Dieudonné, un candidat d’extrême droite antisémiste et communautariste

Publié le 26 mai 2009 - par - 605 vues
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C’est la deuxième fois que Dieudonné tente de se présenter aux élections européennes. La première, c’était en 2004. Le «comique» s’était porté candidat sur les listes EuroPalestine, dont le fonds de commerce était déjà l’antisionisme…

Dieudonné définit sa liste ouverte à tous ceux qui se retrouvent autour de l’antisionisme et de l’anticommunautarisme. Pour l‘anticommunautarisme il repassera, car d’emblée, on peut voir que c’est une des plaisanteries habituelles du pseudo-comique, en fait, il est entouré dans cette vidéo essentiellement de femmes voilées et de « grands frères ». La jeune femme qui l’interviewe porte elle-même le voile islamique.

Dieudonné ne trompera pas plus sur son « antisionisme » qui est devenu dans ce contexte le mot d’ordre de ralliement de tous ceux qui rêvent de la suppression d’Israël et qui sert d’habillage ici à l’antisémitisme.

Son anticommunautarisme, ce n’est qu’un faux-semblant servant simplement à donner le change et une bonne conscience à ceux qui pourraient être tentés de voter pour lui. Le communautarisme est au contraire une des sources électorales principales du type de vote qu’il insinue dans notre démocratie et en réalité contre elle, qui éloignent de toute idée de vivre ensemble.

La liste Dieudonné, un danger sans appel pour la démocratie et nos libertés

Le comique qui fait de moins en moins rire, flirte publiquement avec l’extrême droite et des individus à l’antisémitisme à peine dissimulé, sous couvert de pourfendre «l’axe américano-sioniste», de façon redondante avec le discours de ceux qui justifient le terrorisme et soutiennent les pires dictatures religieuses contre les droits de l’homme. Entre autre, on apprend en s’intéressant de plus près au personnage que Jean-Marie Le Pen est le parrain de sa fille, baptisée à Bordeaux par l’abbé Philippe Laguérie, ex-chef de file des catholiques intégristes, aujourd’hui rentré dans le giron de Rome. Une autre façon de dé-piéger son discours.

Lors du dépôt de sa liste unique en Ile de France pour les élections européennes du 7 juin prochain, Dieudonné a réactivé une nouvelle fois ce vieil argument de la propagande de tous les antiparlementaristes et fossoyeurs des libertés de toutes époques, accusant le monde politique d’être sous la coupe d’une « mafia ». Une prétendue famille conspiratrice dont il se targue de vouloir « libérer la France ». La théorie du complot, celui fomenté par le fameux lobby juif, qu’il agite comme un chiffon rouge dans la tradition d’un certain populisme vert de gris.

Définissant avec une déontologie politique qui lui est toute particulière sa démarche comme « glisser une petite quenelle dans le fond du fion du sionisme », il a présenté, lors d’une conférence de presse, vendredi 8 mai, au Théâtre de la Main d’or, à Paris, la majeure partie de ses candidats.

On en connait les trois leaders, Dieudonné que l’on ne présente plus. Yahia Gouasmi, président du « Parti antisioniste », partenaire de la campagne, du centre chiite Zahra-France qui apporte la caution politique et sans doute financière du régime iranien. Et, Alain Soral, ancien du PCF qui est passé par le comité central du Front national trop petit pour sas ambitions, qui se dit proche de Bové. Le slogan de Soral : « Gauche du travail, droite des valeurs » qui évoque irrésistiblement le « socialisme national ou national-socialisme », tel que Albert Herszkowicz de Memorial 98 le souligne.

Les termes dans lesquels il s’est exprimé à propos de la visite du pape Benoît XVI en Israël ne laissent que peu de doutes sur ses engagements antisémites viscéraux : « Benoît XVI devant se rendre très prochainement dans cette merveilleuse démocratie du Moyen-Orient qu’est Israël pour y lécher, conformément au rite de soumission mondialiste, la dalle de Yad Vashem et y abjurer un peu plus la religion du Christ, au profit de l’hérésie siono-shoatique… » A lui seul, il résume assez bien cette drôle de bande.

