En Guadeloupe, que veulent vraiment le LKP et Elie Domota ?

Publié le 2 mars 2009 - par
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Après presque six semaines de paralysie, le préfet de la Guadeloupe, Nicolas Desforges a solennellement appelé à la fin de la grève générale en Guadeloupe dès lundi, considérant que « l’essentiel » des revendications du collectif intersyndical LKP était « acquis », notamment la plus « emblématique » portant sur la hausse de 200 euros des bas salaires. Il a réclamé que la rentrée des classes ait lieu « normalement » lundi.

Outre l’accord salarial, il a assuré que plusieurs autres revendications importantes étaient satisfaites, comme la baisse des prix de l’essence et de cent produits de base. Bien que le MEDEF local n’ait pas signé l’accord, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’avancées ont été acquises et d’ailleurs de plus en plus de commerces lèvent leurs rideaux un peu partout dans l’île. Toutes les stations service sont désormais ouvertes.

Mais cette déclaration n’a pas été du goût du LKP. Pour qui il se prend ce préfet ? La Guadeloupe, c’est pas ta lui… Déjà que Yves Jégo s’était cru autorisé à quitter la Guadeloupe sans demander l’autorisation de Domota. De quoi je me mêle ? Très sérieusement, Elie Domota a qualifié de « tout-à-fait cavalier et irrespectueux » l’appel du préfet. C’est vrai que le représentant de la République, qui ose déclarer qu’il faut reprendre le travail, est bien irrespectueux. D’ailleurs, le journal gratuit Vingt Minutes trouve même qu’il s’agit d’une « provocation du Préfet ». Ben voyons !

Le LKP exige maintenant que le gouvernement s’engage, en signant un protocole d’accord, annonce que les délégations du LKP iront faire pression dans chaque entreprise pour qu’elle signe l’accord. Quand on sait comment les entreprises ont été sommées de baisser les rideaux, on peut craindre que se développent dans l’île des méthodes qui n’ont rien à voir ni avec l’Etat de droit ni avec la démocratie.

Il reste maintenant de connaître quels sont les vrais objectifs du LKP. Veut-il négocier et que tout le monde se remette au travail, en espérant en particulier que les touristes qui font vivre bon nombre d’emplois vont avoir envie de revenir si l’on veut que cette base de l’économie de l’île reprenne un peu de vigueur. Ou bien veut-il en déclenchant un mouvement jusqu’au-boutiste pousser vers la violence, pour finalement accéder à l’indépendance comme seule solution ?

Il faudra également qu’il s’explique sur les pressions violentes pour faire fermer les magasins, sur ses déclarations xénophobes ou de « pays » contre les Blancs, les métros, les Békés. Il ne suffit pas de rejeter d’un revers de main les accusations de racisme, il faudra s’en expliquer car les langues des journalistes commencent à se délier comme en a témoigné le correspondant de France Inter et d’autres correspondants étrangers. Visiblement, la liberté d’expression n’est pas leur tasse de thé.

Invitée par France Culture pour l’émission « du Grain à moudre », jeudi dernier, j’ai été surprise d’entendre Louis-Georges Tin, représentant le CRAN, en réponse à Ivan Rioufol, justifier les violences commises en Guadeloupe par le ressentiment qu’ont les Guadeloupéens en raison de l’injustice, du chômage, du racisme, du mépris qu’ils subissent. A ce compte là, qui n’est pas légitime à recourir à la violence ? Ces assertions me semblent très graves car elles servent à justifier l’injustifiable en Guadeloupe mais aussi à tous ceux qui voudraient importer les revendications et les méthodes du LKP en métropole. (Je fais bien attention à ne pas dire en France pour ne pas me faire flinguer). Or, l’injustifiable s’est produit avec l’assassinat du syndicaliste CGT Jacques Bino, tué par balle dans la nuit du 17 au 18 février à Pointe-à-Pitre.

Je dois saluer la rapidité des investigations dont je doutais dans mon article la semaine dernière, en raison des circonstances. Mais comme le procureur l’avait suggéré, le présumé coupable aurait pris la voiture de la victime pour un véhicule de police banalisé et a tiré délibérément sur Jacques Bino, le prenant pour un policier. Je n’ai pas encore entendu de déclarations du LKP après l’arrestation de Ruddy Alexis, 35 ans, mis en examen samedi soir pour meurtre et tentative de meurtre et écroué dans le cadre de l’enquête sur la mort. Juste après le meurtre, Elie Domota avait laissé entendre que ce pourrait être le fait d’un béké. Que va-t-il dire maintenant. Pas responsable d’une tragique erreur ? Parce que l’on peut de sang-froid tuer un policier ? Le LKP doit répondre de cette mort qui est passé presque sous silence comme un banal fait divers.

Il y a quelque chose d’extrêmement inquiétant de continuer à tout exiger de l’Etat français, en l’accusant de tous les maux et de considérer comme légitime de tirer sur les forces de l’ordre.

Pour conclure, je conseille la lecture dans le Monde du samedi 28 février de l’interview de Daniel Maximin, poète et romancier guadeloupéen qui est beaucoup plus intéressant que le suggère le titre. Il rappelle notamment qu’au XIXe siècle, la bourgeoisie noire du Sud de l’Amérique envoyait ses enfants étudier en France et saluer Alexandre Dumas. Plus tard, les poètes noirs américains fuyant la ségrégation sont venus à Paris y rencontrant Aimé Césaire, Léopold Senghor. Ce fut d’ailleurs le cas de Joséphine Baker qui découvrit que dans le France de l’entre deux guerres personne ne lui refusait l’entrée dans un grand restaurant contrairement à New York.

Daniel Maximin reproche à la France de refuser de reconnaître le métissage. Je ne partage pas cette idée car en France, comme le rappelle d’ailleurs Max Gallo dans le Point de cette semaine, ce qui est fondateur c’est le principe d’égalité. Ce principe d’égalité est tellement fort qu’il ignore les différences au point d’oublier qu’Alexandre Dumas était noir. La divergence avec Daniel Maximin ne doit pas être insurmontable d’ailleurs car il déclare, à juste titre, qu’« il n’existe pas de communauté noire, ni en France, ni en Afrique, ni d’ailleurs pas plus que la communauté blanche ou jaune. Et cela n’empêche pas la solidarité. Il ajoute « Le communautarisme est à l’égal du racisme, un crime contre l ‘humanité, celui qui a nourri au XXe siècle tant de massacres entre cousins de même couleur, du nazisme au Biafra, du Cambodge au Rwanda. ».

Voilà qui devrait réfléchir tous ceux qui comme le CRAN veulent instrumentaliser la couleur de peau et instiller le poison du communautarisme.

Gabrielle Desarbres

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