Fanny Truchelut : “mon procès en appel sera déterminant pour la suite de ma vie”

Publié le 17 juin 2008 - par

Riposte Laïque : Lors de ton premier procès, le 2 octobre 2007, tu as été condamnée à quatre mois de prison avec sursis, et à 8.490 euros d’amende. Tu as décidé de faire appel. Aujourd’hui, avec le recul, comment vis-tu ce verdict ?

Fanny Truchelut : Sur le moment, j’ai vécu ce verdict comme une injustice parce que l’on ne m’a pas entendue. Pendant le procès, la partie adverse n’a eu de cesse que de m’insulter et me traîner dans la boue, ce fut difficile à entendre et à vivre. Me faire traiter, moi qui n’ai baptisé aucun de mes 4 enfants, d’intégriste catholique m’a été insupportable. J’ai été stupéfaite de la violence verbale à mon égard des Avocats du MRAP, de la LDH et de la Licra. Les journalistes ont pris le relai avec des articles peu sympathiques pour moi.

Et puis, à travers votre site, il y a eu la grande solidarité des internautes, que je remercie encore très sincèrement, grâce à vous, je suis restée debout.

J’ai compris que je n’étais pas seule et que le « racisme » dont on voulait m’affubler n’était qu’une stratégie des islamistes pour imposer leur volonté.

Les messages qui sont arrivés de partout, de France, d’Europe, au-delà de l’Atlantique, montrent la crainte que beaucoup de femmes et d’hommes ressentent face à cette offensive sournoise.

18 mois sont passés, j’ai essayé beaucoup de choses, j’ai interpellé des femmes, des Associations, des Philosophes, des journaux, pour finir les élus. Les réponses en retour ne dépassent pas les 10 doigts de la main. Cependant, je remercie celles et ceux qui ont pris une position franche. Je ne manquerai pas de les tenir informé régulièrement.

J’ai lu aussi, beaucoup, surtout des témoignages et des analyses de personnes qui ont étudié vraiment le Coran. Qu’est-ce que j’ai retenu de toutes ces lectures. L’Islam n’est pas seulement une religion, c’est un système où la Société est contrôlée sans espoir de liberté individuelle.
Le but de l’Islam est d’étendre son empire dans le monde. Un Musulman ne peut pas être réformateur parce que l’Islam l’interdit, ceux qui prétendent le contraire, nous leurrent.

Je ressens une grande passivité de la part des femmes vis-à-vis du voile. Lors de mon procès, j’étais allée distribuer des tracts, surtout aux femmes (1000), beaucoup d’entre elles me disaient venir. Où étaient-elles le jour du procès ? Où étaient ceux qui se disent laïques et féministes.

Riposte Laïque : Peux-tu nous dire ce que tu es devenue, personnellement, depuis ce verdict ?

Fanny Truchelut : Vaste sujet. Depuis, je vis seule, le gîte est en vente. Je fais une thérapie. Horia Demiati et son voile, face à moi, cela a été l’électrochoc sur les conditions de ma vie personnelle. Elle m’a renvoyé cette image que je n’étais pas une femme libre et respectée.

En 10 secondes, j’ai eu un film qui a défilé dans ma tête, il paraît que quand on meurt, il arrive la même chose. Sans doute étais-je en train de mourir un peu et c’est en donnant un grand coup de pied au fond que remontée à la surface j’ai engagé cette discussion avec Horia, plus je la regardais, plus mes convictions se renforçaient, plus je pensais à moi d’abord en tant que femme et à mes enfants ensuite – que serait leur avenir si ….- On leur laisse le chômage, le sida, le réchauffement de la planète, le déficit extérieur, la mal bouffe, j’en oublie. Nous, cette génération qui a bien ou pas trop mal vécu, nous n’avons pas de quoi être fiers, alors il serait temps de ne pas en rajouter et de se battre pour eux. On n’a pas le droit de fermer les yeux sur ce que signifie l’offensive du voile, dans toute la Société.

Riposte Laïque : Que réponds-tu à ceux qui te reprochent d’avoir pris Alexandre Varaut comme avocat, considérant ce choix incompatible avec les valeurs féministes que tu prétends défendre ?