Une liste hétéroclite pour laquelle l’affaire Fofana est une escroquerie : tout un programme !

Une liste hétéroclite qui pourrait être l’objet d’un sketch si la chose n’était pas si obscure, dont le seul liant est la lutte contre la « sionisation » de la société et les institutions françaises qui en permettraient l’action. Y cohabitent, des membres d’Egalité et Réconciliation, l’association d’extrême droite d’Alain Soral, des tenants du nationalisme catholique « contre-révolutionnaire », issus du Renouveau français se réclamant de Charles Maurras, de Pétain et des Phalanges espagnoles, des femmes voilées militantes religieuses chiites du Parti antisioniste. Tous invoquant un engagement « anticommunautariste » bien évidemment, mais rêvant chacun de se retrouver à la tête de communautés constituées comme autant de lobbies puissants pesant contre la République et concourant à son éclatement, sans doute pour ensuite s’entretuer entre eux, dans la tradition d’une fascisation des rapports politiques qui conduit au désastre toutes choses ayant portée d’humanité !

On compte encore sur la liste Michael Guérin, ancien responsable du Front national de la jeunesse (FNJ) Rhône-Alpes, assis à côté de Francesco Condemi, passé jadis par l’extrême gauche, « à la LCR et dans la mouvance libertaire ». Il y a encore Ginette Skandrani, cofondatrice des Verts, exclue de ce parti pour ses collaborations au site Internet négationniste Aaargh. On y trouve décidément de tout, telle l’universitaire Maria Poumier, également proche de ces milieux et qui se réclame d’Hugo Chavez, en l’honneur duquel elle arborait une casquette aux couleurs du Venezuela. Il faut dire que malheureusement ce pays soutien les initiatives de l’Organisation de la Conférence Islamique qui veut faire passer les droits de l’homme pour du poste-colonialisme pour mieux défendre la charia comme droit à sa culture et continuer de lapider en rond, via Durban II !

Sans oublier les insolites pour lesquels une bonne psychanalyse serait mieux à propos, tels le dénommé Christian Cotten, responsable du site Politique de vie qui se dit « militant de la paix, de l’amour et de la liberté » en sus d’être « psychosociologue et psychothérapeute », visiblement convaincu qu’il y a manipulation derrière « la fausse épidémie de grippe » actuelle, de même nature sans doute que l’holocauste…

C’est d’ailleurs en présence notamment de la télévision iranienne, que M. Soral a défini l’objectif de cette liste comme la « lutte contre la puissance et l’omniprésence du lobby sioniste français ». M. Gouasmi a, quant a lui, affirmé que « le sionisme aime diviser, c’est son sport favori, pour pouvoir contrôler la France ». Et d’ajouter : « Les chrétiens sont étrangers chez eux. Ce sont les Palestiniens de la France. Chrétiens, réveillez-vous ! »

Pour Alain Soral, les élections européennes « ne servent pas à grand chose » et la campagne est simplement une « tribune » pour lutter contre le « puissant lobby sioniste ».

Une jeune femme voilée de blanc se présentant comme « Nadia, 31 ans, assistante administrative » a dit sa fierté d’être « sur cette liste antisémite » provoquant comme un « léger malaise » dans la salle…
Dieudonné, questionné sur quel programme concret il entendait défendre pendant la campagne, a répondu que cela lui paraissait « un peu prématuré ». La réponse est venue indirectement de l’un de ses amis.

M. Ahmed Moualek, « futur Nobel » a lancé : « Le lobby sioniste veut créer un nouvel antisémitisme : l’islamo-bamboula » Proche de Dieudonné il est l’animateur du site « La banlieue s’exprime »… En matière de liberté de parole « t’a qu’à voir la bavure » aurait dit Coluche. L’affaire Fofana, c’est une escroquerie », a-t-il ajouté, pour faire bonne mesure. Comme quoi, l’assassinat sous la torture d’Ilan Halimi par des jeunes devenues des barbares par antisémitisme est anecdotique, une banalisation faisant bien ressortir le régime que ces bravent gens réservent à ceux qu’ils désignent comme l’ennemi!

