Encourager Ni Putes ni Soumises à répondre à la question d’un député sur l’islam

Publié le 21 septembre 2009 - par
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Les Ni Putes ni Soumises vont tenir leurs Universités populaires du 24 au 29 novembre. Chaque adhérent a reçu le programme annoncé par une affiche percutante qui rejoint celle de Riposte Laïque, un voile noir et au niveau des yeux et du nez une porte brune grillagée et entr’ouverte, dans cette ouverture une silhouette rose d’une femme nue qui sort de sa prison. Pas de slogan mais tout est dit dans cette image. A gauche : liberté, mixité, égalité, respect, laïcité, de l’autre côté, expo, débats, théâtre, photos, musique. Les lecteurs de Riposte Laïque se retrouveront tous dans cette image dans ces revendications et dans ce combat des femmes dont beaucoup sont musulmanes, luttant contre toutes les violences, y compris celles commises au nom de la religion et des archaïsmes patriarcaux.

Cependant sur le plan des violences liées à la religion et aux archaïsmes, le mouvement des NPNS ne doit-il pas maintenant avancer sur un point qui paraît fondamental. Quand on entend un député demander à Sihem Habchi : « Pourquoi vous dégagez toujours toute responsabilité de la religion musulmane du port du voile, à mon sens il doit bien y avoir quelque responsabilité car seules les femmes musulmanes dans le monde portent la burqa et les voiles d’une façon générale, ça c’est pour moi un vrai problème. Je crois qu’il ne faut pas avoir peur d’aborder la réalité dans sa diversité et toute son ampleur». Quelle doit être la réponse ?

Si Sihem Habchi répond simplement : « mais ça, ce n’est pas ma religion », l’argument peut lui être retourné car les femmes qui veulent porter la burqa ou le niqab ou le voile, prétendent aussi : « mais ça, c’est ma religion » Et comme le député, à Riposte Laïque, nous pensons que, en effet, la religion musulmane a sa responsabilité dans cette affaire et chacun comprend bien que si la manière de concevoir la religion des ni Putes ni Soumises nous semble plus conviviale et républicaine que l’autre, c’est au nom de la même religion que les unes et les autres ont des divergences d’attitude.

Analysons maintenant les positions des responsables du culte musulman de ceux dont on dit qu’ils font autorité en la matière, et que les journalistes invitent plus volontiers que nos amies des NPNS sur les plateaux de télévision. Que disent-ils de façon récurrente tel M Lasfar de Lille ? « Les musulmanes doivent être pudiques et porter le voile » ou un autre responsable ( de l’UOIF ?) dans le débat avec Caroline Fourest, « le port de la burqa n’est pas, comme le voile, dans la coutume musulmane mais si ces femmes veulent la porter c’est leur liberté ». Contradictoire n’est ce pas avec les souhaits profonds des femmes du mouvement NPNS ?

Donc, comment faire changer le discours et les idées de ceux qui se déclarent spécialistes en Théologie, des imams du CFCM et de nombreux autres musulmans ? On comprend bien que c’est un retour à l’intégrisme qu’ils nous préparent et que c’est cet Islam là qui sera enseigné dans les mosquées de France et les médersas et que là est le vrai danger que sent très bien la société française et sans doute aussi les femmes de ce mouvement. Pour preuve dans les quelques écoles privées confessionnelles musulmanes ouvertes ou en voie de l’être les jeunes filles portent ou porteront le voile, voire le tchador. Certaines écoles ne vont d’ailleurs voir le jour que dans ce but. Alors, comme dit le député il y a là un vrai problème de fond et de responsabilité de la religion et des religieux dans cette affaire, et une différence entre les revendications et la vision de Sihem de « son Islam » et de la réalité de l’image de « l’autre Islam » que chaque citoyen voit tous les jours dans sa ville ou dans son quartier. Il y a un véritable gouffre entre les différentes positions. La liberté, la mixité, l’égalité, peuvent-elles s’obtenir sans contester le Coran, et que faire si la lecture de ce livre est verrouillée, car parole de Dieu ?

Alors il faut aller plus loin dans la démarche. N’est-il pas temps, pour que les choses changent dans le sens de ce que nous souhaitons tous, que le mouvement des NPNS interpelle les HOMMES du CFCM, afin que la réflexion et le fonctionnement de l’Islam ne soient plus affaire d’HOMMES. Que la voix et les revendications des NPNS entrent dans les mosquées de France. Il y aurait à faire : contester ou déclarer caducs certains versets du Coran les plus négatifs et violents à l’égard des femmes, des mécréants, et de ceux qui ont une autre religion. Faire perdre à l’Islam son aspect effrayant et totalitaire fatwas, menaces, et le côté étouffant du : «Ne regardez pas ailleurs tout est dans le Coran (notion de licite / illicite), femmes obéissez! » Ce n’est pas en laissant le pouvoir religieux aux hommes que les progrès en matière de liberté féminine sont arrivés.

C’est au contraire en prenant leurs distances ou en contestant et en condamnant de l’intérieur les diktats religieux que les femmes ont gagné en autonomie et en liberté en occident. Sauf à voir leurs revendications piétiner, nos amies des ni Putes ni Soumises doivent penser sérieusement à cet aspect de la question, et avancer dans leur réflexion, car les intégristes portent et porteront dans les mosquées des paroles bien différentes des leurs. Le changement du paysage de nos rues françaises laisse à penser que c’est plus la parole des intégristes qui est écoutée et respectée que celle de Sihem. « Ni soumises » est une belle devise, mais un vrai défi qui attend ces femmes puisque l’Islam « est » la soumission. A elles d’amorcer, dans l’intérêt de tous, avec le courage et la force de conviction de leur brillante Présidente, une véritable Révolution de l’intérieur afin que leur mouvement garde sa crédibilité et gagne en efficacité. Encourageons-les à interpeller les responsables du CFCM. Si les hommes réfutent cette démarche sur le plan théologique, si la parole des mosquées reste, une parole d’hommes, en contradiction avec la leur, alors les NPNS risquent de rester en porte à faux.

Chantal Crabère

Adhérente des NPNS

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