Gomorra, film italien réalisé par Matteo Garrone

Publié le 26 août 2008 - par - 252 vues
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« Voir Naples et mourir ». Cela peut se produire si votre chemin croise malencontreusement celui de la Camorra, la mafia napolitaine.
C’est ce que Roberto Saviano a démontré dans son livre « Gomorra », brillamment adapté pour le cinéma par Matteo Garrone.
Vous n’y verrez ni la côte amalfitaine, ni Capri, ni le Vésuve.
Vous serez frappés par la misère et la laideur des cités délabrées où règnent délinquance, échec scolaire, misère intellectuelle et où les « camorristi » contrôlent tout.

Un jeune adolescent peut être admis dans la grande famille, gérée par l’ «Oncle », après un rite initiatique. On lui tire dessus avec un revolver. Il n’a que le torse protégé par quelque chose qui ressemble très vaguement à un gilet pare-balles.
Quand on fait partie de la grande famille, on n’a pas le droit de la trahir. Ceux qui s’y essayent y perdent la vie.

En revanche, la Camorra se montre reconnaissante vis-à-vis de ceux qui « travaillent » pour elle toute leur vie. Ciro apporte une petite pension à chaque camorrista désormais trop vieux pour « bosser », ou bien aux femmes dont les maris sont en prison et les jeunes fils commencent à prendre leurs marques dans ce monde parallèle. Mais gare à ceux qui veulent se soustraire à la domination du grand Oncle pour faire bande à part ! Ils se retrouvent criblés de balles.

Dans ce monde globalisé, la Camorra doit faire face à des ennemis multiples. Il y a les gangsters colombiens, qui viennent leur piquer une partie du marché de la drogue et des armes. Il y a aussi les chinois, qui ouvrent des ateliers clandestins et rivalisent avec les couturiers napolitains contrôlés par la Camorra depuis des lustres.
Un domaine semble encore être le monopole de la Camorra. C’est celui des décharges de déchets toxiques importés du nord de l’Italie, voire de l’étranger. Ceux qui sont en contact avec ces produits nauséabonds, nocifs ou mortels sont souvent de pauvres bougres venus d’Afrique et des enfants. Les accidents ne sont pas rares, mais que vaut la vie d’un clandestin ? Et que vaut la vie d’un napolitain qui travaillait dans les mêmes décharges avant l’arrivée des clandestins ? Il croupit maintenant dans son lit, cloué par le cancer. Et peu importe si les déchets toxiques rendent l’environnement insalubre et les gens y perdent la raison !
L’Etat semble inexistant, sauf quand les Carabinieri viennent sur le lieu d’un meurtre.

Peut-on jamais sortir de ce monde impitoyable, cruel et cauchemardesque ?
L’auteur y glisse une note d’espoir. On peut être dégoûté par cette exploitation des humains et cette dégradation de l’environnement , par cet appât du gain sans limites et sans morale, dire « basta », tourner le dos et commencer une nouvelle vie. Cela demande du courage, mais cela semble possible. C’est ce que deux personnages décident un jour de faire. Et s’il se retournaient pour jeter un regard sur ce lieu de malédiction, ils ne seraient pas transformés en colonnes de sel comme Loth lors de la destruction des villes de Sodome et Gomorrhe décidée par Dieu pour punir leurs habitants de leur méchanceté, leur perversion et leur dépravation.

Vous l’aurez compris, le titre du livre et du film est un jeu de mots entre Gomorrhe et Camorra.
Ce n’est pas la belle ville de Naples qu’il faut détruire, ni ses habitants, mais cette pieuvre criminelle !

Les acteurs sont crédibles. La plupart d’entre eux semblent ne pas être des professionnels. Leur dialecte et leur accent ne font pas regretter la présence des sous-titres même à une spectatrice italienne.
La musique à la fin du film est très bien choisie. Elle est irritante, crispante et angoissante à la fois. On a envie qu’elle s’arrête. Elle semble refléter la vie infernale dépeinte dans le film. On peut décider de l’arrêter en changeant de cap, de même qu’on peut décider de ne plus écouter une musique assourdissante en tournant un bouton.

Rosa Valentini

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