Sur la scène du Zénith de Paris où il se produisait le 26 décembre, Dieudonné a remis, au négationniste et professeur de lettres Robert Faurisson, le «prix de l’infréquentabilité et de l’insolence», symbole et porte- drapeau du négationnisme, dont la pensée se résume dans la phrase suivante :  » les prétendues chambres à gaz hitlériennes et le prétendu génocide des juifs forment un seul et même mensonge historique ». Motif pour lequel il a déjà été condamné, alors qu’il fait l’objet d’une nouvelle enquête judiciaire pour avoir qualifié l’Holocauste de « religion officielle » qui « continue d’abuser des millions de gens par des procédés grossiers ». Une remise de prix qui a valu à Dieudonné d’être renvoyé devant le tribunal correctionnel pour «injures raciales».

Des provocations qui ont déclenché une vague d’annulations ou d’interdictions de ses prestations dans de nombreuses municipalités.
Dans la salle du Zénith se côtoyaient, outre le couple Le Pen, Kémi Séba, leader du groupuscule noir racialiste, la Tribu Ka, dissout pour «appel à la violence et à l’antisémitisme», ou Ginette Skandrani, exclue des Verts pour «cryptonégationnisme», rien que cela !

On trouve sur son site une série de vidéo dont une interview de M Le Pen qui est interrogé par une jeune femme voilée dans le cadre de la soirée amicale donnée pour le 30 è anniversaire de la Révolution islamique d’Iran. Le Pen dit en substance : « Vous savez que je suis un ami de l’Iran, je l’ai toujours montré. Je me suis toujours rangé au coté des nations libres »… Puis, il explique qu’il soutient l’Iran afin qu’elle dispose de l’arme nucléaire. Concernant Gaza, il explique que ce qui s’est passé est inadmissible et que ce pays a été transformé en « camp de concentration… » Tout un argumentaire spécieux justifiant que l’Iran joue un rôle qui n’est autre que de porter le projet d’un monde musulman qui rêve de rayer d’un trait les juifs et Israël de l’horizon de l’histoire.

Une autre vidéo justifie les sifflets sur la Marseillaise dans les stades pour bien dire à ceux qui voteraient Dieudonné qu’ils ne s’inquiètent pas de risquer de voter pour un candidat français représentant la France au Parlement européen, mais un candidat anti-France.

Un climat antisémite et antirépublicain qui vient de loin : Dieudonné, Soral, Tarik, Hani et les autres…

Il y a tout un contexte à la candidature de Dieudonné, qui comme pour la montée d’un islam très pratiquant qui professe le communautarisme, favorise la montée des extrêmes de façon plus générale, où les thèses antisémites et antirépublicaine ont le vent en poupe !

La campagne de Dieudonné pour les européennes a pris son envol en réalité au dernier congrès de l’UOIF au Bourget (L’Union des Organisations Islamiques de France). On connait la démarche profondément communautariste de cette association qui était pour cela le cadre rêvé, qui invite les femmes à porter le voile et défend le port de la burqa, cette abjection, comme une liberté fondamentale, le respect stricte du Coran, de façon pure et dure, contre une lecture moderne de la religion, ce qui revient à organiser une mise à part, une communautarisation des populations qui ont pour origine un pays musulman.

C’est que Dieudonné est à l’écoute de l’électorat musulman, où son discours « antisioniste », anti-juif, fait recette. Sa présence au congrès de l’UOIF en surprend toujours certains mal informés, qui n’ont retenu que la prestation de Dieudonné, le 28 mars 2005, sur les ondes de Beur FM, qui avait souhaité «la dissolution de l’UOIF islamiste». Mais depuis, il a fait son mea-culpa, dès le Congrès de cette organisation en 2006, il y justifiant sa présence par une volonté de réaffirmer «sa conception laïque, et donc neutre, de la République, à l’heure où une campagne de diabolisation de l’islam sans précédent se fait jour avec la complicité active du PS et de l’UMP, mais aussi des médias». Rien que des évidences, c’est sûr !

