G20, sommet de l’OTAN : un monde qui change

Publié le 6 avril 2009 - par
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Cette première semaine du mois d’avril 2009 restera dans l’histoire. N’en déplaise aux Cassandres et autres grincheux, ce qui s’est passé la semaine dernière tourne le dos aux trente dernières années d’ultralibéralisme dominée par la loi du marché et pour les huit dernières années par la violence guerrière de l’hyperpuissance.

Trente ans après le lancement de la politique de l’ultra libéralisme théorisée par Milton Friedman et mise en œuvre par Ronald Reagan et Margareth Tacher, les chefs d’État des 20 Etats les plus importants ont voulu reprendre en main la direction de l’économie du monde.
Face à la crise financière dans laquelle nous ont précipité les dirigeants des banques américaines sans scrupule, les traders avides de gains monstrueux, les spéculateurs de tout poil jouant les règles des paradis fiscaux, le G 20 a donné le signal d’un retour à un monde plus censé où la finance ne sera plus totalement hors contrôle agissant comme la marionnette des guignols sur Canal + ? de Monsieur Sylvestre de la World compagnie dans le cynisme le plus absolu.

Le règne de l’argent roi et des inégalités scandaleuses, passées d’un rapport de 1à 20 à 1 à 250 aux États-Unis – encore ne parle –t-on que des salaires et non des revenus- va peut- être revenir à des paramètres plus sages et plus raisonnables. En tous les cas, tel était le message qu’ont voulu affirmer les dirigeants de ces 20 pays. Des décisions inimaginables ne serait-ce qu’il y a six mois ont été prises à l’unanimité comme la décision de d’établir de nouvelles règles sur les salaires et les bonus dans les banques qui devront être liés aux performances des entreprises ou supprimés en cas de mauvais résultats, le contrôle des banques des hedges founds jusqu’aux assurances, la dénonciation des paradis fiscaux …

Certes, les septiques feront la moue trouvant comme toujours que ce n’est pas assez, que cela ne règle rien. Il est vrai que pour ceux qui prônent le socialisme dans un seul pays, le G 20 n’a ni aboli le capitalisme, ni décrété la dictature du prolétariat, ni annoncé la création des États soviétiques et socialiste d’Amérique.

D’autres, sont assez chagrins de voir l’ultralibéralisme recadré. On ne peut que constater d’ailleurs qu’il est bien difficile de faire boire un âne qui n’a pas soif comme de demander à ceux qui ont tant et tant vanté ce système économique de trouver les pistes pour le réformer. Ils tenaient le haut du pavé, professeurs d’économie à Dauphine ou à Sciences-po, commentateurs spécialisés sur les médias qui ont tenté de nous endoctriner pendant de trop longues années en nous assénant que la mondialisation était inévitable, tout comme les délocalisations, que le marché avait toujours raison et qui ne trouvaient rien de choquant à ce que le traité européen affirme dans son préambule que le premier objectif de l’Europe est la concurrence pure et parfaite. Ceux qui souhaitaient défendre une politique économique d’orientation plus keynésienne avaient depuis longtemps été mis au placard comme Aglietta, auquel fort bien inspiré, le Conseil d’analyse stratégique avait donné la parole lors d’un séminaire qui, dès avril 2008, avait démontré l’arrivée imminente de la crise financière due aux subprimes et aux hedges fund.

De même, tous ceux qui ont exercé des responsabilités dans les institutions financières et ont abondamment profité de ces revenus colossaux ont bien du mal à adopter une attitude plus raisonnable. Il a fallu que le gouvernement tape du poing sur la table pour que les patrons du CAC 40, les dirigeants des banques sortent les doigts du pot de confiture et abandonnent à regret les bonus et autres parachutes dorés. Mais ils ont du mal. Le sort des travailleurs est le cadet de leur souci.

Après trente ans d’impunité où ils ont pu faire ce que bon leur semblait, ils ont bien du mal à retrouver la raison et à retomber dans l’univers des mortels. Certains, pourtant opèrent un brusque volte face – on se pince pour le croire. Ainsi l’Institut Montaigne, chantre de l’ultra libéralisme a-t-il découvert la semaine dernière les intérêts d’un capitalisme contrôlé. On croit rêver ! A moins que ce brutal revirement soit inspiré par des voix venues d’ailleurs ?

En fait, on a voulu nous faire croire que la science économique était une science exacte à grand renfort de formules mathématiques plus abscondes les unes que les autres. En réalité, l’économie relève beaucoup plus de psychologie et de phénomènes de confiance. C’est un peu comme au poker, et même au poker menteur. Si on joue la croissance, tout le monde marche. En revanche, la défiance, la morosité se traduisent par des déficits. Mais les motifs de confiance ne sont pas ceux des communs des mortels. Ainsi, il n’y a pas si longtemps quand aux Etats-unis le chômage était à la baisse les indices boursiers s’affichaient en berne car qui disait baisse du chômage disait revendication salariale et ça les boursiers ils n’aiment pas trop.

C’est pourquoi, l’essentiel dans ce sommet du G20 n’est pas tant dans les décisions adoptées qui sont néanmoins importantes que dans le signal d’une volonté politique de reprendre les rênes de l’économie. Car les décisions du G20 ne vont pas se traduire pas un arrêt immédiat de la crise que le monde traverse aujourd’hui. Il n’y a pas de baguette magique. Mais en tout état de cause le G20 a mis un premier coup d’arrêt à une politique qui se voulait au delà des États nations, au delà des intérêts des peuples, au profit d’une oligarchie mondialisée, remake de l’ancienne aristocratie pillant les richesses à son seul profit. Si l’économie mondiale peut repartir sur de nouvelles orientations, il y a tout lieu de s’en réjouir. Maintenant, il faut que la mise en œuvre de cette politique poursuive d’autres fins. Ainsi, Dominique Strauss Kahn à la tête du FMI dont les fonds vont tripler va-t-il continuer, au prétexte de les sauver, à étrangler les États en les obligeant à réduire les dépenses des politiques publiques comme il l’a imposé en Hongrie par exemple ?

