Et si on s’intéressait aux Bleues, celles de 2011 ?

Publié le 28 juin 2010 - par - 221 vues
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Il est des moments où la moutarde vous monte au nez et où l’on a envie de s’adresser à tous ces commentateurs qui aujourd’hui se déchaînent dans les médias pour jeter aux orties des footballeurs qu’ils ont encensés hier. A ces bavards de comptoirs, à ces rêveurs d’un jour qui proclament leur volonté de faire table rase de l’existant pour imaginer un « autre football » dégagé de la violence, de la vulgarité, de l’argent, nous demandons de commencer par regarder du côté des filles. Cette équipe « black- blanc- beurre », respectueuse des règlements, débordante de talent et d’envie de vaincre existe ! Simplement ils ont préféré l’ignorer.

Auteure jusqu’à présent d’un parcours sans faute, en éliminatoires de la Coupe du Monde 2011, l’équipe féminine de France continue sa campagne victorieuse en cette fin de saison. Dimanche 19 juin, pendant qu’en Afrique du Sud se déroulait le psychodrame que l’on sait, elle écrasait la Croatie 3 a 0 ! Mercredi 23 juin, au lendemain de la calamiteuse défaite des Bleus, l’équipe féminine s’imposait face à l’Estonie 6-0 ! Sa qualification est assurée avec 42 buts marqués, 0 encaissés, 8 matchs victorieux d’affilée. L’équipe de France Féminine est ainsi la première de son groupe.

Au sortir du match contre la Croatie Bruno Bini, sélectionneur de l’équipe de France féminine, confiait sa fierté à ceux qui voulaient bien lui tendre un micro : « Je suis très satisfait du jeu produit par les filles surtout qu’on a changé de système à un moment donné. On a fait un match propre techniquement avec quelques enchaînements de grande classe ( … ). Le public a été super, 6700 spectateurs, c’est bien alors qu’il y avait des matchs de Coupe du Monde à la télé, que c’était un dimanche après-midi et qu’on était à la fin de la saison. Et puis quand les gens viennent et, à priori, repartent heureux, c’est toujours bien. On a même un ministre qui est venu nous « serrer la pogne » donc c’est bien car on n’a pas l’habitude».

Marie-Laure Delie, attaquante équipe de France, auteure du troisième but de ce même match déclarait radieuse : « Je suis très contente, on a pratiqué du beau jeu. J’espère que ça a plu à tout le monde, on met trois but, on n’en prend pas, c’est important ».

D’un côté il y a une équipe d’enfants gâtés pleins aux as qui fait honte à la France mais autour de laquelle bourdonne la presse comme un essaim d’abeilles, de l’autre un bande de filles talentueuses et motivées, qui relèvent tous les défis du foot féminin : peu d’argent, pas de reconnaissance médiatique, juste le plaisir du sport. Où est l’erreur ? L’honneur du football français est dans la tête et dans les pieds de ces jeunes sportives. Il serait temps de s’en apercevoir.

Alors que les bleus ont décidé de ne pas toucher le montant de leurs primes et que RMC proposait de les verser au foot amateur, ne serait-il pas plus judicieux d’en faire bénéficier les bleues ?

Annie Sugier et Linda Weil-Curiel, présidente et secrétaire générale de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF)

Article paru dans la page « Rebonds » de Libération du lundi 28 juin

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