Fanny Truchelut : J’ai compris que ceux qui me reprochent cela cherchent des excuses pour ne rien faire, voire m’insulter. C’est tellement facile de salir, à Riposte Laïque, vous en savez quelque chose, les donneurs de leçons et les calomnies existent.

J’ai constaté, lors du procès, qu’Alexandre Varaut, dont je ne partage pas les engagements politiques, a su faire une plaidoirie pleine de dignité. A ma connaissance, personne n’a été capable de la critiquer, dans les rangs de ceux qui me reprochent de l’avoir pris comme Avocat.

Il suffit de voir comment les critiques sont faciles, sans aucune honte d’ailleurs de la part des « critiqueurs ». Par exemple, un sujet d’actualité, le non au traité de Lisbonne des Irlandais ! Nos politiques s’insurgent, comment peuvent-ils dire non ! alors que nous, le peuple, nous avons dit non aussi et que nos politiques sont passés par-dessus pour dire oui.

Je l’ai déjà dit aussi, le véritable courage c’est d’affronter ensemble, de toutes nos forces, ce qui nous semble être incompatible avec la LIBERTE. Ensuite, « ils » pourront, nous pourrons discuter des modalités en fonction des courants politiques, philosophiques qui sont les leurs et les nôtres. Les lois doivent évoluer avec la Société, sinon nous régressons.

Riposte Laïque : Quelles sont donc pour toi les prochaines échéances ?

Fanny Truchelut : Le procès en appel évidemment, il va être déterminant pour la suite de ma vie personnelle et professionnelle. Je crois savoir que la date approche, dès que j’en serai informée avec certitude, je vous le dirai immédiatement, bien sûr.

Riposte Laïque : Tu étais à Paris, lors du dernier passage d’Ayaan Hirsi Ali. Comment as-tu vécu cela, depuis la salle ?

Fanny Truchelut : J’ai vraiment ressenti de la colère. J’étais tout à fait d’accord pour qu’elle soit protégée.
Ce qui était à la limite de l’indécence pour moi, c’est la manière dont se comportaient les intervenants. Il fallait être là, être de celles et ceux dont on allait citer les noms avant l’intervention d’Ayaan.

J’ai de l’admiration pour le combat de cette femme, et sa façon d’appeler un chat un chat. Mais comme je l’ai dit sur ma lettre aux députés, je ne suis pas issue d’une famille musulmane, intellectuelle de la grande bourgeoisie, je n’ai pas eu à souffrir d’un mariage forcé, ou d’autres choses pires encore, comme l’excision. C’est sans doute ce qui fait la différence en France pour être soutenue ou attaquée. Moi, quand je demande à Horia Demiati de retirer son voile dans les parties communes de mon gîte, je suis une modeste vosgienne qui, du fin fond de sa montagne ne peut-être que xénophobe d’extrême droite.

Riposte Laïque : Une dernier question, un peut brute : sachant tout ce qui t’est arrivé par la suite, si tu reviens à cette fameuse journée de juillet 2006, qui a bouleversé ta vie, ne te dis-tu pas que tu aurais mieux fait de fermer les yeux, et d’accepter la présence d’Horia Demiati dans ton gîte, même avec son voile ?

Fanny Truchelut : J’ai eu parfois cette pensée, si je n’avais rien dit, si elle était restée, après tout, ce n’était que 4 jours à supporter. J’aurai pu m’en aller ailleurs et les laisser.

Si j’avais fait cela, je ne serai pas la femme que je suis aujourd’hui, même si j’enfante de moi dans la douleur, après tout, les 4 accouchements de mes enfants n’ont jamais été une partie de plaisir. Mais le résultat, leur réussite, est bien plus à la hauteur que mes espérances. Aussi je crois dur et fort en des jours meilleurs et à une nouvelle vie. Si cela était à refaire, je recommencerais, bien sûr !

Propos recueillis par Pierre Cassen

Lire comptes-rendus du premier procès

https://www.ripostelaique.com/Nous-etions-au-proces-de-Fanny.html

https://www.ripostelaique.com/Analphabete-et-raciste.html

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