Grâce au ramadan, Dieu est de retour dans l’entreprise

Publié le 11 septembre 2009 - par - 534 vues

Le 27 novembre 2008, le cardinal Tauran s’extasiait, à la faculté de Théologie de Rome : « Dieu a fait son retour dans les sociétés européennes grâce aux musulmans ».

Aujourd’hui, il pourrait ajouter : « Grâce au ramadan, Dieu est de retour dans l’entreprise ».

Qui aurait pu penser, il y a vingt ans, qu’une pratique religieuse amènerait les boites à adapter leurs horaires, et la charge de travail de quelques salariés ? (1)

Salarié à la RATP, Kamel raconte, sans complexe : « On a un petit traitement de faveur, mais le boulot reste le même. Le plus pénible nous est épargné. Pour moi, pendant ce mois-là, je ne fais pas de démontage, parce que c’est assez physique. On n’a pas le droit de manger, ni de boire, et en plus il fait un peu chaud en ce moment ; c’est ça le plus dur. Plus que du favoritisme, c’est un arrangement. Je démonterai moins de moteurs ce mois-ci, mais le mois prochain, j’en démonterai un peu plus… »

Autrement dit, on demande aux salariés qui ne font pas le ramadan de faire le travail que les jeûneurs volontaires ne sont pas en état de faire, à cause de leur faiblesse physique !

Dounia Bouzar, l’anthropologue qui raconte partout qu’au nom de l’intégration et de la laïcité, la France doit accepter le voile, la burqa et le ramadan, dévoile le pot-aux-roses : « Un responsable machiniste qui s’endort sur sa machine, risque de se faire couper un bras. Alors on essaie de trouver des moyens de parer à ça : soit on échange certaines fonctions avec d’autres collègues à l’amiable, soit on échange les horaires. S’il n’y a pas de solution amiable, on peut aussi demander à poser des RTT ou des jours de congés. »

Autrement dit, les entreprises doivent s’adapter aux risques que courent des salariés qui, de leur propre choix, se présentent sur un lieu de travail sans être en état d’accomplir le travail pour lequel ils sont rémunérés. A noter que celle qui a combattu tout projet de loi sur la burqa, devant la mission parlementaire, va sortir un livre, prochainement, intitulé : « Allah a-t-il sa place dans l’entreprise ? ». Il nous étonnerait que la réponse soit non !

Pourtant, en Algérie, la productivité des entreprises baisse de 73 % pendant le ramadan. (2)

Pascal Hilout, dans une polémique vive avec Leila Babès, en 2009, évoquait le côté obscurantiste du ramadan, et les risques pour la santé de ceux qui le respectaient (3). Comment, en 2009, peut-on travailler sur un chantier, sans boire, ni manger ? Que devient la sécurité des passagers si le contrôleur aérien, ou l’aiguilleur, somnole lui aussi ? Le mécanicien qui a une productivité réduite laisse du travail supplémentaire à ses collègues mais fait aussi prendre le risque à son employeur d’effectuer incorrectement des réparations ou des révisions de freins ou de moteur, par défaut d’attention. La liste est longue des postes de travail ou les effets de semaines de ce régime nutritionnel sont une menace rélle pour la sécurité de nombreuses personnes musulmanes et non musulmanes. Les dangers ce sont aussi les conséquences pénales pour l’employeur qui aura laissé travailler à son poste, le conducteur de bus, de métro, de train, etc., en cas d’accident mortel ou mutilant?

Il est des postes où les idées sont incompatibles avec l’exercice du contrat de travail. On dit, “boire ou conduire”, avec le ramadan, ne doit-on pas dire “jeuner ou travailler”? Là où le travail non fait ne peut être reporté le mois suivant, il devra être effectué par les non-observants. Et si le nombre d’observants est important, c’est l’activité concernée qui deviendra somnolente. Les entreprises françaises, et la majorité des salariés, doivent-ils subir cela, au nom de la liberté, ou d’une conception anglo-saxonne de la laïcité ?

Relayant le discours de Dounia Bouzar et des imams, de nombreux journalistes (4) reprennent de manière compassionnelle ces informations, sans le moindre commentaire sur la gravité des faits énumérés.

Sous la pression du ramadan, le communautarisme religieux fait son retour dans le monde du travail. A cause d’un jeûne qui met en danger la santé, mais aussi parfois la vie des salariés – un ouvrier agricole est décédé, l’an passé, faute de boisson, en Italie, obligeant le gouvernement à légiférer (5) – les entreprises organisent une véritable discrimination positive, totalement contraire à la tradition française, à l’intégration, à la solidarité du monde du travail et à ses valeurs égalitaires.

Dans les années 1980, le syndicat CGT de l’automobile s’était distingué en demandant des aménagements d’horaires pendant le ramadan, ainsi que des tapis de prière.

