« Dieu est mort », ou redécouvrir Nietzsche par une bande dessinée

Publié le 31 mars 2010 - par - 447 vues
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Une nouvelle bande dessinée est disponible chez les libraires. Il s’agit de « NIETZSCHE, se créer liberté » dessinée par Maximilien Le ROY, scénarisée et mise en dialogues par le philosophe Michel ONFRAY (aux éditions Le Lombard). Ce livre est une biographie du philosophe allemand, récit de vie qui, initialement, devait être un film. Ce n’est donc pas une fiction et nous pouvons faire confiance à Michel Onfray pour respecter l’histoire de la vie et de l’œuvre du génial moustachu. Si vous avez le choix entre la biographie écrite par sa sœur Elisabeth et celle ci, n’hésitez pas une seconde et lisez la bande dessinée. En effet, la sœur de Nietzsche lui a volé sa mémoire, n’a jamais respecté ses volontés, l’a faussement fait passé pour le dernier des antisémites, n’a rien compris au concept de « volonté de puissance » et s’est, elle même, largement « acoquinée » avec les nazis.

Le dessin est superbe, simple, fort et puissant à la fois, permettant d’accompagner Nietzsche, presque main dans la main, dans tous ses voyages, mais aussi dans ses souffrances et sa folie. Justement, les scènes de souffrances syphilitiques, maladie qui le conduira à la folie et à la mort, sont malheureusement belles et viennent scander le récit fort à propos. Le sens de l’ellipse y est judicieusement employé, le texte est limpide, précis, allant à l’essentiel et, surtout, respecte la pensée et la vie de Nietzsche.

Alors, pourquoi parler d’une biographie du père littéraire de Zarasthoustra dans Riposte Laïque ? Commençons par écouter certains dialogues pour commencer à répondre à cette question.

Nietzsche discute dans un parc avec deux amis dont un qui lui annonce qu’il veut quitter le protestantisme pour embrasser la foi catholique et les ordres. Voici ce que Michel Onfray fait dire, à ce moment là, au philosophe : « Tu fais fausse route … Que peux tu attendre du christianisme, cette maladie qui nous invite au suicide lent, qui veut que nous mourrions de notre vivant sous prétexte que nous en mourrons mieux le jour dit. Que peux tu attendre de cette religion qui vénère un cadavre crucifié ? De cette religion qui fait vertu des vices du renoncement au corps, à la chair, au plaisir de la vie ? Il n’y a pas d’arrière monde, pas de ciel, pas d’enfer, pas de paradis, pas de dieu, pas de diable ! »

Puis, c’est à Rome que Nietzsche dit à Lou Salomé : « Nous sommes entourés de fiction, fiction de la vertu, de la justice, de l’amour du prochain. Fiction de la morale car nous sommes au delà du bien et du mal. Dieu est mort, dieu est mort, je vous le dis. La volonté de puissance, voilà la force qui meut toute réalité ! Plus besoin de dieu : il n’y a plus qu’éternel retour des choses et volonté de puissance … » Lou lui demande alors à qui ressemble ce philosophe de l’avenir annoncé par lui ? Il répond : « Son nom est Zarathoustra, prophète de l’éternel retour. Il nous enseigne la transvaluation des valeurs, l’inversion des valeurs chrétiennes. Il nous faut reconstruire une morale avec des nouvelles valeurs ! Il faut briser les anciennes tables de la loi ! Penser par delà le bien et le mal et annoncer des vertus nouvelles. Nous devons être les poètes de notre existence. »

Nietzsche avait demandé à sa soeur Elisabeth : « Promets moi que si je meurs, il n’y aura autour de mon cercueil que des amis, pas de curieux. Et si je ne peux plus m’en défendre, ne permets pas qu’un prêtre, ni personne d’autre, vienne débiter des sornettes sur mon corps. Qu’on m’enterre sans mensonge, en honnête païen que je suis. » Et bien, même ça Elisabeth lui a volé car elle n’a pas respecté ses dernières volontés comme elle n’a rien respecté chez lui.

Même si, comme nous l’avions déjà écrit, il ne faut pas confondre laïcité et combat contre les religions, voilà pourquoi il convient de parler ici de Nietzsche. Tout simplement parce que « dieu est mort ! »

Cette phrase apparaît, pour la première fois dans « Le gai savoir » et elle se trouve aussi dans « Ainsi parlait Zarasthoustra ». Bien sur, en disant cela, Nietzsche ne nous annonce pas la mort physique de dieu, mais, comme le lui fait si bien dire Michel Onfray, dieu n’est plus la source essentielle des codes moraux. Pour Nietzsche, cette « mort de dieu » amène à un nécessaire dépassement des valeurs chrétiennes en tant que lois morales universelles. En fait, cette « mort de dieu » libère l’Homme et l’abandon de la foi ouvre la voie à la créativité humaine. Alors, la morale chrétienne, avec toute sa batterie de commandements et d’interdits ne ferme plus l’accès à la toute puissance Humaine.

Désormais, l’Homme n’est plus la créature de dieu et il redevient le créateur qu’il a toujours été. Nous avons toujours soutenu qu’en aucun cas dieu a créé l’Homme, c’est bien l’inverse, à savoir que c’est l’Homme, par son verbe, qui a créé dieu. Il l’a créé en le nommant, le faisant ainsi advenir dans le langage, donc dans l’ordre symbolique. Avant l’Homme, point de langage donc point de dieu, quel qu’il soit. Tous les dieux n’ont qu’une existence dans le verbe de l’Homme et ne peuvent donc en aucun cas être antérieur à l’Humanité. L’Homme est bien le démiurge des dieux, de tous les dieux.

Après cette « mort de dieu », l’Homme peut alors devenir quelque chose de nouveau. Pour expliquer cela, Nietzsche utilise la métaphore d’un océan ouvert devant nous, ouvert à tous les possibles, faisant peur mais étant stimulant à la fois. Et, finalement, les Humains qui se créent eux mêmes une vie nouvelle représentent un nouveau stade que Nietzsche nomme « le Surhomme » qui aura comme projet philosophique la transvaluation, c’est-à-dire le renversement des valeurs chrétiennes.

C’est pourquoi il faut, de toute urgence, faire lire ce livre à Christine Boutin et aux membres de son parti politique chrétien qui mettent en avant et défendent les « valeurs » du christianisme. Mais, pour ne pas être en reste, formulons la joyeuse hypothèse que le philosophe de l’éternel retour aurait, à peu de choses près, tenu les mêmes propos vis à vis d’allah. Il faut donc aussi faire lire ce livre à Mohamed Latrèche, responsable du parti musulman de France. Cela serait une œuvre de salut public.

Hervé BOYER

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