Etre homosexuel au pays des mollahs

Publié le 26 mai 2009 - par - 1 948 vues
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Mardi 19 mai, sur France 5 était diffusé un documentaire sur les transsexuels en Iran.
L’auteur de ce film est Tanaz Eshaghian.

Elle a suivi Anoosh, Ali, Farhad, des homosexuels iraniens qui croyant pouvoir vivre pleinement leur vie d’homosexuel ont subi une castration.
A Téhéran, la clinique privée du docteur Mir Jalali, spécialiste formé à Paris, ne désemplit pas. En douze ans, il a réalisé plus de 450 de ces interventions douloureuses qui mettent la vie de ses patients en jeu. Après cette chirurgie castratrice, les jeunes gens reçoivent une nouvelle carte d’identité afin de commencer, enfin l’espèrent-ils une nouvelle vie.
Bien souvent ce changement de sexe entraîne un rejet de la part de leur famille. Totalement incompris ils ou elles sont victimes de harcèlement, d’incompréhension et de moqueries. Trouver un travail n’est pas plus facile et hélas beaucoup d’entre eux ou elles finissent dans la prostitution ou se suicident.

Quel est le cheminement qui a conduit ces hommes à cette extrémité ?
En Iran, l’homosexualité est passible de la peine de mort.
Depuis l’établissement de la république islamique en 1979 les lois iraniennes sont basées sur une interprétation de la charia.
Toutes les relations sexuelles qui ont lieu en dehors du traditionnel mariage hétérosexuel sont illégales et aucune distinction légale n’est faite entre les relations consenties ou non consenties. Les relations homosexuelles qui ont lieu entre deux adultes consentants en privé sont considérées comme un crime et la peine maximale pour ce crime peut être la mort. Les articles 108 à 140 du code pénal iranien voté par le Majles (Parlement Iranien) le 30 juillet 1991 abordent en détail l’homosexualité et les peines associées.

Cela va de 74 coups de fouet pour les mineurs suspectés de sodomie à la peine de mort, le plus souvent par pendaison, pour des adultes même consentants. La sodomie est prouvée si une personne avoue avoir commis la sodomie quatre fois ou sur le témoignage de quatre hommes capables. Le témoignage d’une femme seule ou accompagnée d’un homme ne prouve pas la sodomie.

Autre exemple de sanction : si deux hommes « se tiennent nus l’un sur l’autre sans aucune nécessité », tous deux sont punis jusqu’à 99 coups de fouet; si un homme « embrasse un autre homme », la peine est de 60 coups de fouet, à la quatrième fois la sentence est la mort.
La justice ne distingue pas les homosexuels et considère que tous les iraniens sont normalement hétérosexuels. L’homosexualité est jugée comme une violation de la volonté suprême de Dieu.

De toute façon comme l’a dit le président Mahmoud Ahmadinejad, devant une assemblée d’étudiants américains de l’université de Columbia, à New York, lundi 24 septembre 2007, « En Iran, nous n’avons pas d’homosexuels comme dans votre pays «Nous n’avons pas ce phénomène, je ne sais pas qui vous a dit que cela existait chez nous », a-t-il ajouté.

Donc en conclusion, comme il n’y a pas d’homosexuels en Iran, il n’y a pas de pendaison de gays, pas de persécution de lesbiennes etc…
Mahmoud Ahmadinejad est la personne qui a inauguré la conférence de Durban II à Genève le 21 avril 2009. Il avait choqué l’assistance par son discours d’ouverture honteusement antisémite entièrement consacré à la vindicte d’Israël et de ses alliés potentiels (les pays occidents). Lors de cette conférence, le droit des homosexuels reste nié, il y a eu une espèce de troc, « vous abandonnez le délit de blasphème, on vous laisse traiter les homosexuels comme vous l’entendez… ».

