Emission exceptionnelle à C dans l’air : le « vivre ensemble » face à la réalité de terrain

Publié le 27 janvier 2009 - par
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Le 20 janvier 2009, l’émission de France 5 « C dans l’Air » était consacrée au bilan du plan « Espoir banlieue » de Fadela Amara et Nicolas Sarkozy au bout d’un an.

C’est la énième émission animée par Yves Calvi sur les problèmes de banlieues. Je m’attendais donc à supporter les sempiternelles répétitions d’arguments, les clichés mythiques destinés à cacher la réalité des faits (1), et l’incontournable économiste Jacques Marseille balançant dans le vide quelques vérités dures à entendre.

Ce ne fut pas le cas. Sans doute parce que pour une fois, il n’y avait aucun idéologue déguisé en sociologue sur le plateau. Jacques Marseille était bien là, mais ses arguments furent cette fois écoutés et discutés. Il y avait aussi deux maires de banlieue, l’un de droite et l’un de gauche : Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil et François Pupponi, maire PS de Sarcelles. Le quatrième invité était Renaud Dély, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.

La sérénité du débat était due à la présence des deux maires, qui ont évité les querelles politiciennes et n’ont guère utilisé la langue de bois. Ils étaient d’accord sur bien des constats, et on a même senti une complicité amicale entre eux. Le réalisme des arguments était également dû aux « questions SMS » des auditeurs, qui traduisaient les constats et les inquiétudes sans tabous des Français.

La discussion a peu porté sur le plan « Espoir banlieues », alors que le titre de l’émission était : « Banlieues, rendez-vous dans 10 ans », faisant allusion à une déclaration de Fadela Amara disant qu’on ne verra la résolution totale des problèmes de banlieues que… dans dix ans ! Rien d’étonnant à tout cela, puisque nous avons eu 30 ans de plan banlieues, coûtant des dizaines de milliards d’euros aux contribuables, et que la situation empire au lieu de s’améliorer.

L’émission a surtout permis de faire tomber un certain nombre de tabous. Le premier d’entre eux, c’était la corrélation entre immigration et problèmes de banlieues.

On a ainsi appris que 150.000 personnes étrangères s’installaient chaque année en France, et qu’elles allaient évidemment établir leur résidence dans ces « zones sensibles ». Les deux maires constataient, sans aucun jugement de valeur que ces personnes sont d’une culture très différente de celle des Français, ce qui complique leur assimilation ou leur intégration. Il ne s’agit donc pas seulement d’intégrer les étrangers récents déjà présents sur notre sol, mais de recommencer encore et encore chaque année, ce qui empêche toute stabilisation et résolution des problèmes posés par ces difficultés d’intégration.

La crise économique ne fait qu’aggraver la situation, puisque les banlieues connaissent un taux de chômage trois fois supérieur à la moyenne française. Elles deviennent donc une sorte de porte d’entrée à toute la misère du monde et les municipalités se révèlent incapables de faire face. Et quand bien même il y a une amélioration ici ou là, un nouveau flot d’immigrés fragilisés est envoyé par les préfets, au nom de la loi DALO (droit au logement opposable) dont on mesure ainsi les effets négatifs.

Autre facteur aggravant : les entreprises désertent ces quartiers, ce qui non seulement y aggrave le chômage, mais prive les communes de recettes fiscales. Si bien que les impôts payés par les classes moyennes y sont bien plus élevés que dans les villes plus bourgeoises, d’autant plus qu’il faut fournir de l’assistanat à un nombre de plus en plus grand de familles nombreuses sans ressources. Cela va donc inciter ces classes moyennes à fuir ailleurs, déjà qu’elles y sont poussées par une insécurité et une mixité sociale qu’elles ne supportent plus.

Une question d’un auditeur traduit d’ailleurs ce refus du « vivre ensemble » et résume l’opinion exprimée par plusieurs « questions SMS » : « J’habite en banlieue. Le « vivre ensemble », je ne le supporte plus. Les élites politiques peuvent-elles m’imposer ce que je ne veux plus ? » Le maire de Sarcelles se sentira visé par la question, mais répondra un peu à côté en disant que parfois, ceux qui veulent quitter les « quartiers difficiles » ne le peuvent pas parce qu’ils n’ont pas les ressources économiques nécessaires. Mais aucun des invités n’a stigmatisé cet auditeur qui faisait tomber le tabou de l’échec du « multiculturel ».

On a aussi évoqué, bien sûr, les émeutes de 2005 et celles plus récentes. Et les deux élus nous ont une fois de plus avertis que nous nous dirigions vers le renouvellement d’événements de ce genre… et hélas d’une manière de plus en plus violente. Mais là encore, on constate qu’aucune véritable solution n’est au rendez-vous.

On a aussi appris que parmi les nouveaux étrangers qui débarquaient en masse dans les banlieues, nombre d’entre eux – sans doute une majorité – étaient en situation de séjour illégal. Voilà qui contredit Brice Hortefeux qui se vantait récemment de faire baisser le nombre de clandestins sur notre sol : 30.000 expulsions par an, mais combien d’entrées ? Beaucoup plus, selon les deux maires de banlieue. Cela contredit également le discours de RESF, qui prétend que l’immigration irrégulière est tout à fait marginale et ne pose aucun problème d’intégration.

Les « antiracistes » en ont également pris pour leur grade. Les deux maires remettent en cause leur discours idéologique. On apprend par exemple que les étrangers se regroupent par communautés, et quand un office HLM a tenté de diversifier la population par des quotas, il s’est vu traîné en justice pour avoir refusé qu’une nouvelle famille vienne augmenter le monopole ethnique d’un immeuble. Plus généralement, les deux élus ont reconnu que les thèses angéliques qu’on entend depuis 30 ans sont inapplicables.

