Elie Domota s’étonne d’être inculpé de racisme…

Publié le 9 mars 2009 - par - 364 vues
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Voici plusieurs numéros de Riposte Laïque que nous nous interrogeons sur les dérives raciales des déclarations du leader du LKP qui ne semblaient pas émouvoir grand monde et même la HALDE pourtant si prompte à dénicher toute déclaration discriminatoire n’avait rien trouvé à redire.

Mais vendredi dernier, le Procureur de la République a enfin jugé bon de réagir et de lancer une enquête judiciaire pour incitation à la haine raciale contre Elie Domota après qu’il ait menacé les békés, ceux ci devant appliquer les accords ou quitter la Guadeloupe, ajoutant qu’il ne laisserait pas une bande de Békés rétablir l’esclavage

C’est en effet une bien curieuse conception de la négociation. Déjà la lecture du préambule du protocole laisse songeur et on ne peut manquer de se dire que les pouvoirs publics étaient bien désireux de sortir de ce conflit pour avoir accepté de signer de telles considérations.

La lecture du protocole est significative. Je n’ai pas comptabilisé le nombre de fois ou l’Etat s’engage, la région s’engage, l’association des maires s’engage mais j’ai pu compter la fois où le LKP s’est engagé c’est celle de reprendre le travail. Pourtant, loin de se satisfaire d’avoir gagné sur toute la ligne, le leader du LKP veut mettre à genoux les patrons. Au lieu de se rendre compte de la violence de ses propos, Elie Domota s’est déclaré « étonné » de ce que l’on puisse porter plainte contre des propos « qui n’avaient rien à voir avec le racisme et que ceux qui voulaient les interpréter comme cela, ça les regardait » accusant l’autorité judiciaire et tous ceux qui s’inquiètent des dérapages tendancieux « de tentative d’intimidation, de manouvres, de mensonges visant à empêcher le peuple guadeloupéen de s’exprimer ».

L’un des avocats du LKP, Patrice Tacita, n’a pas hésité à déclarer que si l’action judiciaire se poursuivait , il déposerait plainte pour révisionnisme (!), et même pour négationnisme, lundi soir 9 mars, au Journal télévisé de France 2, car les propos du leader du LKP reflétait la vérité historique ». Mazette !

Depuis le début de ce conflit, ne cessent de se mélanger revendications sociales et revendications raciales dans des formulations qui ont vite tendance à déraper. Quand Elie Domota veut souffler sur les braises, il s’en prend clairement aux békés qu’il menace : « Vous signez l’accord ou vous partez ». Mais quand on l’accuse de racisme, il se défend en retournant sur le terrain des questions sociales. «Mes propos n’avaient rien de racistes, ceux qui veulent les interpréter comme tels, cela les regardent. J’évoque des problèmes d’ordres sociaux, il y en a que ça dérange…», s’est-il défendu au micro de France-Info, dimanche matin. Il serait bien temps de cesser le double langage.

Quand Elie Domota explique que depuis 400 ans les Békés vivent du travail des Guadeloupéens et que lorsque l’esclavage a été enfin aboli il n’y a pas eu répartition des richesses et que les Békés en refusant d’obtempérer aux injonctions du LKP veulent rétablir l’esclavage. C’est une analyse sociale ou raciale ?

D’autant plus qu’en terme de réalité historique, c’est un peu simplificateur. Rappelons simplement que ceux qui ont fait venir des esclaves, en Guadeloupe se sont faits couper la tête à la révolution. Ce « prétexte » a d’ailleurs été utilisé par Napoléon Bonaparte pour rétablir l’esclavage et reprendre pied dans l’île afin qu’elle ne tombe pas aux mains des Anglais comme la Martinique, les Békés ayant jugés plus prudents de se mettre en attendant des jours meilleurs sous la protection de la perfide Albion. Il est donc un peu fallacieux d’établir une continuité historique entre les premiers colons « esclavagistes » et les descendants de colons métropolitains arrivés plus tard et de faire porter sur une fraction de la population dénoncée à la vindicte populaire la responsabilité d’une situation économique qui a évoluée malgré tout en plus d’un siècle. Avec un peu d’humour, on pourrait demander aux auteurs de ces déclarations intempestives, ce qu’ils seraient aujourd’hui si leurs lointains ancêtres étaient restés en Afrique.

Quand au fait de dénoncer que la fin de l’esclavage n’ait pas été suivie d’une répartition des terres, c’ est incontestable ni le socialisme, ni le communiste n’ont été instaurés en Guadeloupe ni en 1848 ni en 1945 au moment de la départementalisation. Ni en France métropolitaine d’ailleurs où les richesses ne sont pas réparties de façon totalement égalitaire. Maintenant, la question doit être posée : Elie Domota et le LKP, ainsi que tous ceux qui le soutiennent veulent–ils instaurer à la Guadeloupe le socialisme, à la mode de 1917 ? avec redistribution des terres, partage des richesses, soviets… ?

A la rigueur, on veut bien admettre que tel soit l’objectif de M.Olivier Besancenot, partisan déclaré de la révolution et du partage des richesses. Mais Mme Buffet, M. Mélenchon, M. Filoche, Mme Royal ? Sont-ils également pour le socialisme révolutionnaire, la dépossession des possédants, l’expulsion des Békés comme Robert Mubgawe l’a pratiqué au Zimbabwé. On exproprie, on expulse les Békés, on répartit les richesses ?

Et en France, on fait pareil ? Je m’interroge surtout pour ceux qui sont au Parti socialiste, parti qui au gouvernement a défendu la mondialisation et le libéralisme. Rappelons-nous qu’il il n’y a pas si longtemps que le modèle pour Ségolène Royal et pour Bertrand Delanoë c’était Tony Blair. Ce n’était ni Vladimir Ilitch, ni Léon Trotski ni même Léon Blum.

Je n’ignore pas que Jack Lang a été envoyé comme émissaire à Cuba mais c’est par Nicolas Sarkozy et, on l’imagine, pas pour s’inspirer d’un système qui, s’il a réussi à mettre en place un système de santé dont pourrait s’inspirer Barak Obama , n’a franchement pas réussi dans le domaine économique.

On ne sait pas si c’est ce modèle dont rêve Elie Domota. Il se défend de vouloir l’indépendance de la Guadeloupe. En effet, quand on sait les sommes que la métropole consacre à cette île, on le comprend. Ainsi ne serait-ce qu’en matière d’aide sociale, la Guadeloupe reçoit 713 euros par habitants pour une moyenne de 370 pour le reste de la population, tant qu’on y est la Réunion en reçoit 838 et la Seine-Saint-Denis 519. Elie Domota qui décidemment a le sens des formules a déclaré qu’il ne fallait pas prendre la Guadeloupe pour une serpillère.

Pour une fois, nous sommes bien d’accord avec lui, parce que comme serpillère ça fait vraiment cher.

Gabrielle Desarbres

http://ugtg.org/IMG/pdf/protocolle_4mars.pdf

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