Feminisme et laicité : des alliés naturels

Publié le 21 octobre 2007 - par
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Les affaires de voile ont le mérite d’avoir révélé deux évidences, jusqu’alors tacites. La première : il n’allait plus de soi d’être laïque, dans un environnement réinvesti par les religions. Voila qui nous a amené à renouveler notre réflexion sur la laïcité. La seconde : le féminisme et la laïcité avaient étroitement partie liée. Et pour la première fois dans l’histoire, ces deux courants se sont alliés en 2003.

Les trois religions monothéistes sont en effet des relais du système patriarcal, elles consacrent la supériorité des hommes et l’exclusion des femmes. Tout ce qui desserre l’emprise de ces appareils à fantasmes machistes – la laïcité y contribue – est favorable à l’émancipation des femmes et de l’humanité en général.

Ainsi la loi Jules Ferry qui a créé l’école gratuite, obligatoire et laïque pour les deux sexes et dans les mêmes conditions, a mis fin au monopole de l’Eglise catholique sur l’éducation des filles .

Féminisme et laïcité sont issus du même terreau. Ils sont enfants des Lumières et de la Révolution. Ils parient sur la Raison et se défient de la Foi, croient que le salut se conquiert ici et maintenant et luttent pour faire abattre les murs de la domination.

Ils sont amis de la Loi, qui bat en brèche l’emprise de la Coutume, où règne la loi du plus fort. Chaque droit arraché pour plus d’égalité et de neutralité élargit la séparation du public et du privé et fait reculer l’obscurantisme.

Compagnons de route donc. Agents de civilisation, qui travaillent à émanciper l’individu des tutelles et à fabriquer des citoyenn/e/s. Les relations entre les deux sont encore peu investiguées. Les féministes dans leur majorité ont été et sont laïques, dans la mesure où elles ont produit une critique sans concession de toute pensée religieuse, propice à la soumission des femmes. Mais il y a eu et il y a aussi des féministes catholiques et protestantes qui ont cherché et cherchent à faire évoluer les religions du dedans.

« Leur apport critique concerne autant le savoir théologique que la religion dans sa dimension culturelle et symbolique ». (Le Siècle des féminismes » Ed. de l’Atelier. 2003.)
L’inverse n’est pas aussi clair. Les tenants de la laïcité n’ont pas toujours été égalitaires. Sous la III e République, l’enseignement secondaire créé pour les filles en 1880, proposait des programmes différents de ceux des garçons. Il faudra attendre 1924 pour que les filles puissent passer le même bac que les garçons et accéder sans entrave à l’université. Le combat pour plus d’égalité na donc pas épargné le champ de la laïcité.

Longtemps, laïcité et féminisme ont donc emprunté des chemins parallèles. C’est autour d’un symbole sexiste de l’intégrisme religieux, le voile, qu’ils se sont rejoints concrètement. Première dans l’histoire. Cette alliance a donné naissance en 2003, à une association : la CFL (Coordination féministe et laïque). Elle regroupait des féministes, partisanes déclarées de la loi contre les signes religieux, et des militant/es laïques. Elle a fait preuve d’une vitalité prometteuse, à travers manifestations et prises de position. Mais comme toute initiative pionnière, elle n’a pas réussi à mobiliser durablement. Les idées neuves connaissent toujours le même sort : elles sont portées par une minorité, incomprises de la majorité qui s’empressera de les adopter plus tard, comme si elles allaient de soi. On peut donc parier sur l’avenir des alliances entre féministes et laïcs, au delà de leurs divergences internes. Pour l’heure, celles ci ont été plus fortes que la nécessité de regrouper des forces complémentaires.

L’enjeu est de taille : il s’agit de confirmer et renforcer les valeurs humanistes que portent ces deux piliers de l’idéal républicain, au moment où plane la menace d’un retour à l’obscurantisme. On a longtemps enseigné à l’école des principes de morale. Nous avons connu les cours d’instruction civique au lycée, malheureusement abandonnés, puis repris sous une autre forme. Nous devons nous inscrire dans ce sillon. A nous de préciser le contenu et les contours d’une éthique laïque, qui offrirait une alternative sérieuse à la tentation du religieux.

Celle ci, sous ses formes les plus extrêmes, témoigne d’un profond malaise dans la civilisation. Elle s’explique notamment par la faillite des idéologies matérialistes – communisme et capitalisme – à répondre au besoin de spiritualité de l’être humain. L’homme ne vit pas que de pain, la consommation et la technique ne sauraient donner un sens à la vie et combler le désir de transcendance. Le recours au religieux est un signe de ce désarroi et de cette angoisse crée par le vide de nos sociétés, incapables d’ y apporter de réponse. Dans le même temps on note en Occident, une désaffection par rapport à la religion comme pratique.

L’humanité a grandi. Elle est passée par les expériences des Lumières et de la démocratie. Les réponses simplistes des religions ne sont plus adaptées à sa demande. Les fables rassurantes que proposent les religions ancrent l’homme dans un infantilisme consternant. Elles appartiennent au passé de l’humanité, même si elles connaissent un regain qu’on souhaite ponctuel. Sachons lever le nez au dessus de l’événement. Si on regarde le cheminement de notre espèce sur le long terme, la tendance est au recul de la pensée magique. Le spirituel et le sacré ont en effet été longtemps le monopole des religions.

Mais depuis 1789, la voie est ouverte à d’autres chemins porteurs de sens, qui offrent à l’homme la perspective difficile de la réflexion et de l’autonomie. La recherche de spiritualité ne se confond plus avec la croyance religieuse. On peut croire en la capacité de perfection de l’être humain, sans croire en dieu, on peut pratiquer la compassion et la sagesse sans avoir besoin d’une référence divine.

C’est ce sillon que doivent creuser de concert féminisme et laïcité. Leur apparition est toute récente dans la civilisation humaine. A peine deux siècles, alors que les religions ont derrière elles un passé millénaire. Mais ils signalent la fin de leur suprématie, car ils sont porteurs d’une éthique émancipatrice. Ils croient l’être humain capable de continuer sur la voie de l’hominisation et de poursuivre inlassablement son effort de redressement. Ils préfèrent à l’homme prosterné, idéal des religions, un homme qui tente de rester debout.

La laïcité n’a rien à gagner à transiger avec ses principes fondateurs, qui protègent la neutralité de l’espace public. Garante de la liberté de chacun, elle ne saurait admettre qu’au nom d’une liberté dévoyée, on affiche des signes d’appartenance à une religion et à une idéologie contraires aux idéaux républicains. Parachever, affermir la conquête historique que représente la loi de 1905, voilà le but. Cela implique un travail pédagogique à l’école et avec la population, et l’invention de cadres et de rites laïcs. Ils se mettent déjà en place, à travers des cérémonies qui accompagnent par exemple le divorce. Celui ci n’est plus considéré comme la faillite du couple – optique héritée d’une conception religieuse de la famille – mais comme un nouveau départ.

Oui, les affaires de voile ont le mérite de nous rappeler que les grands chantiers ouverts à la réflexion et au progrès humains ne sont jamais clos.

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