Face à certaines confusions, il faut un réarmement idéologique des laïques

Publié le 6 mai 2008 - par
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Je remercie vraiment l’équipe de « Riposte Laique » d’accepter de publier la dizaine d’articles que je compte faire sur le thème de la laïcité dans les colonnes de leur publication, alors que je ne fais pas partie de leur équipe et que j’ai parfois des appréciations divergentes sur certaines de leurs positions. Mais sur le terrain du combat laïque, je me trouve en harmonie avec eux, et cela est essentiel. Il faut absolument démystifier toutes les dérives de ceux qui se sont emparés de ce thème pour définir des positions qui, en fait, ne servent qu’à combattre l’idéal laïque en dénaturant sa signification.

Nous avons déjà eu la laïcité « ouverte » ou « moderne » des religieux et communautaristes de toute nature, celle des totalitaristes athéistes (ex-URSS), celle des nationalistes anticléricaux mais favorisant une religion (Turquie) et nous y reviendrons dans le corps de nos articles.

Mais cela ne suffisait sans doute pas, car une philosophe, qui pontifie dans l’Union des Familles Laiques (Ufal), vient de ressusciter – et de l’imposer à tous ses adhérents comme une vérité révélée – la position admise par de nombreux inspecteurs de l’éducation nationale entre les deux guerres mondiales du 20ème siècle : la laïcité se réduirait à exclure tout signe et enseignement religieux à l’école publique pour les élèves mineurs, faisant de l’école un lieu dit « sacré » où doit régner une neutralité absolue à l’égard du religieux, tandis qu’il serait acceptable de voir à l’extérieur de l’école n’importe quelle manifestation ou influence d’ordre religieux, à condition que soit respectée à la lettre la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat.

J’ai bien dit « ressuscitée », car cela faisait belle lurette que cette thèse était tombée aux oubliettes, ne correspondant plus en quoi que ce soit à la situation sociale et politique de la société, en France comme ailleurs, et personne ne l’avait reprise jusqu’alors. Mais, et c’est là que cette thèse remise au goût du jour prend toute sa saveur, elle s’appuie désormais sur une explication théorique qui accumule erreurs, confusions, absurdités et autres aberrations théoriques et pratiques.

Il est intéressant de s’y attarder un tant soit peu pour démarrer cette série d’articles, puisque cette thèse, remise au goût du jour par la direction nationale de l’UFAL, grâce à leur philosophe-maison, débouche sur un festival de dérapages mettant en danger la laïcité.

Elle part d’un soit-disant principe de laïcité, expliqué seulement et exclusivement par une séparation de la sphère privée et de la sphère publique, le comportement individuel dans les lieux publics étant considéré comme relevant de la sphère privée ! Comment un principe peut-il être fondé sur une considération aussi floue? Pour en faire d’ailleurs un système comportant des interdictions (interdiction d’invoquer le trouble à l’ordre public pour ceux qui s’attachent à faire de la provocation et de l’intimidation par le port de signes religieux dans les espaces publics) !

On peut d’ailleurs considérer que ceux qui croient à cette thèse sont les véritables « laïcistes », puisqu’il s’agit de construire un authentique système figé et dogmatique à partir de cette conception, ce qui permet effectivement tout port de signes religieux, donc toute provocation et toute intimidation cléricale dans les lieux publics. Les islamistes turcs ne pouvaient espérer mieux comme alliés dans leur exigence de permettre le port du voile islamique à l’Université. Cette conception amènera également l’Ufal à se retrouver du côté des islamistes et islamogauchistes qui sévissent en France, dans leur condamnation de Fanny Truchelut, persécutée judiciairement parce qu’elle voulait faire enlever ce voile à une militante islamique dans les parties communes de son gîte.

La nécessité de rétablir les valeurs de la laïcité, celle que nous appelons laïcité émancipatrice pour la différencier de toutes les dérives, nous apparaît donc comme un devoir urgent. La laïcité pour la tradition humaniste française, issue du siècle des Lumières et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 est un concept philososophique construit à partir des 3 principes intangibles qui sont les postulats humanistes suivants : l’égalité en droit, la liberté individuelle et la fraternité sociale.

Ce concept philosophique devient alors une véritable valeur humaniste, même la plus haute valeur morale que l’humanité ait conceptualisée à ce jour. Cela n’étonnera personne si les sectateurs de la laïcité comme système fondé exclusivement sur la séparation entre la sphère privée et la sphère publique refusent ce terme de valeur pour la laïcité, comme le montrent plusieurs de leurs articles.

En effet, pour ceux qui considèrent que la laïcité est devenue un concept philosophique entraînant une valeur humaniste, la séparation de la sphère privée et de la sphère publique, ainsi que la séparation des églises et de l’Etat ne sont que des moyens de promouvoir la conception émancipatrice de la laïcité, au même titre que l’application de la notion juridique de troubles à l’ordre public contre les actions de provocation et de persécution des cléricaux de toute nature. Ils ne peuvent être des buts en soi à l’origine d’un système dogmatique.

Il nous faudra revenir sur tout cela, en analysant les conditions historiques de l’apparition de cette idée de la laïcité, sa traduction ultérieure en valeur humaniste (à partir de la création de ce concept philosophique par choix politiques), et les moyens juridiques et politiques dont elle a besoin pour triompher.

C’est tout un réarmement idéologique auquel doivent s’attacher les républicains laïques ayant en tête le triomphe d’une république sociale telle que l’espérait Jean Jaurès.

L’année dernière, j’avais tenté de remettre les pendules à l’heure sur la notion de nation pour les républicains par une série d’articles dans le journal Respublica. La direction de cette publication croit bon désormais de ne publier que les thèses de la philosophe-maison de l’UFAL sur la laïcité, sans doute pour mieux faire croire à tous les lecteurs qu’elle possède la vérité d’Evangile. Hélas, tout cela ne fait que les conditionner totalement à ce qu’il faut bien appeler une thèse particulièrement ridicule et dangereuse pour l’application de la laicité. C’est pourquoi d’ailleurs je suis désormais écarté de publication sur le thème de la laïcité depuis plusieurs mois.

J’ai donc proposé d’écrire dans les colonnes de Riposte Laïque. Cela a été accepté. Que la rédaction et Cyrano en soient remerciés.

Valentin Boudras-Chapon

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