Disparition de Carole Roussopoulos : quelques nuances sur certains de ses engagements

Publié le 2 novembre 2009 - par - 290 vues
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J’ai bien connu Carole Roussopoulos qui était une militante féministe convaincue et tenace et je n’enlèverai rien au portrait qu’en fait Annie Sugier.

J’ai particulièrement fréquenté Carole lorsqu’elle a créé « Les répondeuses » un journal féministe audio.
Nous avions commencé chez elle, dans la maison d’architecte qu’elle occupait près du parc Montsouris avec son mari et ses deux enfants, Alexandra et Geronimo.

Elle avait mis à disposition son téléphone et son répondeur et nous enregistrions un journal d’actualités féministes à la suite duquel les appelantes pouvaient laisser un message. Je me souviens en particulier d’un message du journaliste Stéphane Collaro, très égrillard qui semblait nous confondre avec un téléphone rose. Mais nous recevions pas mal de messages de militantes et nous tentions de satisfaire leurs attentes au mieux. Plus tard, nous avons déménagé dans une chambre de bonne prêtée par l’avocate Colette Auger qui soutenait notre cause.
Carole, vu ses origines bourgeoises, était assez mondaine et j’ai rencontré chez elle Julie Dassin, Jean Genêt, Delphine Seyrig et Samy Frey. Tout ce monde l’appréciait beaucoup.

Avec Delphine, elle faisait des essais video et je me souviens en particulier d’un retour de l’actrice des US où elle avait vu des militantes flouter certaines prises en mettant les deux mains autour de l’objectif, ce qui permettait, sans montage ni traitement spécial d’améliorer certaines images.

En outre, elle animait une UV cinéma à l’université de Vincennes dans laquelle elle enseignait l’utilisation du magnétoscope, outil rare à l’époque et qui, selon elle, permettait au plus grand nombre de faire son cinéma. Dans ces cours, la majorité d’hommes présents se calaient toujours aux premières loges et les femmes avaient du mal à observer les manipulations que Carole démontrait. Elle avait eu la présence d’esprit de demander que les femmes se mettent systématiquement devant pour ne pas, une fois de plus, être écartées de la technique.

Mais Carole avait aussi des points noirs qui m’ont incitée à quitter « les répondeuses ». Elle était pro palestinienne déterminée et tenait des propos antisémitisionistes qui m’ont choquée. La mode pro palestinienne était déjà fermement ancrée dans la mouvance de gauche et il était interdit d’avoir une opinion plus nuancée. C’est pourquoi j’ai du, à regret quitter « les répondeuses » à la suite d’une discussion animée avec l’une de ses membres qui dans ses arguments sur le sionisme et la cause palestinienne avança « qu’elle ne supportait pas les juifs dont les mômes, avec leur kippa, étaient arrogants et envahissants à la sortie de leurs écoles ». Ce fut trop pour moi.

La dernière fois que je rencontrai Carole, vers la fin des années 80, j’avais commencé à travailler à France Telecom et je fus traitée avec le plus grand mépris et une certaine agressivité au prétexte que je travaillais pour une entreprise capitaliste. Je la quittais triste et dépitée et je ne la revis jamais.
Comme quoi, nulle n’est parfaite, le féminisme a plusieurs facettes partagées par les féministes d’aujourd’hui chez lesquelles je retrouve la même complexité que dans les années 80. C’est pourquoi je tenais à compléter le portrait de Carole qui était représentative de ce que nous vivons et combattons 30 années plus tard.

Mon témoignage ne remet pas en cause les mérites de Carole Roussopoulos, une précurseuse, une véritable féministe très engagée et sincère, une battante.

Je présente mes sincères condoléances à sa famille et ses amis.

Alice Braitberg

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