Faut-il être mère pour être reconnue femme ?

Publié le 1 mars 2010 - par - 281 vues

On va y avoir droit , le 8 mars approche ! Coup de projo sur les femmes. On peut prévoir à l’avance les litanies à venir : différence de salaires et pourtant elles travaillent encore plus , si on compte le travail domestique, plafond de verre et pourtant les entreprises qui ont un taux de femmes élevé sont plus performantes, elles grignotent péniblement le terrain politique, mais au Conseil constitutionnel, il y a une femme en moins, il n’y en avait que deux, elles sont victimes de violences physiques et morales, et pourtant une nouvelle loi va prendre en compte cette donnée de la violence psychique, et pourtant et pourtant…

On feint de s’étonner une fois par an que ça n’avance pas plus vite. Comment donc ? On en est encore là ? Que font donc les féministes. Ah oui ! Les féministes, c’est bon à ne pas être là où il faudrait et à être là où il ne faudrait pas. Mais, en voix off, quand on se lâche, on susurre : « Mais que veulent elles encore ? Elles ont tout ! » C’est vrai, dans un sens, elles ont un (maigre) salaire, dû à leur temps partiel, avec en prime le travail domestique sur le dos, les mômes à charge, plus d’un million de familles monoparentales. Tout ça parce qu’aujourd’hui, madame, plus que jamais, être femme, c’est être mère. Incontournable, le devoir d’être mère, avec allaitement obligatoire et dévouement sans faille au fruit des entrailles. Et motus sur la peine que ça représente d’être mère, quand il faut jongler avec le temps, 80% de travail domestique assumé par ces dames, et naviguer entre deux exigences souvent incompatibles, plaire, toujours, et être une bonne mère.

Car là est le problème. Tant qu’on ne lâchera pas les baskets aux femmes sur la question de la mère, on sera dans la préhistoire. Tant qu’elles mêmes culpabiliseront à fond la caisse sur le complexe « To be or not to be ? », en avoir ou pas, bien s’en occuper ou pas, être une vraie ( mère) ou pas ? Voilà le symptôme le plus évident et alarmant du statu quo. On n’arrive toujours pas à dissocier femme de mère. Mais ne nous berçons pas d’illusion, on n’y est jamais arrivé. On confond loi Veil et autres libéralisations de l’avortement avec la faculté de se vider l’esprit de l’association femme / mère. Le jour où on ne demandera plus à une femme si elle est mère, alors on aura enfin avancé. Le jour où on osera poser la bonne question : « Pourquoi avez vous des enfants ? » avec cet air réprobateur qui accompagne généralement le « Comment ça se fait que vous n’ayiez pas d’enfant ? », alors on commencera à sortir de l’auberge. C’est pourtant une réalité, cachée, il y a un pourcentage de femmes de plus en plus élevé qui ne veut pas d’enfants et qui n’en a pas. Il y a même des sites sur internet, qui proclament la fierté du « no kid », qui s’interrogent sur le délire qui consiste à avoir des enfants.

Tout ça pour dire que les lois, c’est indispensable, mais pas suffisant. Aucune loi ne pourra proclamer qu’une femme c’est une femme. Accessoirement une mère, tout comme un homme , c’est un homme, accessoirement un père. Nous avons fait un grand pas, nous avons des lois contre les discriminations sexistes. En quarante ans, nous avons plus avancé qu’en des millénaires. Mais reste le plus résistant, le noyau dur : la mentalité. Même les féministes n’y peuvent pas grand chose. Elles mobilisent leurs faibles forces pour consolider les acquis ou s’épuisent à dénoncer le danger de l’idéologie islamiste. La contagion de ces idées rétrogrades nuit à notre libération. Ils jouent sur du velours, ceux là, ils appuient là où c’est sensible, dans cette zone du cerveau reptilien, où sont tapis les archaïsmes, la femme préhistorique, traînée par les cheveux et autres projections. Probable que la femme préhistorique n’a jamais été traînée par les cheveux, elle participait bien trop à la vie de la communauté pour que ça traverse les esprits de l’époque.

Oui, le chemin est encore long, où l’humanité marchera sur ses deux jambes. Chacun/e à son rythme propre, pas seulement au pas cadencé de l’espèce.

Anne Zelensky

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