-islamisé les banlieues.

Messieurs les députés, ce n’est plus seulement une mission sur le voile intégral qu’il faut mener, mais une enquête sur la nature « théologico-légale », c’est-à-dire théocratique, de l’islam, tel que vous l’a présenté M. Ramadan.

Il en va de la paix civile.

Radu Stoenescu

(1) http://www.assemblee-nationale.fr/13/commissions/voile-integral/voile-integral-20091202-1.asp

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