Fitna, ou les risques de voir l’évidence traînée dans la boue

Publié le 1 avril 2008 - par
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La polémique déclenchée par la sortie, sur Internet, du film Fitna est d’autant plus révélatrice de l’ islam tel qu’il tente de s’imposer à nous qu’elle fait suite à elle-même, puisqu’elle s’est déclenchée a priori, c’est-à-dire avant même la sortie du film ! Et cela en dit long sur la nature d’une religion qui, comme toutes les religions, se pose en absolu, et, plus encore, justifie, au nom de cet absolu, l’absolue barbarie. Car que voit-on dans Fitna ? Des hommes massacrant des hommes au nom de Dieu, ou, plus exactement, sous le couvert de Dieu. Le facteur déclenchant n’est, en effet, pas autre chose que telle ou telle sourate appelant au meurtre de l’infidèle. L’infidèle doit donc mourir : c’est le seul service qu’il puisse rendre à l’humanité, car en mourant, il la purifie. Mais il fait plus : il sanctifie la main qui le frappe. L’impunité du meurtre se double ici d’un titre de gloire !

J’exagère ? Alors Voltaire, à son tour, exagère lorsqu’il déclare, dans le Dictionnaire philosophique : « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? »

Le problème est que Voltaire est lucide : « Lorsqu’une fois le fanatisme a gangréné un cerveau – poursuit-il – la maladie est presque incurable ». Cette maladie, c’est la « peste des âmes ». Or, « les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux ilnfectés… C’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre ». (« Fanatisme », section 2)

La terrible actualité du texte de Voltaire demande qu’on s’arrête un instant sur les mots : avoir de l’enthousiasme, c’est avoir un Dieu (theos) intérieur (en). L’enthousiasmos grec est un « transport divin ». Dieu Lui-même s’emporte ! Mais sa colère est divine. Elle est donc juste : c’est la morale ! Dès lors, comment ne pas lui obéir ? Dans l’islam, celui qui n’obéit pas à Dieu est infidèle : il n’a pas la foi (in, privatif, et fides, foi). Voilà pourquoi, dans l’islam – et dans l’islam seul ! – il y a les croyants, c’est-à-dire les musulmans (de l’arabe moslem, qui signifie fidèle, croyant), et les incroyants ou infidèles, encore appelés mécréants ! Bref, il y a deux humanités : la vraie, qui vit selon la Parole, et la fausse, qui est sans Parole ! Qui donc ferait confiance à une humanité sans Parole ? Et comment ne pas avoir confiance en une humanité de Parole ? N’est-ce pas la Parole qui éclaire ? Préférons-nous vivre dans l’obscurité ou dans la Lumière ?

Qui a compris cela a compris qu’avec une machinerie terminologique aussi efficace, on peut faire la guerre avec le sourire, c’est-à-dire avec la bénédiction de Dieu ! Fitna ne montre pas autre chose. Aucun des faits qu’il met sous nos yeux ne peut être nié, sauf à être négationniste. Les images proposées tiennent lieu de commentaires. Quelques mises en garde verbales apparaissent à la fin du film, et brillent par leur sobriété. Que disent-elles ? Que nous devons nous protéger contre une islamisation devenue visible et qui, désormais, nous menace de l’intérieur. Qui peut s’inscrire en faux contre cette évidence ?

J’entends cependant les inévitables objections, car l’évidence des faits ne saurait être évidente pour tous ! Et parmi ces objections, il en est deux qui reviennent sans cesse : l’amalgame et la récupération. Allons-y donc !

L’ « amalgame » désigne un « mélange d’éléments différents qui ne s’accordent guère ». C’est aussi la « méthode consistant à englober artificiellement, en exploitant un point commun, diverses formations ou attitudes politiques ». Si j’en crois ces deux définitions, le chevauchement « islam/islamisme » relève d’un amalgame « intolérable » ! Mais sans l’islam, que serait l’islamisme ? Quand il y a islamisme, n’y a-t-il plus d’islam ? Et s’il n’y a plus d’islam, pour quoi parle-t-on d’islamisme ? Que disent donc les faits dénoncés par Fitna ? Est-ce leur dénonciation qui est intolérable, ou les faits eux-mêmes ?

J’ai vu, pour ma part, le 18 février 2006, sur Euronews, plus de 25 000 musulmans londoniens, en costume traditionnel, brandir des pancartes sur lesquelles on pouvait lire notamment : « War on terror is war on islam ». Mais j’ai dû rêver !

De même, j’ai appris que le groupe islamiste Al-Muhajiroun, dirigé par le Syrien Moar Bakri, commémore chaque année l’anniversaire des attentats du 11 septembre, rappelant, à cette occasion, que « le terrorisme est obligatoire en islam » ou, si l’on préfère, que la violence « fait partie de l’islam ». Là aussi, j’ai dû rêver.

Recep Tayyip Erdogan, Premier ministre turc, aime réciter de temps à autre un poème dans lequel les « minarets » sont comparés à des « baïonnettes », les « mosquées » à des « casernes » et les « croyants » à des « soldats » – ce qui revient à « ne pas dissocier l’islam de la guerre », comme le dit si bien le cheikh Youssef al-Qaradawi. Une fois de plus, j’ai dû faire un mauvais rêve.

