Durban II, une machine de guerre contre les libertés et la démocratie. La France ne doit pas y participer !

Publié le 16 mars 2009 - par
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« L’ONU est en dessous de tout en regard des Droits de l’Homme » ! C’est en quelque sorte ce que soulignait un texte-Appel rendu public dans le journal Le Monde du 27 février 2008, signé par des personnalités allant d’Elisabeth Badinter, à Georges Charpak, en passant par Elie Wiesel et Michèle Vianes, dans la perspective de la tenue à Genève les 20-24 avril 2009 de la quatrième conférence mondiale contre le racisme sous l’égide des Nations Unies.

Ce qui était reproché à l’ONU, c’était qu’au nom des droits des peuples soit justifiés des appels tels que “mort à l’Amérique !” et “mort à Israël !”. Et que, dans leurs prolongements se développe une pratique du relativisme culturel au nom de laquelle on fait silence sur des discriminations et violences qui bafouent les droits les plus fondamentaux des personnes, spécialement commises contre les femmes dans les pays qui professent ces appels au meurtre.

Il ne s’agissait pas ici de défendre les politiques impérialistes de l’Amérique ou l’Israël, mais de dénoncer une dérive continue depuis plusieurs années de l’ONU vis-à-vis des Droits de l’Homme, de plus en plus sous l’influence de pays qui leurs tournent le dos au sein de cet organisme lui-même, une situation que cet Appel entendait dénoncé.

Une nouvelle donne de la place des Droits de l’Homme à l’ONU

En août 2001, à Durban en Afrique du Sud s’est tenue la troisième conférence mondiale contre le racisme sous l’égide des Nations Unies. Elle devait s’achever trois jours avant les attentats du 11 septembre qui allaient faire basculer la communauté internationale dans une nouvelle ère de la lutte contre le terrorisme. On devait assister ensuite à une multiplication des attentats terroristes ayant pour auteurs essentiels des islamistes revendiquant leurs actes au nom d’Allah.

Inversant la lecture de la situation, l’occasion était donnée pour que les musulmans aient beau jeu de se désigner, en regard de ce contexte, comme des victimes. Une victimisation qui a influé dans le sens des plus néfastes tendances des inspirateurs les plus rétrogrades de l’ONU, pour faire de l’islam la cause autour de laquelle se structure l’antiracisme, la revendication du droit des minorités et du respect des religions atterrissant sur la demande de pénalisation du blasphème, autant dire de la limitation de la liberté d’expression.

A côté de la notion de multiculturalisme qui n’a cessé de gagner du terrain au détriment de l’universalisme depuis ce tournant de 2001, s’est affirmée dans le droit fil de cette évolution une conception du droit des minorités qui intègre une limitation de la liberté à les critiquer, religions en tête, comme le concept d’islamophobie peut en rendre compte. L’islamophobie renverse la nécessaire critique des pratiques religieuses moyenâgeuses que porte l’islam, en une critique de l’occident accusée d’ethnocentrisme et ainsi désignée comme incapable du respect de la différence des civilisations.

L’ONU n’a cessez dans ce contexte de servir de fer de lance à la critique des démocraties. La volonté affichée de l’organisation de la conférence islamique qui domine les non-alignés, de mettre au ban des nations Israël, a autorisé la propagation d’un antisémitisme à peine voilé. Ce qui est mis en avant par cette nouvelle conférence mondiale contre le racisme sous l’égide des Nations Unies, c’est par-delà la mise en accusation sans nuance et à sens unique d’Israël et de l’Amérique, d’obtenir la pénalisation de la diffamation des religions identifiées au respect des différences et donc fallacieusement à une lutte contre les discriminations.

Il y a des responsables à cette dérive de l’ONU en matière de Droits de l’Homme

On notera au passage que Jacques Chirac a fait beaucoup de mal en défendant au nom de la France une « convention sur la diversité culturelle » promouvant les traditions ethniques, mise au service de la sanctuarisation des cultures rendues comme intouchables.