Moi-même, syndicaliste CGT en presse, j’ai été confronté, dans les années 1985, à un salarié algérien qui jeûnait pendant le ramadan (les autres maghrébins de l’entreprise mangeaient et buvaient comme tout le monde, à l’époque). Il n’a jamais fait la moindre demande de dérogation, ni de changement d’horaire. Il savait d’ailleurs qu’il n’aurait eu aucune chance. Le grand jeu, vu que ce camarade avait souvent besoin d’argent, était de lui dire, sous forme de gentille provocation, qu’on ne lui ferait pas faire d’heures supplémentaires, durant le mois du ramadan, pour qu’il puisse mieux se reposer. La colère était au rendez-vous, à chaque fois, cela démarrait au quart de tour ! Ses camarades respectaient son choix religieux, à condition de ne pas en subir les conséquences. Ils ne se privaient pas, par ailleurs, pour dire à ce camarade que cette pratique d’un autre âge les dépassait.

Commentant un livre que j’ai eu le plaisir d’écrire avec la journaliste Isabelle Repiton, « Touche pas au plomb » (éditions Le temps des Cerises), Christine Tasin écrivait ceci : “Deux passages, dans le témoignage de Pierre Cassen, m’ont particulièrement interpellée, ceux qui concernent les deux femmes typographes, qui, sous prétexte qu’elles étaient mères (et même chefs) de famille, avaient essayé de refuser les horaires habituels de travail. En 2008, nous avons tellement pris l’habitude de la compréhension, de la compassion, de l’intérêt de l’individu, que, à priori, leur demande paraît normale. Patatras, la réponse donnée : ” ta vie personnelle, on n’a pas à la connaître, tu te débrouilles” nous secoue. Jamais une phrase n’a si bien résumé ce que signifie “être républicain” et pourtant c’est évident : l’égalité homme-femme ? C’est cela ; l’égalité entre les ouvriers ? C’est cela.”

Je ne sais si, vingt ans après cette anecdote, nous pourrions encore tenir ce langage, sans nous faire traiter de racistes. Je me souviens, un jour, lors d’un débat où j’intervenais, à l’invitation de Corinne Lepage, avoir dû contredire un rabbin qui défendait que l’école publique, si elle voulait demeurer laïque, devait fermer ses portes le samedi, pour permettre aux jeunes juifs de pratiquer leur culte. Je n’ai pas oublié la lecture de quelques règlements intérieurs d’entreprises, au début du 20e siècle, où une pause pour permettre la prière des ouvriers était inscrite dans le règlement intérieur.

Attendons-nous, dans la foulée, à voir augmenter les demandes de salles de prières dans les entreprises. Ne soyons pas surpris si d’autres Houria Demiati, soutenues par la Halde et son président, se battent pour que le voile islamiste devienne incontournable, sur les lieux de travail. Et attendons-nous à des revendications de jours fériés religieux nouveaux, au nom de l’égalité avec la religion catholique, comme le craignait Christine Tasin (6).

Il est évident que les accommodements raisonnables obtenus par le prosélytisme musulman, sur les lieux de travail, sont une aubaine pour les autres religions. Dans un esprit de reconquête cléricale, à leur tour, elles vont faire pression sur les employeurs pour obtenir d’autres aménagements de travail pour leurs ouailles.

Je comprends que le cardinal Tauran exulte devant ce retour de Dieu en Europe, et en France. Je comprends que les patrons, souvent marqués par le catholicisme, (7) cherchent à briser les solidarités sociales, en jouant sur le communautarisme, dont les pratiques religieuses, pour mieux diviser les ouvriers. Je comprends plus difficilement le silence des organisations syndicales, devant cette retour de Dieu dans l’entreprise, et la remise en cause, pour cause religieuse, d’un mot d’ordre syndical historique : « A travail égal, salaire égal ».

Je ne suis pas certain qu’une offensive catholique de la même ampleur aurait rencontré le même silence.

Pierre Cassen

(1) http://www.rmc.fr/edito/info/88672/les-entreprises-face-au-ramadan/

(2) http://www.courrierinternational.com/breve/2009/09/04/le-ramadan-entraine-t-il-une-baisse-de-la-productivite

(3) https://www.ripostelaique.com/Le-ramadan-est-il-une-pratique.html

(4) https://www.ripostelaique.com/Le-ramadan-une-raison-de-s-opposer.html

(5) http://www.bivouac-id.com/2009/08/14/italie-un-decret-legislatif-qui-contredit-allah/

(6) https://www.ripostelaique.com/Jours-feries-surtout-ne-changeons.html

(7) http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2007-01-16/quand-les-patrons-croient-en-dieu/916/0/1206

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