Défendre la laïcité en Tunisie

Publié le 28 septembre 2007 - par - 1 246 vues
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Cher(e)s ami(e)s de Riposte Laïque,

Un de nos amis de France vient de nous faire parvenir le No 4 de Riposte laïque, et nous avons pu ainsi découvrir votre site, qui nous intéresse au plus haut point… Une des rubriques de votre journal s’intitule : Laïques de tous les pays, unissons-nous … Et ce n’est pas seulement une belle formule… la résurgence de diverses expressions de l’obscurantisme est aujourd’hui un phénomène mondial : l’ultra-libéralisme qui s’est imposé dans le monde en faisant souvent des ravages, la fragilisation des valeurs de la modernité, y compris des valeurs laïques, n’y sont pas étrangères… Si la laïcité est en danger dans les pays où elle s’est imposée, il ne faut jamais oublier que des zones entières comptant de très nombreux pays avec des dizaines de millions d’hommes et de femmes subissent un système régi par les règles et législations religieuses.

L’obscurantisme EST UNE REALITE QUOTIDIENNE DANS LA PLUPART DES PAYS D’ISLAM, même si c’est à des degrés divers, avec le maximum en Arabie Saoudite ou en Iran et le moins en Tunisie… L’intégrisme islamiste tue aussi, et beaucoup, en pays d’Islam… En Tunisie, qui, sans être laïque, est le pays d’Islam où s’est instaurée entre l’Etat et la religion une distance non négligeable, nous ne nous en contentons pas et en même temps nous voulons contrer l’offensive de l’Islam politique contre nos acquis et contre tout progrès dans le sens de la laïcité. C’est pour cela que nous avons pris l’initiative (et c’est une première dans le monde arabo-musulman) de nous constituer en Association pour la défense de la laïcité… Nous serions heureux d’établir avec vous des échanges fructueux.

Nous vous envoyons dans l’immédiat le texte fondateur de notre Association et la liste de la cinquantaine de fondateurs et de fondatrices (universitaires, avocats, juristes, journalistes, médecins, enseignants etc…). Si votre Journal pouvait s’en faire l’écho et couvrir notre initiative, nous vous en serions reconnaissant(e)s…

Le Secrétaire Général de l’Association (en cours de constitution).

Salah ZEGHIDI

[salahzeghidi2004@yahoo.fr->salahzeghidi2004@yahoo.fr]

Pour une association culturelle de défense de la laïcité

Dans le monde entier, la sécularisation est devenue incontournable, même si de nouveaux défis se posent chaque jour aux laïcs et à la laïcité. Le rejet de l’Etat théocratique n’est plus objet de débat dans la plupart des sociétés modernes.

La laïcité, au-delà des formes spécifiques qu’elle a eues jusqu’ici, qu’elle peut avoir et qu’elle aura en fonction des situations concrètes, se définit dans son essence en opposition
– à l’articulation du politique sur une doctrine religieuse ou toute autre doctrine sacralisée.
– au cléricalisme par lequel un groupe ou une élite cherchent à s’ériger en représentants de la divinité sur terre et partant en tuteurs de l’humanité, usurpant la souveraineté du peuple et portant un projet qui prétend remodeler la société en fonction de préceptes et règles datant de plusieurs siècles, sous prétexte que ces préceptes et ces règles émanent d’une volonté divine, tout cela aux dépens des avancées et des progrès réalisés par l’humanité, aux dépens de l’exercice de la volonté populaire sur la base de la citoyenneté et dans le cadre de la démocratie et aux dépens même de la liberté de croyance comme liberté individuelle devant être protégée contre toute instrumentalisation ou implication dans les aléas de la politique. C’est dans le même esprit que la laïcité implique nécessairement le rejet de tout athéisme érigé en athéisme d’Etat et utilisé comme instrument de combat contre la religion ou contre la liberté de croyance religieuse.

Dans le village planétaire que devient le monde, la laïcité est aujourd’hui une exigence universelle pour un  » vivre ensemble » à l’abri des fanatismes qui maquillent les ignorances en cultures, érigent les barbaries en civilisations et transforment les appartenances en « identités meurtrières ».

Dans le monde de l’aire arabo-musulmane, les laïcs continuent à être regardés comme des ennemis, au mieux comme des intrus. La laïcité est assimilée à une doctrine ou à un système de valeurs totalement étrangers aux sociétés arabo–musulmanes. Les régressions que connaissent des sociétés comme la nôtre nous interpellent très fortement. Il suffit de citer les remises en cause des acquis de la sécularisation dans des secteurs comme le droit, l’éducation, l’information et les médias, qui pèsent sur l’évolution des mœurs et des rapports sociaux. La question des droits des femmes est très souvent au centre de toutes les tentatives de l’irrédentisme islamiste d’imposer un retour en arrière. Il doit être parfaitement clair que la question de l’accès des femmes à l’égalité entière et effective avec les hommes est une question primordiale et doit être considérée comme « non négociable ». Elle se situe au centre même de nos convictions démocratiques et laïques : il ne peut y avoir ni citoyenneté, ni démocratie, ni laïcité dès lors que perdure la discrimination à l’égard des femmes.

Face à ces évolutions et à ces défis, il est impérieux pour les défenseurs de la laïcité de se rassembler pour défendre les acquis, pour promouvoir la pensée et l’action laïques dans notre pays et faire reculer les périls que fait peser l’Islam politique. Celui-ci, on le sait, exerce depuis les deux dernières décennies, une pression constante et multiforme sur l’Etat, sur la société, sur les élites pour les amener à s’intégrer dans le système de pensée de ce mouvement et dans sa vision d’un Etat islamiste.

La situation actuelle, dans laquelle les laïcs sont privés de tout cadre qui les regroupe et leur permette de contribuer, en tant que laïcs, aux débats et questionnements qui agitent la société, ne doit plus durer. Il s’agit pour eux de revendiquer leur droit, en tant que citoyennes et citoyens, de défendre et de promouvoir les idées et les valeurs laïques. Les particularités qui sont celles de la Tunisie, et de son histoire, ouvrent des perspectives relativement favorables à une action en faveur de la diffusion de la culture laïque.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que la création en Tunisie d’un cadre et d’une tribune laïques pour expliquer l’histoire et les enjeux de la laïcité, faire connaître au plus grand nombre les expériences laïques dans différents pays, intervenir dans des secteurs aussi importants que l’éducation, l’activité culturelle, les droits des femmes, la production et la mise en œuvre des normes juridiques, les médias, et présenter des propositions de lois et de réformes d’inspiration laïque, etc.., est devenue une tâche urgente. Le cadre en question, qu’un certain nombre de femmes et d’hommes ont pris l’initiative de créer, prend la forme d’une Association Culturelle.

Elle regroupe et est appelée à regrouper des intellectuel(le)s, des chercheur(e)s, des universitaires, des acteurs qui participent activement à l’animation de secteurs prioritaires pour l’action laïque : enseignant(e)s, cadres animateurs de l’action culturelle, juristes, avocats, artistes, journalistes, militant(e)s associatifs, militantes féministes, toutes et tous convaincu(e)s de la nécessité et de l’urgence de promouvoir la pensée et l’action laïques dans notre pays. L’Association se consacrera exclusivement à la défense et à la promotion de la laïcité et à la diffusion des valeurs et de la culture laïques. Elle sera constamment mise à l’abri de toute instrumentalisation à des fins qui ne sont pas celles du mandat que lui ont fixé ses fondatrices et ses fondateurs.

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