«Nous vous soutenons» pouvait lui lancé Lhaj Thami Breze président de l’association lui ouvrant les bras pour exprimer que «Les persécutés se rencontrent. Ils ne veulent pas qu’on pratique notre religion, les libertés sont en train de se rétrécir, les musulmans sont acculés à la clandestinité», ben voyons… Un discours de victimisation scandaleux, mais qui est le juste reflet des ambitions de l’UOIF, d’une radicalisation de l’islam contre la République qui fait obstacle au communautarisme.

Le théologien Hani Ramadan, frère de Tariq, l’islamologue genevois qui avait fait scandale en 2002 en défendant l’application de la charia et la lapidation des femmes adultères, le soutenait à son tour : «Je sens à travers vos engagements que vous êtes très proche des musulmans. J’ai l’impression que vous êtes un frère. Merci d’être là.»

Dieudonné et Soral y sont venus lancer leur campagne « antisioniste » et ont été accueillis dans cet état d’esprit chaleureusement. Surtout, ils se sont fait filmer avec un Tariq Ramadan souriant et amical. De véritables images de propagande que Ramadan a publié sur son site officiel avec un texte de justification : « …J’étais présent au 26ème congrès de l’UOIF. Alors que je signais des ouvrages, Dieudonné et Alain Soral sont passés devant le stand : ils se sont arrêtés et nous avons eu un échange de quelques minutes. Beaucoup de personnes présentes m’ont reproché de les avoir salués alors qu’il y avait des caméras et des appareils photos qui les accompagnaient et qui « immortalisaient » cette rencontre (…) J’ai défendu, et je continuerai à défendre, le droit de Dieudonné à s’exprimer. En 2005, j’ai dit et répété publiquement que l’on ne pouvait pas accuser Dieudonné d’antisémitisme alors que, procès après procès, il était blanchi de ces accusations… »

Plus le mensonge est gros plus ont croit aveugler ! Car Dieudonné a bien été condamné pour des propos antisémites tels que ceux publiés par le Journal du Dimanche dès 2004 où il identifiait les Juifs à des « négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et l’action terroriste » qui auraient « fondé des empires et des fortunes sur la traite des noirs » Il a bien été condamné alors pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale ou religieuse ».

Un choix délibéré de l’islam communautariste : l’antisémitisme

Ramadan défend Dieudonné au nom de la liberté d’expression, en fait le droit à propager l’antisémitisme dans les banlieues et rien d’autre. On se rappellera qu’il n’a jamais cessé de soutenir l’UOIF, principal organisation demandant l’interdiction des caricatures de Mahomet !
En réalité, à n’en pas douter, Tariq Ramadan a réalisé là avec ses amis Dieudonné et Soral le choix politique de pousser plus loin, une idéologie communautariste fondée sur l’antisémitisme comme rabatteur, derrière l’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien.

Le juif, c’est l’ennemi et derrière c’est la République qu’on vise ! Sus au juif ! C’est par-là que les nazis avaient choisi de s’attaquer à la société allemande dans un contexte de crise où le principe de la désignation du bouc-émissaire est toujours en embuscade dans les pulsions de mort de l’exutoire collectif, s’étayant dans l’ignorance et la bêtise, identifié à ce qui fait obstacle à la pureté d’où pourrait jaillir un monde nouveau expurgé, comme la pratique intégrale de la religion peut y conduire…

On désigne un bouc-émissaire, le juif, comme l’obstacle à la réalisation du projet totalitaire d’un islam qui projette l’idée d’une seule terre musulmane à commencer par l’éradication de cette souillure qui ferait tache à leurs yeux en Palestine, Israël, afin qu’il y ait continuité des terres d’islam à laquelle ce pays fait obstacle, les juifs de France étant identifiés à cet antagonisme, et le système démocratique et républicain qui les protège comme complice de ce qui s’oppose à cette hégémonie communautaro-religieuse répondant aux droits de dieu. Voilà pourquoi en luttant contre cet antisémitisme on lutte pour la liberté de tous.
Une fois cette analyse faite, nous pouvons voir que la place d’Israël dans cette région du monde est cardinale, comme élément résistant à un mouvement d’expansionnisme islamiste, qui porte le projet d’une république islamique sans frontières, ce qui est régulièrement défendu dans des prêches en France même, à travers l’idée d’un islam universel affirmant les droits de dieu contre les droits de l’homme.