L’altermondialisme qui défend les cultures comme une forme de résistance à l’ordre capitaliste, spécialement l’islam en France et dans le monde sous prétexte d’antiaméricanisme commun (avec en arrière plan le choix fait de défendre la Palestine du Hamas contre Israël), pousse dangereusement dans le même sens.

En donnant aux non-alignés l’initiative totale en matière de Droits de l’Homme sous le prétexte que ces pays sont souvent issus de l’ancienne domination coloniale, on a laissé le champ libre à ceux qui parmi eux sont les pires ennemis des libertés, de la démocratie et finalement des Droits de l’Homme eux-mêmes. On a laissé faire en omettant de mettre en cause sinon en accusation spécialement ceux où domine l’islam où ces références sont purement interdites, où réduites à un suffrage universel qui est loin de se suffire à lui-même lorsqu’il est agrémenté de l’absence de la liberté de penser, du pluralisme politique et de l’accès sans discrimination à la culture.

Une situation qui ne serait pas possible sans le soutien de la Chine, de la Russie, de Cuba, du Venezuela, qui y voient pour des raisons diverses et opportunes, en contrant une vision dite “occidentale” des Droits de l’Homme, le moyen de peser contre le leadership américain mais à quel prix !

L’ONU est un piège qui se referme sur les démocraties occidentales qui financent 90% du budget de l’ONU, mais pas sans que celles-ci n’aient laissé les choses dérivées jusqu’au scandale de Durban II qui était prévisible, alors que le modèle anglo-saxon multiculturel est vendu avec la mondialisation comme l’avenir du vivre ensemble d’un nouveau monde, sous l’influence des Etats-Unis.

L’interdiction de la critique des religions et leur lot de traditions liberticides à l’ONU

Depuis Durban I, un glissement continu a voulu qu’on en arrive à une situation où on ne peut plus faire de critique des religions à l’ONU. On fait taire les démocraties dont la liberté d’expression est accusée de légitimer le racisme, comme le MRAP le professe qui dirige la sous-commission des ONG sur le racisme ne manquant pas une occasion de mettre la France en accusation !

Le rapporteur spécial de l’ONU sur les questions du racisme, Doudou Diène, déclare qu’énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman, renommé “islamophobie occidentale”.

On notera d’ailleurs que lorsque l’Iran attaque la France à l’ONU sur l’interdiction des signes religieux à l’école, elle ne demande même pas de droit de réponse, comme si notre pays devait être honteux de cette décision courageuse qui l’a pour un temps sauvé d’une plongée dans le communautarisme et du risque d’un regain de racisme et de l’extrême-droite qui en sont le corollaire.

Le rapporteur de l’ONU sur les questions de racisme a promptement condamné les caricatures danoises il y a deux ans. Mais il n’a pas daigné répondre aux plaintes répétées de UN Watch, une ONG accréditée auprès de l’ONU, contre les manuels scolaires haineux de l’Égypte et de l’Arabie saoudite, ou contre ceux non moins haineux jusqu’au délire mis entre les mains des petits palestiniens de Gaza ou de Cisjordanie. Par exemple, ces livres font référence à plusieurs reprises aux juifs et aux chrétiens comme des « maudits », des « infidèles », des « incroyants » et des « ennemis de l’islam » ne parlons pas des mécréants promis aux pires supplices et le sort réservé dans tout cela aux homosexuels…

La France veut participer à la mascarade de Durban II

Nicolas Sarkozy n’a cessez de donner des gages aux pires régimes au nom d’une valeur intrinsèque des religions qu’elles partageraient avec une Europe passant pour n’avoir de racines que judéo-chrétiennes… Niant au passage les origines gréco-romaines de nos humanités, des lumières et de la démocratie, autant que de l’inspiration des révolutionnaires de 1789 avec quoi, sans nier la diversité de nos origines culturelles et historiques, nous sommes de loin bien plus en filiation.

