Georges Frêche est un des derniers hommes politiques non aseptisé

Publié le 1 février 2010 - par
Share

Tel que je l’avais écrit dans un précédent article, je juge scandaleuse la chasse à l’homme dont est victime Georges Frêche. Hier, il était un sale raciste islamophobe. Aujourd’hui, l’homme politique de gauche le plus proche de l’Etat d’Israêl se voit suspecter d’antisémitisme ! Toute cette hypocrisie m’écoeure ! Ces prétendus humanistes, de droite comme de gauche, salissent l’honneur d’un homme. C’est très grave.

Jeanne Bourdillon partage cet avis. Toutefois, je n’acquiesce pas à l’ensemble de sa contribution

Concernant Georges Frêche, Jeanne souligne qu’il avait financé indirectement un lieu de culte musulman. Je ne conteste pas ce fait. Néanmoins, force est de constater que le Président de la région Languedoc-Roussillon est l’un des rares hommes politiques à rappeler les valeurs républicaines dans ses discours. Il y a de cela quelques années, il eut le courage de qualifier, lors d’une séance du conseil municipal de Montpellier, de « tarés » les supporters de football qui sifflaient l’hymne national de notre pays, en précisant à juste titre : « ceux qui n’aiment pas le drapeau tricolore et la République n’ont qu’à se tirer ! ». Quant aux femmes voilées, il n’a jamais hésité à dénoncer publiquement leur accoutrement. Enfin, à propos de l’Islam et de l’emprise de cette religion, il déclara en 2002 :  » Ils (à propos des croyants revendicatifs) ne vont pas vouloir maintenant nous imposer leur religion ! Ceux qui ne veulent pas respecter nos valeurs, qu’ils rentrent chez eux ! ».

Ensuite, je n’ai pas la même vision des choses sur le prétendu acharnement contre notre « pauvre » Sarkozy. Si Frêche s’était aventuré à dire que le chef de l’Etat n’avait pas « une tronche très catholique », il ne fait nul doute que la bien-pensance de droite et de gauche aurait réagi aussi vivement ! Regardez ce qui arriva à Siné après ses commentaires sur le fils… SARKOZY ! D’ailleurs, chère Jeanne, vous attaquez la bien-pensance de gauche, mais vous oubliez de commenter les réactions hypocrites de la droite. Voilà que celle-ci, par le biais notamment du faquin Lefebvre et du doucereux Bertrand, s’offusque, s’indigne des propos de Frêche. La blague d’Hortefeux sur les « Auvergnats » serait défendable, les commentaires de Morano sur les jeunes à casquette également, les propos homophobes de Vanneste seraient plus ou moins tolérés, MAIS une expression française employée par Frêche doit conduire à sa mise à mort politique ! Tout cela n’est pas sérieux ! Cette pensée unique n’est pas l’apanage de la gauche, elle est exercée par l’immense majorité du monde politique, économique, médiatique, culturel, de « droite » comme de « gauche ». Ces élites communient ensemble dans le conformisme le plus hypocrite.

Selon vous, Jeanne, Sarkozy aurait été victime d’un odieux lynchage durant la campagne présidentielle ! Mais que devrait-on dire du traitement infligé à Ségolène Royal ? Elle était dépeinte telle une cruche, une idiote, une incompétente, une Bécassine en puissance, une femme sans idée, une hystérique. Certains sont allés jusqu’à prouver qu’elle avait subi une opération de chirurgie esthétique ! C’est classe, n’est-ce pas ? Lorsqu’elle proposa l’idée d’arborer le drapeau français le jour de la fête nationale, que n’entendit-on pas, à gauche et à DROITE ! Régulièrement, les média s’amusaient à nous ressasser sa « bravitude » ou nous rappeler le fait qu’elle ne connaissait pas le nombre de sous-marins nucléaires que possédait la France. On ne fit pas tant d’histoire avec toutes les fautes de français faites par Sarkozy, ni sur son incapacité à dire si Al Qaïda était un mouvement chiite ou sunnite. Bref, c’est de la politique. Mais par pitié, ne victimisez pas l’actuel hôte de l’Elysée.

Pour appuyer votre thèse de la victimisation du Président de la République, vous nous parlez de l’affaire de ce malheureux sms qu’aurait envoyé Sarkozy à son ex-épouse et qui fut publié, en 2007, dans le NouvelObs. Or, Sarkozy a passé son temps à exposer vie privée à l’ensemble des Français. Il a grandement participé à la « pipolisation » de la vie politique. Ce risque assumé conduisit à l’impolitesse et l’outrecuidance d’un journaliste qui s’égara dans la voie de la presse « pipolitique »…

Sous-entendre que Sarkozy serait victime d’un lynchage médiatique me fait sourire. Le Point, Le Figaro, L’Express, TF1, France 2, France 3, Michel Denisot le « grand » journaliste de CANAL +, I-Télé, BFM, RTL (et tant d’autres) seraient ainsi antisarkozystes ? J’avoue ne pas partager la même analyse. Sarkozy est même injustement ingrat à leur égard. Voyez de quelle façon il humilia Laurence Ferrari après que celle-ci lui eut posé une question sur la rémunération de Proglio. Sacrés journalistes, quand bien même ils dégoulinent de fadeur et d’obséquiosité, le Président les méprise ouvertement !

Cette même presse n’hésite pas, en revanche, à cibler ses commentaires sur les « bisbilles » et les « clash » qui ponctuent les aléas du PS. Lorsqu’un élu socialiste est invité sur un plateau de télévision, les questions portent sempiternellement sur les tensions au sein du parti, histoire de bien le décrédibilser aux yeux des Français ! Mais il est vrai que certains socialistes sont « à la mode ». Martine Aubry, DSK, Moscovici ou Manuel Valls sont très appréciés des journalistes. Tous incarnent le conformisme ambiant : européistes, antiracistes (selon l’acception particulière donnée à cette notion), libéraux (avec un zest de social), « pragmatiques » et « réformistes » ou encore favorables à une discrimination positive déguisée. En d’autres termes, du sarkozysme de « gauche » qui ne dérange pas.

Personne ne s’étonnera de voir les bien-pensants soutenir Fabius : l’ex-premier ministre est rentré « dans le rang ». En 2005, il était persona non grata. Martine Aubry ne voulait même plus lui adresser la parole ! Prendre position contre le TCE, c’était prendre position contre le Système. Aujourd’hui, Fabius s’est de nouveau assagi. Martine est redevenue sa grande copine.

Du NPA à l’UMP, en passant par les Verts, le PS et le Nouveau Centre, tout l’establishment sociétalement conformiste nous serine une indignation factice. Ce qui se joue en Languedoc-Roussillon, c’est le combat de la politique authentique – avec ses qualités et ses défauts – CONTRE la politique aseptisée. C’est la lutte d’un des derniers représentants de la politique traditionnelle contre l’hégémonie bien-pensante.

Stanislas Geyler

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.