Dans les pays africains, la réduction drastique du nombre de fonctionnaires imposée par la BIRD s’est traduit par une destruction des couches moyennes qui pouvaient développer un marché intérieur et par là le développement d’une économie locale. De plus, la réduction des fonctionnaires a détruit les bases d’un appareil d’État, entraîné le recul de la scolarisation et de l’alphabétisation et favorisé le développement de la violence et de la corruption.

Quant à Pascal Lamy qui continue contre vents et marées à défendre le commerce mondial sans entrave, va-t-il enfin admettre que l’absence de règles de protection des marchés émergeants contribue à la destruction de l’agriculture et au commerce et provoque l’exode rural ; l’immigration clandestine. S’il reste encore un dogme auquel il faut tordre le cou, c’est bien celui là. Il faut instaurer des zones de protection pour défendre la production agricole et industrielle afin de sauvegarder les emplois et les revenus. Les Américains qui croyaient inonder la Chine de leurs produits pour régler leur crise de surproduction, se sont fait finalement envahir par les produits bon marché fabriqués par une main d’œuvre chinoise exploitée. Seuls les spéculateurs en ont profité.

Il importe maintenant de poursuivre l’effort pour redonner au monde des règles équilibrées fondées sur la production de richesse et non sur la spéculation. Ainsi serait-il tout à fait souhaitable de fixer pour les matières premières un juste prix pouvant fluctuer en fonction de l’offre et de la demande, encadré par un prix plafond et un prix plancher qui permettent à la fois aux pays producteurs d’avoir des revenus garantis et aux pays consommateurs d’équilibrer leurs dépenses. A titre d’illustration, si le prix du baril de pétrole a tant augmenté en 2008, c’est moins la responsabilité des pays de l’OPEP que de celle des spéculateurs. C’est d’ailleurs cette augmentation excessive du pétrole qui a largement contribué à la crise de l’industrie automobile, qui elle même nourrit l’inquiétude. Pour sortir de ces jeux spéculatifs, il faut revenir à une économie régulée, stabilisée qui permette une croissance équilibrée. Remarquons également dans ces bouleversements de ce mois d’avril, la volonté affichée par le président américain d’accepter d’entrer dans le processus de Kyoto et enfin de se préoccuper du développement durable.

Au delà des questions économiques, le G 20 suivi du sommet de l’OTAN ont fourni l’occasion de réelles avancées dans le domaine international. Barack Obama a montré sur de nombreux points une rupture salutaire avec son prédécesseur : proposition de renouer le dialogue avec l’Iran, avec la Chine, avec la Russie jetant ainsi les bases d’une gestion multipolaire de la planète. Avec Cuba, des nouvelles relations sont annoncées qui pourraient mettre fin à l’embargo dont ont souffert les Cubains sans apporter le moindre assouplissement du point de vue démocratique. Dejà, le seul fait que le G 8 soit passé, notamment sous l’influence de Nicolas Sarkozy, à un G 20 lors de la première réunion à Washington en s’ouvrant aux pays émergents est un point positif. Mais le discours mais aussi le style de Barack Obama ouvre l’espoir d’une période où la force ne serait plus la seule voie. Medvedev a répondu favorablement à cette possibilité et pour l’humanité entière, c’est un changement qui redonne espoir.

Certains pourront trouver excessive cet enthousiasme, cette adulation qui l’entoure mais personne ne pourrait nier la dimension personnelle de Barack Obama, son charisme, cette prestance, cette simplicité qui redonne sens à la politique. Il n’y a pas de démocratie quand les dirigeants politiques se contentent de gérer au jour le jour, sans programme, sans ambition, surfant sur les sondages, allant dans le sens de l’opinion. Il faut saluer les hommes courageux qui au lieu de subir avec fatalité l’évolution du monde et dire comme Lionel Jospin « que l’État ne peut pas tout faire », osent mouiller la chemise, aller contre la bien pensance et défendent leurs idées et leurs convictions. S’ils se trompent, s’ils échouent les échéances électorales seront là pour les sanctionner. C’est le jeu de la démocratie. Mais en attendant au plus fort de la crise, et devant des événements dont l’enjeu apparaît capital, il serait souhaitable d’encourager les capitaines et de ne pas jouer les éternels pisse vinaigre.

En marge de ces événements, il faut également dénoncer sans la moindre ambigüité les énergumènes qui n’ont comme seul mode d’expression la violence la plus primaire à Londres, Strasbourg, à Ajaccio ou encore à Athènes. Cette violence brute, dirigée contre les forces de l’ordre est l’expression du nihilisme dans sa forme la plus barbare. Elle n’a contrairement à ce qu’a déclaré Olivier Besancenot aucune excuse, aucune légitimité. Elle n’apporte aucune réponse politique et ne joue que sur la destruction. La condamnation doit être totale car elle s’inscrit dans la négation de la démocratie. Alors qu’en ce printemps 2009, à l’heure ou Obama plaide pour un monde sans arme nucléaire et où le monde esquisse une réorientation porteuse d’espoir, certains à l’instar des islamistes et de tous les extrémistes choisissent la stratégie de la violence, le sang et la mort. La démocratie, la République doivent être défendues sans le moindre atermoiement contre ces barbares.

Gabrielle Desarbres

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