Il n’y a pas que les nouveaux immigrés qui compliquent l’intégration en Ile-de-France, mais aussi la démographie. Jacques Marseille démonte le discours élogieux quant à la fécondité des Française suite aux récentes statistiques de l’Insee. Selon les calculs de cet économiste, parmi tous les enfants franciliens qui naissent, il y en a autant sinon plus « issus de l’immigration » que de « Français de souche ». Dès lors, et là encore en dehors de tout jugement de valeur, comment pourra-t-on intégrer tous ces enfants d’immigrés, alors qu’ils vont se retrouver majoritaires dans les établissements scolaires ? François Pupponi dit que c’est possible, et il fait l’éloge de l’école laïque et républicaine, mais on a l’impression que c’est davantage un vœu qu’un constat réaliste.

Et évidemment, le franc-parler de ces deux maires ne va guère inciter les classes moyennes ou les « Français de souche » à s’installer dans leurs communes, comme le fait remarquer avec malice et une fois de plus Jacques Marseille. Quand bien même une certaine « beurgeoisie » marginale prend l’ascenseur social et élève le niveau d’un quartier en évitant de s’exiler ailleurs, cela n’enlève rien au communautarisme local puisque l’homogénéité ethnique n’est pas remise en cause.

Parmi cette « beurgeoisie », on a vu dans l’émission un reportage sur une agence privée de ressources humaines… qui appliquait une « discrimination positive » quasi totale, puisqu’elle ne recrutait pour ses clients que sur des critères ethniques ! Mais que fait la Halde ? Plus sérieusement, on constate qu’aucune recette ne marche quant à la « diversité », puisqu’on fait l’impasse totale sur un fait très naturel : qu’il soit immigré ou « Français de souche », chacun d’entre nous préfère vivre et travailler avec des gens de culture et de mœurs pas trop éloignés des siens. Cette émission et les questions des auditeurs ont abondamment illustré cette difficulté incontournable, que la République a su résoudre par l’assimilation des étrangers. Hélas, elle ne fonctionne plus très bien puisque nous avons affaire à des cultures trop différentes qui débarquent d’une manière trop massive.

On a aussi appris que les maires de banlieues avaient une fâcheuse tendance à se refiler les problèmes, et à éviter toute collaboration. Par exemple sur un projet de tramway : au grand dam de Fadela Amara qui y a consacré beaucoup d’efforts personnels, il n’aboutit pas tout simplement parce que chaque maire ne veut pas que ce tramway draine chez lui les « jeunes » incivils de tel ou tel quartier d’une autre commune. Le tracé du trajet de ce tramway est donc toujours en discussion… depuis des années.

Voilà donc quelques exemples – non exhaustifs – tirés de cette émission, qui démontrent que les réalités de terrain démentent largement les discours volontaristes de la ministre de la ville et du président de la République. J’invite les lecteurs à revoir l’enregistrement de l’émission (2), pour qu’ils constatent par eux-mêmes l’étendue des dégâts.

Personnellement, cette discussion et les reportages de ce « C dans l’Air » me laissent une impression à la fois rassurante et inquiète. Je suis rassuré qu’on cesse enfin de cacher les vérités aux Français, et qu’on abandonne peu ou prou la langue de bois. Mais je suis inquiet de constater que les élus ne font que constater… que les problèmes de banlieues ne font qu’empirer d’une manière endémique, et qu’ils croissent bien plus vite que leurs hypothétiques solutions.

La question qui se pose désormais est : le pire est-il inévitable ?

A charge, je citerai une déclaration de Jean-Pierre Chevènement datant d’il y a quelques mois. Commentant la guerre d’Algérie sur France-Culture, il disait que de toute façon, « ces deux peuples n’étaient pas miscibles » (3). Il parlait du peuple français d’une part, et du peuple algérien musulman d’autre part. Si ces peuples n’étaient pas miscibles sur le sol algérien il y a 50 ans, le sont-ils sur le sol français aujourd’hui ? A décharge, les exemples d’intégration et même d’assimilation de personnes d’origine musulmane ou africaine sont légion, dans nos entreprises tout comme au conseil des ministres. Le problème me semble donc davantage dans le fait que l’on est passé peu à peu de l’assimilation d’individus à l’intégration de « peuples » communautarisés. Cette idéologie multiculturelle et multiethnique était un écran de fumée créé de toutes pièces pour masquer une immigration de peuplement incontrôlée. Heureusement, elle est de plus en plus battue en brèche, ce qui limite sa nuisance contreproductive.

En conclusion, je pense qu’il faut donc faire un moratoire total sur les nouveaux flux d’immigration, qu’il faut arrêter de flatter localement les communautés par des « accommodements raisonnables » électoralistes ou peureux, qu’il faut finir d’éradiquer les idéologies angéliques, et qu’il faut revenir à notre véritable « identité nationale » : celle d’une nation de citoyens héritiers des Lumières et parfaitement laïcisés. Il faut donc avoir une tolérance zéro non seulement envers les délinquants minoritaires dans les banlieues, mais également envers quiconque n’accepte pas les valeurs communes de notre République et de notre Nation.

Tout cela sera-t-il suffisant ? Peut-être pas, mais de toute façon c’est nécessaire pour arriver à un véritable « vivre ensemble », et donc ça devient obligatoire et urgent.

Roger Heurtebise

(1) http://www.ripostelaique.com/Les-non-dits-de-la-non-integration.html

(2) http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_rubrique=1069&date=2009-01-20

(3) http://fr.youtube.com/watch?v=3wrQMEEJXTU

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