Mais revenons aux pratiques anti-homosexuelles de l’Iran.
En 1979, l’Iran n’est pas à une contradiction près, une fatwa lancée par l’Ayatollah Khomeiny a autorisé les opérations chirurgicales pour permettre de soigner ce que la République Islamique qualifie de « maladie identitaire». Il n’y pas d’homosexuel mais des personnes qui n’ont pas le bon sexe, telle est la théorie des gouvernants iraniens.
C’est en partant de ce précepte qu’on pratique en toute légalité des interventions mutilantes.

Le changement de sexe s’accompagne de l’émission d’une nouvelle carte d’identité. Tandis que cette situation provoque le soulagement de bien des personnes transsexuelles qui voient leur trans-identité reconnue et facilitée, elle pousse bon nombre de gays à changer de sexe dans l’espoir de voir leur vie et leurs amours tolérées.
Etre une femme dans un pays qui pratique la charia avec tout ce que cela représente, de frustrations, de privations, de soumission et d’humiliation est déjà particulièrement difficile, alors trouver une place en tant que sous-femme est illusoire !!! Par sous-femme j’entends femme qui ne trouvera sans doute jamais de mari et qui n’aura jamais d’enfant…

Dans le documentaire, la réalisatrice accompagne un jeune homme qui va se faire opérer, venu avec sa famille et son petit ami du moment aussi. Ce jeune est plein d’espoir quant à sa future vie, il pense que son ami l’épousera et qu’il pourra pleinement vivre sa sexualité.
On retrouve cette jeune femme un an plus tard .Il a toujours le même petit ami mais visiblement ce dernier est un peu gêné lorsqu’on aborde le problème du mariage qui pour lui n’est plus dans ses priorités. La jeune femme va se rendre compte, un peu tard certes, que son changement de sexe n’aura servi à rien.

On voit aussi un autre portrait mis en valeur par Tania Eshaghian, celui d’une femme qui fait le bilan de sa vie. Sa famille l’a rejeté depuis sa castration, les seules personnes qu’elle fréquente sont des opérées comme elle. Son intégration dans la vie sociale est pitoyable malgré sa nouvelle carte d’identité, elle n’a pas trouvé de travail et vend son corps dans des mariages temporaires constituant une forme de prostitution légale.

On la voit s’effondrer devant la caméra, «J’ai tué l’amour en moi pour toujours», déclare Ali Askar, un an après son opération, Avant d’éclater en sanglots : «Si j’avais su que ma famille couperait tous les liens, je n’aurais jamais fait ça.» ?

Cette même victime, le mot n’est pas trop fort, nous parle du suicide de certain(e)s.
Un autre témoignage fort de ce film est celui d’un homme qui dit préférer l’Iran plutôt que de subir la castration ; pour lui ce qui a été donné par Dieu ne doit pas être retiré. Il analyse avec beaucoup de lucidité la vie des homosexuels opérés. Il sait bien que la réponse du gouvernement iranien face à l’homosexualité n’est qu’un leurre et ne les conduit que dans une impasse.

Ce documentaire est bouleversant et ne peut laisser de marbre. Cependant pour moi, je regrette que la réalisatrice n’ait pas posé une seule fois les questions suivantes aux opérées : Comment est votre vie sexuelle maintenant ? Etre une femme est-ce facile et comment le vivez-vous ?

Ce qui est choquant dans ce reportage est de voir que les droits de l’homme homosexuel sont complètement bafoués en Iran, comme dans beaucoup d’états. Parmi les 80 pays où l’homosexualité est officiellement criminalisée, 34 sont majoritairement musulmans. En plus des brimades morales et religieuses, les mollahs iraniens appliquent une répression physique par la castration.

En France, le délit d’homosexualité a été aboli par la loi du 4 août 1982.Aujourd’hui en 2009, la Haute Autorité de Santé envisage de retirer la transsexualité de la liste des maladies mentales. La France tient dans ce domaine une place de pionnière.
A l’heure où certains s’interrogent pour remettre au centre du débat publique la religion, la réalité vécue et subie par les populations soumises au joug de la Charia, démontre avec force que la Laïcité reste le rempart indispensable à la reconnaissance des droits humains.

Marie-José LETAILLEUR

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