Aussi, que les juifs de France, spécialement ceux qui sont organisés, ne se trompent pas de combat, et qu’ils défendent bien la République qui les protège et avec elle la laïcité, plutôt que de verser dans un repli religieux qui est aujourd’hui le danger, avec un regain d’une religiosité qui éloigne de la tradition juive d’une intégration irréprochable qui n’a jamais rien eu à renier d’une filiation et d’une croyance pour autant.
Cette analyse du rôle géopolitique d’Israël dans cette région, comme modérateur des ambitions hégémoniques de l’islam, ne retire rien à la nécessité de la création d’un Etat palestinien, qui passe par un recul des colonies israéliennes, mais qui ne peut exister que comme Etat démocratique et laïque, en dehors de quoi, il ne sera qu’un instrument dangereux entre les mains des fous de dieu.

Pourquoi peut donc se développer en France une telle gangrène antisémite et antirépublicaine ?

Dieudonné a été condamné, en février 2007, pour avoir assimilé, dans un entretien à Lyon Capitale, les Juifs à une «secte» et une «escroquerie», en juin 2008, pour avoir parlé, lors d’une conférence de presse à Alger, de «pornographie mémorielle» à propos de la Shoah. Des propos qui devraient avoir totalement marginalisé leur auteur.
Mais malheureusement, on comprend pourquoi ce promoteur de l’islam antisémite, ce communautariste, peut ainsi parader. Le contexte est favorable, car les élus de France et de Navarre, du PS en tête, comme à Nantes, le fief de Jean-Marc Ayrault, n’hésitent pas à soutenir l’islam pur et dur de l’UOIF et ses associations satellites, finançant régulièrement des centres culturels islamiques, piétinant la loi de séparation de 1905.

Mme Boutin, actuel ministre du gouvernement Fillon, participait au congrès de l’UOIF en 2006. Elle y dévoilait, par-delà son électorat marqué par le conservatisme catholique, voire intégriste, un intérêt pour les musulmans pratiquants qu’elle sent proche d’elle lorsqu’ils revendiquent que la religion prenne plus de place dans notre société. A la tribune, elle se faisait complice avec la salle, rappelant, sous les applaudissements, son opposition à l’interdiction du foulard, son attachement à la famille, «havre de liberté et de respect», sa conviction «de la vertu de médiateur des religions dans la société».
On voit ici que les ramifications de ce qui se passe en France autour de l’islam organisé et pratiquant qui soutient Dieudonné, vont bien au-delà du cercle de l’extrême-droite islamique ou du communautarisme.

Lorsque Nicolas Sarkozy explique que l’UOIF est une organisation incontournable aujourd’hui alors qu’elle domine le Conseil Français du Culte Musulman mis en place par ses soins, il professe une représentation de cette association comme légitime et interlocuteur privilégié de la République. Une association qui a inscrit pourtant dans le texte de son dernier congrès la lapidation comme facteur de solidarité de la famille. De son point de vue, sans doute, cette démarche s’inscrit dans la progression des bases concrètes de l’évolution de la France vers un modèle communautariste à l’anglo-saxonne bien utile au libéralisme effréné qui y voit l’avantage d’une division du peuple rendu incapable de réaction pour défendre ses acquis ou en conquérir de nouveaux.

Le communautarisme est aujourd’hui objet d’un clientélisme dans une France où Dieudonné peut se sentir des ailes, malgré les critiques de ces politiciens qui ne semblent avoir de cause que leur siège.
Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, peut toujours prétendre, comme il l’a fait le dimanche 3 mai sur Radio J, que « les pouvoirs publics » auraient étudiés la possibilité de la faire interdire tout en reconnaissant que ce serait compliqué en droit. Il est vrai qu’à un moment donné, il devient même de l’Elysée, difficile de tout tenir.
Mais il y a aussi d’autres ingrédients à ce contexte favorable à Dieudonné. Lorsque Philippe Lioret, le réalisateur du film « Welcome » consacré au soutien à l’immigration clandestine et à la glorification de ceux qui les aident, assimile les immigrés clandestins à la situation des juifs sous l’occupation, on tombe dans une instrumentalisation dangereuse qui banalise la déportation et détourne le sens même de l’histoire, en en fragilisant la mémoire, et par là-même la capacité à la clairvoyance des dangers qui pèsent en regard de cet l’antisémitisme rampant bien réel qui se diffuse via l’islam, façon Dieudonné, dans notre société.