Je ne rêve guère, en revanche, lorsque j’écoute la Bangladaise Taslima Nasreen, dont la lutte pour la libération des femmes musulmanes lui vaut, depuis le 24 septembre 1993, une fatwa de mort du Conseil des soldats de l’islam : « Par le biais de l’écriture – déclarait-elle lors d’une conférence donnée le 20 octobre 2004, à la librairie parisienne Violette and Co, – je voulais (…) aider les musulmanes à comprendre qu’elles sont opprimées (…). Cela a rendu furieux les religieux (…). Les extrémistes ont envahi les rédactions des journaux, ils ont poursuivi mes éditeurs ainsi que moi-même. Ils ont exigé mon exécution par pendaison (…). Au lieu de prendre des mesures contre eux, le gouvernement s’est retourné contre moi. Il m’a poursuivie en justice pour le motif que j’avais heurté les sentiments religieux de la population (…). Chaque jour, des foules défilaient pour exiger ma mise à mort et la police me recherchait activement (…). Je n’ai eu d’autre choix que d’entrer dans la clandestinité ». (Le passé n’est pas un pays étranger)

Je rêve encore moins en découvrant la Déclaration islamique d’Alija Izetbegović – publiée clandestinement à Sarajevo en 1970 – dans laquelle l’ancien Président bosniaque affirme qu’« il ne peut pas y avoir de paix ou de coexistence entre la foi islamique et les institutions sociales et politiques non islamiques ».

Je ne rêve plus en prenant connaissance des Principes politiques, philosophiques, sociaux et religieux de l’ayatollah Khomeiny, pour qui « la guerre sainte signifie la conquête des territoires non musulmans (…). Il sera alors du devoir de tout homme majeur et valide – précise-t-il – de se porter volontaire dans cette guerre de conquête dont le but final est de faire régner la loi coranique d’un bout à l’autre de la Terre ».

Quant à la notion de « récupération » – prise évidemment dans son acception politique – elle désigne l’acte par lequel on « détourne de son sens, à des fins d’annexion, tel mouvement social ou telle opinion, voire telle personne ou tel groupe de personnes, à l’origine autonomes ». Soit ! Mais lorsque Laurent Gerra donne libre cours à ses audaces politico-verbales, fait-il de la récupération ? Lorsque Valéry Giscard d’Estaing lance le concept d’« immigration-invasion », est-il extrémiste ? Lorsque Monseigneur Biffi, archevêque de Bologne, demande à l’Etat italien de « gérer l’immigration de manière à sauvegarder l’identité nationale » du pays d’accueil, et que le cardinal Poupard qualifie l’islam de « totalitaire », font-ils le jeu de l’extrême droite ? Lorsque Georges Frêche, maire de Montpellier, révèle que l’intégration des citoyens d’origine maghrébine « est de moins en moins réussie », un tel échec constituant « la plus grande menace intérieure pour notre avenir », a-t-il renoncé à ses convictions d’homme de gauche ? Lorsque Jacques Julliard voit « la France en pièces communautaires », appelle-t-il de ses vœux un nouveau 21 avril ?

Je crois, au contraire, qu’une liberté d’expression capable de traduire ce que des êtres humains ressentent profondément – et c’est bien le cas du film de Geert Wilders eu égard aux Européens – est un service rendu à ceux qui cherchent des éléments de réponse à des problèmes fondamentaux. Sans quoi, il faut condamner le célèbre « Ecrasons l’infâme ! » de Voltaire, ou le non moins célèbre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », de Marx et Engels, ces deux mots d’ordre étant, qu’on le veuille ou non, des appels à l’extrémisme politique.

L’extrémisme, certes, est un des dangers majeurs de ce monde, et le danger doit nous tenir éveillés. Or, à venir de l’islam, pourquoi ce danger serait-il moindre ? Parce qu’il émanerait non d’une politique mais d’une religion ? Une religion serait-elle au-delà de tout soupçon par le seul fait qu’elle est « religieuse », ou « sacrée », et par suite « intouchable » ? Mais alors pourquoi parle-t-on avec autant d’insistance de l’islam dans la presse française et européenne, plutôt que des autres religions ? N’est-ce pas parce que le dogme islamique heurte, dans son essence même, ce que nous sommes politiquement, et dont nous sommes sûrs au point d’en faire Déclaration ? Et en quoi consiste ce heurt sinon dans le refus des valeurs occidentales, que d’aucuns voudraient voir remplacées par la Charia ? La Charia n’a-t-elle pas vocation à régir tous les aspects de la morale individuelle, collective, sociale et politique de quelque être humain que ce soit ?

Or, la Charia ne plaisante pas : qu’un chrétien tue son prochain, croyant ou non, et le voilà en contradiction avec les enseignements de l’Evangile ; mais qu’un musulman tue un infidèle, et le voilà en accord avec l’esprit et la lettre du Coran.

Ce péril est dans nos murs, aggravé par la distorsion croissante entre les courbes démographiques chrétienne et musulmane : la première s’abaisse ; la seconde monte en flèche, le chiffre de la population musulmane dans le monde étant passé de 400 millions en 1983 à près de 2 milliards en 2008. Devant un tel constat, nous ne pouvons pas rester les bras croisés, pas plus que nous ne pouvons être amnésiques sur les rapports, souvent violents, qu’ont entretenus l’Europe et l’Islam : que ceux qui en doutent aient l’amabilité de relire l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, de Voltaire !

Il reste que j’ignore les mesures à prendre – qui seraient humainement irréprochables, bien entendu – pour juguler ce danger. Mais je sais, comme Geert Wilders, que ce n’est pas aux valeurs européennes de s’adapter aux musulmans qui ont décidé de vivre en Europe : c’est à ces derniers de s’adapter aux valeurs européennes.

Maurice Vidal

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