Bien des démocraties avaient déjà capitulé depuis plusieurs années en reconnaissant la religion comme «valeur intrinsèque des êtres humains», censée «aider à promouvoir la dignité» et «éliminer le racisme». C’est exactement ce qu’à défendu notre fameux Président à Riyad, en expliquant que, « La politique de civilisation, c’est ce que fait l’Arabie Saoudite sous l’impulsion de sa majesté le roi Abdallah » pour rajouter, « c’est ce que font tous ceux qui s’efforcent de concilier le progrès et la tradition… » . Il donnait alors un blanc seing à un des pays les plus liberticides au monde, faisant usage de la religion par l’entremise de la charia, cette barbarie, contre les droits les plus élémentaires des femmes, interdites de conduire, de parler aux hommes dans la rue, vouées à la lapidation si simplement accusées d’adultère, doté d’une police religieuse qui a tous les droits…

La France dans ce contexte est prête à participer à cette mascarade, d’autant que Nicolas Sarkozy qui ne manque pas une occasion d’occuper la place du pilote dans l’avion, qu’elle que soit la destination pourvu qu’il ait l’ivresse, y rêve de jouer le rôle de sauveur de cette conférence vouée par avance à l’échec côté défense des Droits de l’Homme. Il entend aller y défendre la condamnation de « l’incitation à la haine religieuse » qui est la ligne politique dans ce domaine de l’Union européenne, prétendant contrecarrer ainsi la volonté de pénaliser la diffamation des religions, le blasphème, mais validant ainsi par la présence de la France, le pays des Droits de l’Homme, une conférence raciste anti-occidentale qui vise à la limitation de la liberté d’expression pour imposer ses vues : celles d’un islam radical antihumaniste et misogyne, patriarcale et archaïque, liberticide.

La France doit suivre l’Italie, les Etats-Unis, le Canada et Israël, et refuser de participer à cette mascarade insoutenable!

Caroline Fourest défend la participation à Durban II comme Sarkozy

Caroline Fourest engluée dans une peoplelisation qui en a fait une icône décidément bien controversée de la laïcité, vient de publier dans Le Monde un article défendant la participation de la France à Durban 2, et sous quel prétexte ? Celui de ne pas déserter le terrain pour y défendre la position de l’Union européenne, qui ne cesse pourtant de tenter d’imposer les religions comme ses interlocuteurs privilégiés, sous la houlette de Nicolas Sarkozy dont on connaît les tendances dans ce domaine ! On se demande bien ce qu’attend notre journaliste d’une telle conférence dont le comité préparatoire est présidé par la Libye avec comme vice-présidence notamment l’Iran, lorsqu’on entend défendre la laïcité dont on ne pourra pas même prononcé le mot ?

Participer à Durban II, c’est aussi donner du crédit à ceux qui en ce moment même font tout pour empêcher la réalisation du mandat d’arrêt internationale lancé par le Cour Pénale Internationale (CPI) contre le président du Soudan Omar el-Bachir, responsable de crime contre l’humanité, tels que l’actuel président de l’Union Africaine qui n’est autre que Mouammar Khadhafi et l’Organisation de la conférence islamique, ou encore le Hamas.

L’ONU elle-même reste dans l’expectative, alors que cette semaine le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a affirmé que, le président soudanais Omar el-Béchir pourrait éviter d’être poursuivi par la CPI pour crimes contre l’humanité au Darfour si son pays engageait de lui-même un processus judiciaire… Un cadeau et une gageure pour ce dictateur d’une République islamique des pires espèces, qui utilise depuis plusieurs décennies l’arme de la faim comme instrument de soumission contre les populations animistes et chrétiennes du Sud et du Darfour qu’il entend islamiser, faisant des millions de morts.

Selon une porte-parole du secrétaire général de l’ONU, environ 4,7 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire au Darfour qui sont donc directement en danger de mort, avec l’expulsion ou l’impossibilité de travailler que subissent les ONG en ce moment au Soudan comme seule réponse à la mise en accusation de ce Président génocidaire, qui n’a déjà que trop marqué l’histoire.

L’Alliance des religions à l’ONU, une mise en congés de l’histoire des libertés !

Le dialogue inter-religieux selon certains préviendrait les génocides et serait susceptible de les empêcher, selon cette idée reçue que les religions seraient toutes un appel à l’amour entre les hommes… Le concept d’Alliance pacificatrice des civilisations, des religions, jouant le rôle de régulateur des conflits, découle directement de cette conception justifiant de faire des religions le principal interlocuteur politique dans le jeu des relations internationales.