Le juif dans tout cela est toujours présenté comme celui qui bénéficie du statut de victime qu’on entend lui disputer, avec en fond sonore une voix qui nous dit qu’il en rajouterait avec la Shoa, que c’est loin et que les problèmes d’aujourd’hui via ces clandestins, seraient bien plus graves… Un petit peu d’antisionisme par là-dessus et puis on pourrait même réveiller cette bonne vieille bête qui ne dort que d’un œil, comme Berthold Brecht nous en mettait en garde avec gravité.
Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui défendent les immigrés clandestins et utilisent cette comparaison insoutenable qui manifestent au côté des soutiens en France du Hamas et des femmes voilées, aux échos d’Allah Akbar.

On compte parmi ces manifestants beaucoup de militants issus des rangs de la ex-LCR d’Olivier Besancenot. Ce dernier revendique de « faire le ménage des antisémites » lors des manifestations pour la Palestine (il s’agit en l’occurrence d’expulser Soral) mais qu’en est-il de son amitié pour Tariq Ramadan auquel son camarade D.Bensaïd a apporté un soutien sans faille. Au fait, pourquoi il leur parle ? Rien du côté de la critique du glissement de l’antisionisme à l’antisémitisme qui conduit tout droit vers l’extrême-droite.
Autant d’aspects d’un même problème au centre duquel se joue le sort de l’antisémitisme.

Une campagne de boycotte du NPA des produits en provenance d’Israël qui participe d’un climat délétère

Des Militants « antisionistes », vêtus de t-shirts verts, ont investi récemment le Carrefour de Montigny (95) pour appeler au boycott des produits israéliens. La quarantième initiative de ce type parait-il depuis la fin de la guerre à Gaza, en janvier dernier, qui voit la participation, pour la première fois, d’Omar Slaouti, du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, ex-LCR), tête de liste en Ile-de-France aux élections européennes, et d’Alima Boumediene, sénatrice des Verts. Une télévision iranienne « en langue anglaise » est de la partie (sic !). Les militants de « Boycott Israël », une bonne trentaine, la plupart arabo-musulmans, arboraient des t-shirts verts portant les inscriptions « Palestine vivra » sur le devant et « Boycott Israël » au dos : « l’une des couleurs du drapeau palestinien, n’y voyez aucune référence à l’islam », précise Boualem Snaoui, du collectif. Comme c’est évident !

Omar Slaouti n’entend pas laisser à Dieudonné, candidat aux européennes également, le monopole de l’« antisionisme » : « Cela fait longtemps que nous sommes actifs sur ce terrain », dit-il comme pour faire prévaloir, en ce domaine, la paternité du NPA vis-à-vis de ceux qu’il qualifie d’« antisémites » – allusion à Dieudonné et ses amis. Le problème, c’est qu’il chasse sur les mêmes terres et avec les mêmes thèmes.

Le 7 juin, jour des élections européennes, Rachid, un jeune qui participe à l’opération affirme qu’il votera pour un parti se réclamant de l’« antisionisme », car « c’est cela qui importe » : entre « l’original » Dieudonné, déjà présent au scrutin européen en 2004 sur une liste « Euro-Palestine », et la copie NPA, officiellement soutenue par le collectif « Boycott Israël », son choix semble fait… Un vote selon la race, selon la religion, quel progrès pour la démocratie orchestrée ici par un candidat du NPA et une candidate des verts, qui servent sur un plateau des voix à la liste Dieudonné.

La direction du groupe Carrefour, dont un grand nombre d’hypermarchés sont implantés en banlieue où réside une proportion importante de personnes de confession musulmane, affiche une prudente neutralité, qui n’est pas sans conséquences non plus dans ce jeu…

Les musulmans de France doivent déjouer le piège du poison de l’antisémitisme !

