Elections régionales : préambule à un cauchemar ?

Publié le 7 avril 2010 - par
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Les dernières élections Régionales ont été une véritable mascarade de démocratie. Rarement une soirée électorale aura été aussi ennuyeuse, insipide et sans saveur, mais pas sans risques pour l’avenir.

La seule vraie information des Régionales : l’abstention !

La seule information qu’il faudrait retenir de ces élections régionales selon l’écho dont s’en font les commentateurs et autres éditorialistes, serait une victoire sans précédent de la gauche… Victoire de quoi sur quoi au fait ? Quel est donc le programme sur lequel cette victoire s’est faite ? Néant ! On a surtout ici surfé sur un mécontentement populaire face à une droite libérale qui gouverne selon une logique financière qui est dans la continuité des gouvernements depuis près de trente ans, pas étonnant que les choses s’aggravent.

L’autre info seraient les 61 % de Ségolène Royal la mieux élue des socialistes, attirant la lumière des projecteurs à la faveur des démêlés autour des conflits de chef dans la course à la Présidentielle. Passionnant… Il y a bien pourtant la remontée du FN qui pourrait faire symptôme dans ce décor lisse, mais elle ne serait due qu’au débat sur « l’identité nationale » mené par le gouvernement, cette chose vraiment pas propre qui fait référence au peuple, qui serait le terreau de tous les fascismes…

Mieux encore, l’info véritable c’était celle de la publication des résultats avant 20 h sur ce que ‘on désigne du nom de « réseau social » sur Internet, twitter. La belle affaire que de savoir tout cela par avance qui ne change rien sous le soleil !
Autant de choses qui n’ont rien à voir avec la seule vraie information, les 53,5 % de Français qui se sont abstenus au 1er tour et les 48 % du second tour. L’expression d’une rupture croissante entre la classe politique et le peuple qui est le pendant de la fracture sociale.

Les élections piège à c… ?

En viendrons nous donc à reprendre en cœur la formule « élections piège à c… !» C’est terrible, que cette mascarade de démocratie qui lui porte profondément atteinte. D’un côté une gauche dominée par le PS, dont le projet politique est centré sur la construction européenne libérale et une droite qui n’est pas moins orientée dans le même sens. Un mouvement Europe écologie qui est tout autant pro-Europe libérale qui joue sans vergogne son influence électorale sur les peurs et le catastrophisme. Un Front de gauche incapable, pour raison d’alliance électorale avec le PS, de formuler la moindre critique en regard de ce dernier sur les plateaux de télévision le soir du premier comme du second tour.

Martine Aubry, comme exemple de morale en politique concoure à éloigner encore un peu plus l’électeur lambda des urnes à force de dégoût ! Elle ne manque pas de crier au loup lorsque le gouvernement dé-rembourse une nouvelle vague de médicaments en oubliant soigneusement de dire qu’elle en a initié le principe lorsqu’elle était aux affaires. C’est sa langue évidemment qui a fourché lorsqu’elle a parlé de reculer l’âge de départ à la retraite pour se rétracter ensuite pour cause d’échéances électorales, et dire qu’on avait mal entendu… Lorsqu’elle a lancé au début de la campagne des Régionales qu’elle entendait proposer le droit de vote aux étrangers aux élections locales, elle ne jouait évidemment pas du tout sur un renforcement du Front National, pas plus hier qu’un Mitterrand pour assurer la durée de son trône… Et puis, le fait qu’elle ouvre la piscine de sa ville, Lille, à des horaires spécifiques pour les femmes musulmanes en justifiant la logique des accommodements raisonnables auxquels s’adonnent bien des élus socialistes en prenant exemple sur leur première secrétaire, ne participe sans doute pas non plus à donner des arguments de vote en faveur du Front national !

Voilà la situation inique qu’affronte le peuple de France, celui qui a rejeté cette Europe libérale en mai 2005 en disant massivement Non au traité constitutionnel européen. Il n’y a aucun parti qui représente aujourd’hui ses intérêts, pas la moindre alternative politique véritable. Le PCF réfugié derrière le Front de gauche se soumet passivement en bon satellite du PS à sa domination à la faveur des miettes qu’on lui laisse : tragique ! Rien que de la politique politicienne dont il n’y a rien à attendre.

Le peuple aura le dernier mot, si la République a son parti !

Les Français n’en peuvent plus de cette classe politique qui est de plus en plus étrangère à la notion de démocratie censée permettre aux citoyens de choisir collectivement leur avenir. Il y a un boulevard pour toutes sortes de risques que cette situation implique, y compris celui de la montée d’un Front National jusqu’à sa présence à un futur second tour des élections présidentielles mais avec un score potentiellement bien plus important que lors de la fois précédente. Car le désarroi et l’impossibilité de se faire entendre pour les couches les plus populaires pris dans les tenailles de la pauvreté et de la désaffiliation, vivant l’insécurité dans les quartiers sensibles en première ligne en y étant abandonnés, dépouillés de la dignité de toute identité y compris celle de leur pays, pourraient bien rendre tout possible pour le meilleur et surtout pour le pire !

Il manque cruellement à la France un parti de la République digne de ce nom, portant ce qu’a de meilleure notre société : notre modèle social, ses services publics, sa laïcité, son esprit d’égalité sur tous les plans jusqu’au partage des richesses, la défense de la France, de son identité, de son indépendance en regard d’une Europe impériale qui n’a de buts que le marché. C’est la seule façon dont le peuple puisse avoir, en regard de tout cela, un jour le denier mot, par la voie démocratique.

Guylain Chevrier

historien.

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