Voilà comment les religions entendent se donner le crédit propre à leur accès au leadership à l’ONU, transformée en machine de guerre contre les libertés et la démocratie, l’émancipation des peuples, y compris et tout particulièrement contre ceux que les défenseurs de cette ligne ont sous leur dextre.

Derrière ce fatras ce qui transpire en réalité, ce n’est qu’une idéologie fascisante qui sous couvert du respect de la différence et des religions vise à la justification de régimes niant les droits les plus fondamentaux des individus. Aussi, ce que met en évidence ce qui se passe là, c’est le cadre du vrai combat qui se dessine, non entre l’occident et l’Islam, mais entre la raison et la volonté de domination des volontés, des consciences de la religion rejetant la laïcité.

On veut, miné par l’esprit de tolérance, croire dans la capacité des religions à s’adapter aux évolutions de l’histoire, au progrès de l’homme, et on en finit par accepter des compromis avec nos plus beaux et précieux acquis de l’humanité, qu’illustre avec panache notre République laïque et sociale française. Les religions ont, en raison de leur dogme qui est de poser que Dieu est vérité, une tendance irrépressible à brutaliser les libertés, à considérer comme hérésie la moindre liberté individuelle, tout ce qui sort du contrôle du sacré !

L’ONU représentant la voix des nations ne devrait pas pouvoir porter cette idéologie, mais elle est malheureusement devenue dans le domaine des Droits de l’Homme, quel paradoxe, une machine de guerre contre les libertés et la démocratie.

Les fragilités et les contradictions de nos démocraties sont le reflet de leur force

Les religions ne doutent pas, elles interdisent même le doute et c’est ainsi qu’elles rejettent la liberté de pensée comme un péril mortel pour elle. Les régimes qui vivent sous la domination de la religion ont de ce point de vue des certitudes fortes et aucune culpabilité à imposer l’ordre de la croyance par tous les moyens les plus coercitifs. Les religions ne font de compromis entre-elles que contre les démocraties qui constituent aujourd’hui l’ennemi. Elles n’hésiteraient pas demain à faire s’entretuer leurs croyants une fois atteint leur but.

Le doute philosophique qui pose la question de l’incertitude devant la croyance comme devant la finalité de l’homme constitue un luxe d’une extraordinaire audace dans ce contexte d’offensive des religions contre nos libertés, mais c’est la condition fondamentale de l’homme émancipé que de se l’autoriser, c’est le sens même de sa vérité qui est de ne pas fixer la réalité dans des formules mais d’investir l’avenir comme la source des progrès à venir en forme de confiance en l’homme, faiseur de son destin. C’est ainsi que nos démocraties sont fragiles parce qu’elles sont habitées par cet esprit de liberté qui fait qu’elles n’interdiront pas les religions mêmes si elles rêvent de s’attaquer à nos libertés, mais les combattrons avant tout par les idées tout en protégeant la liberté de conscience.

Pour autant, il ne faut pas être trop naïf ici, car le développement de « l’islam politique » qui se fait jour derrière la généralisation du voile et de la burqa qui vise à peser dans l’espace public sur les décisions de nos gouvernants en en obtenant des concessions au titre des accommodements raisonnables, qui remettent en cause au nom de la tradition les libertés individuelles normalement inaliénables de millions de personnes, est un fascisme qu’il faut mettre au ban de l’histoire en appliquant sans compromis, la séparation des Eglises et de l’Etat et la protection de l’espace public contre la mainmise religieuse. On est loin de cette prise de position de nos gouvernants ou même de l’essentiel de leurs opposants, qui portent ensemble une lourde responsabilité dans la dérive des contradictions actuelles.

A défaut de changement ici, demain c’est en France qu’on entendra imposer ce que l’ONU met aujourd’hui en exergue, au nom du droit à la différence et du respect des religions, une société sans Droits de l’Homme et une interdiction de la raison.

Guylain Chevrier

Historien

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