Dieudonné flatte le ressentiment de certains Arabo-musulmans sujets à une hypertrophie du sentiment d’être victime de discriminations ethniques ou religieuses, comme lecture des problèmes sociaux relatifs à une logique économique libérale par excellence de classe qui frappe le prolétariat dont font partie beaucoup d’immigrés. Une hypertrophie qui est le fond de commerce de nombreuses organisations se réclamant de gauche, des verts au NPA ex-LCR en passant par le PCF. Il suffit de dire que les juifs tiennent tout en France tout en en rajoutant une couche sur le conflit israélo-palestinien pour orienter la rancœur contre eux et la récupérer à son profit.

Dieudonné surfe sur l’importation du conflit israélo-palestinien en France pour justifier un antisionisme qui ne fait qu’habiller un antisémitisme avec des termes qui sont directement en relation avec les pensées d’un Fofana et de son « gang des barbares ». Les musulmans de France devraient réagir à cette propagande, car ce sont eux qui sont pris dans son piège, et qui risquent aussi gros. Car il est fait pour mieux justifier leur communautarisation et avec elle leur soumission à un ordre religieux où ils perdent d’ors et déjà leurs libertés et risquent un rejet de plus en plus massif. Ils ont eux aussi un seul intérêt, la défense de la République et de la laïcité, qui leur garantie leurs libres choix et leur intégration.

« Le système est pourri ! » Voilà sur quoi surfent ces aliens politiques.
M. Soral s’est montré très agressif envers des journalistes qui assistaient à la conférence de presse au Théâtre de la Main d’or. Il les a qualifiés de « petits collabos retournés » et mis en cause à plusieurs reprises.

Voilà tout le problème, c’est que nous assistons à l’enfoncement de notre société dans une pensée unique propre à un système politico-médiatique qui ne cesse de valider la mondialisation et un victimage qui détourne des questions essentielles tout en lui donnant sa bonne conscience. On veut nous faire croire avec les Européennes à un combat d’arène jusque mort s’en suive entre Sarkozy et le PS, alors qu’en fait, ils sont à 99% d’accord sur l’essentiel pour mettre la France à genoux devant la mondialisation. L’Europe se présente comme une nouvelle hégémonie impériale avec un Parlement européen qui, si nous votions en France uniquement pour des députés qui représenteraient le « Non » à l’Europe libérale, seraient mis en minorité et ne pourraient faire entendre la voix de notre peuple. Un système huilé pour que jamais le moindre peuple d’un pays ne puisse s’opposer en réalité à la marche forcée de cette Europe assassine pour l’humain, où la démocratie se voit réduite à un décorum.

Le gauchisme avec son dogmatisme a gangréné la gauche qui aujourd’hui n’a plu aucun projet de société à proposer comme alternative au capitalisme tout en servant de faire-valoir à un Sarkozy qui y voit une opposition sans danger qui sert de cache sexe à une crise de sens de la démocratie. D’autant que ce gauchisme rejoint Sarkozy sur la promotion de l’islam communautariste et le modèle anglo-saxon qu’elle sous-tend.

Voilà le contexte qui autorise les dérives du type Dieudonné, alien politique s’il en est, car le communautarisme fait aujourd’hui partie de la bonne gouvernance et du management politique pour arriver à ses fins côté politiciens. Voilà ce qui sonne le glas de nos libertés, de la laïcité, de la République et de la démocratie ! Il y a dans cette situation comme un air de déjà vu, entre crise économique, montée de l’antisémitisme et crise de la représentation politique qui décrédibilise la démocratie.
Liberté-Egalité-Fraternité, encore et toujours !

Alors oui, il n’y a rien de plus urgent que de contrer cet antisémitisme, mais en ayant bien à l’esprit que le mal vient d’ailleurs et qu’il reproduira ce genre de « chose », d’aliens politiques, demain, sous une autre forme, si on ne s’attaque pas aux ressorts du système lui-même, par un projet politique humaniste trouvant ses fondements dans l’esprit et le sens de notre République laïque et sociale poussé jusqu’au bout, mettant la démocratie au cœur du changement. C’est la liberté qui est à l’horizon de cet enjeu, rien de moins ! Décidément, plus que jamais et irréversiblement : Liberté Egalité et Fraternité !

Guylain Chevrier

historien

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