Guadeloupe : Domota est-il mandaté par tout le LKP pour tenir ses propos ridicules ?

Publié le 16 mars 2009 - par
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Le collectif « LKP », coalition des organisations syndicales, politiques et associatives de consommateurs en Guadeloupe se pérenniserait-il en s’érigeant en une sorte de deuxième pouvoir, créant une situation objectivement révolutionnaire, marquée par une dualité de l’autorité gouvernementale : D’un côté, le préfet représentant le gouvernement de la république française avec les forces policières régulières, et, de l’autre LKP disposant d’un service d’ordre se pérennisant.

La question surgit nécessairement, après les dernières déclarations du « leader » de LKP, Elie Demota. Ce dernier a en effet prévenus les employeurs. Ceux qui refuseraient d’appliquer les mesures salariales devant résulter du protocole en 165 points sont fermement mis en garde : Si vous ne voulez pas l’appliquer, vous devrez quitter la Guadeloupe ! Et il appuie cette injonction d’un propos, lourd de menaces non précisées et de l’affirmation que la non application des accords signifierait que « cette bande (de) Békés » veulent remettre les Guadeloupéens en esclavage … si l’on comprend bien le raisonnement du sieur Demota, le salariat en Guadeloupe, moins les résultat des négociations de ces dernières semaines, c’est l’esclavage de l’économie de plantation ? Ridicule d’outrance, il n’y a pas d’autre mot. Si Monsieur Demota veut savoir à quoi ça ressemble, en 2009, l’esclavage et l’économie de plantation, qu’il demande un visa à Ahmadinejad pour s’aller visiter l’arabistan annexé et devenu Kouzistan. Il y verra le travail « d’Iraniens » noirs tous descendants de victimes de la traite négrière orientale, dont les conditions de travail et d’existence politique et morale n’ont pas vraiment varié. Peut être même ont-elles empirégrâce à la « révolution islamique ».

En d’autres termes, le sens concret de cette injonction menaçante, c’est, pour parler clair : la Guadeloupe n’est désormais plus régie par les lois de la République, même si elle n’en est pas encore sortie officiellement. S’y substituent aux lois françaises, les ukases du porte parole de LKP avec pour sanction, à l’encontre des indociles, l’épuration sociale, et éventuellement ethnique (lorsque le patron qui refusera d’appliquer l’accord n’est pas « afro-guadeloupéen » mais un français de l’hexagone ou un blanc local), au moyen de l’exil.

Une question : qu’est-ce que LKP ?

Une seconde question : est-ce sur mandat des 49 organisations qui l’ont constitué comme une sorte de comité de grève central non élu que le directeur adjoint de l’ANPE en Guadeloupe édicte la peine d’exil pour les mauvais patrons, pour les chefs d’entreprises rétifs, pour tous ceux trop près de leurs profits ou pour les incompétents estimant que la trésorerie de l’entreprise ne peut pas respecter les clauses salariales de l’accord, sauf à mettre la clé sous la porte ?

Troisième question : est-ce qu’être trop près de la rentabilité de son affaire, ou qu’avoir une marge insuffisante pour satisfaire la clause salariale de l’accord c’est intégrer « une bande béké qui veut remettre les Guadeloupéens en esclavage » ?

En droit du travail français, encore en vigueur en Guadeloupe, il resterait pour faire face à l’employeur refusant la clause salariale de l’accord : soit à déclencher la grève et demander la médiation des autorités en cas de refus de négocier, soit à déposer des dossiers au conseil de prud’hommes pour non observations de nouvelles dispositions salariales légales, dé lors que l’accord en 165 points a été régulièrement déposé à l’inspection du travail pour ce qui concerne ses dispositions salariales et qu’il est devenu légal et opposable aux employeurs.

Qu’est-ce que LKP ?

Un organe gouvernemental, un soviet ? Si c’était le cas, les salariés dans les entreprises, les habitants dans les quartiers, auraient élus leurs délégués mandatés. Je ne crois pas que de telles élections ont eu lieu. Mais peut-être ai-je raté un épisode ? alors je me repose et vous repose la question : qu’est-ce que c’est que cette commission intersyndicale, inter associative et inter politique de grève qui perdure et conserve un porte parole qui parle en son nom après la grève et lance en son nom des oukases assortis de menaces ?

Au nom de qui, sur quel mandat, le secrétaire général de l’UGTG (syndicat majoritaire, constitué sur les fondements du programme politique et économiques d’un nationalisme marqué par l’origine stalino maoïste des fondateurs du GONG* puis de l’UPLG) édicte-t-il ces sanctions appelées à punir les employeurs refusant les mesures salariales ?

J’ai posé trois question, j’y répondrai de la manière suivante : ce que n’est pas LKP, ou plutôt que ne veut pas et ne voulait pas son porte-parole ? Sans quoi il aurait agi très différemment.

LKP aurait pu très certainement devenir le comité central de grève en Guadeloupe, l’organe de l’unité et de la démocratie gréviste qui a fait défaut en mai- juin 1968 aux dix millions de grévistes. Néanmoins, en 1968, il y eu négociation centrale à Grenelle, les dirigeants des confédérations ouvrières avec les dirigeants nationaux des syndicats d’employeurs et le premier ministre accompagné par son équipe. Il ne faudra alors pas menacer de faire partir en exil à Coblence les employeurs rétifs.

Les accords de 1968 étaient des accords qui s’appliquèrent, même si on pouvait les juger insuffisants, comme je le pensais moi-même alors et encore aujourd’hui.

Dans certaines grandes entreprises la grève se poursuivie plus longtemps, jusqu’au 6 juin, face à des employeurs plus réticents, du genre de ceux que le porte parole à vie (pour l’instant) de LKP menace de rendre tricards en Guadeloupe. La poursuite de la grève à Sochaux, chez Michelin, se solda par deux grévistes tués par balle par les forces de l’ordre, dans la nuit du 6 juin 1968.

On parle ici et là des aspects identitaires, traversant et nourrissant le conflit social en Guadeloupe. J’entends par là les aspirations plus ou moins fortes ou confuses vers l’affirmation des Guadeloupéens en tant que nationalité aspirant à la souveraineté politique et économique.
Les résultats et les effondrements des « socialismes dans un seul pays »**, la situation matérielles des populations dans les différentes Antilles dégagées du lien d’assujettissement colonial, ne sont pas ignorés par nos compatriote Guadeloupéens.
Peut-être que les fréquentations du porte parole LKP l’amènent à croire qu’il serait aujourd’hui « l’expression consciente du processus (national) inconscient » ?… lui permettant de réconcilier la force des aspirations guadeloupéennes semi conscientes avec la mise en œuvre d’une représentation adéquate très minoritaire jusque là ?

Pendant les moments les plus intenses du mouvement massif en Guadeloupe, rien n’aurait pu empêcher l’élection de délégués des entreprises en grèves et des quartiers, ni l’organisation d’un congrès guadeloupéen. Vous en avez entendu parler, de l’un et de l’autre ? Je crois que non, et pour cause.

Elie Demota et son courant politique sont-ils si naïfs ou tellement ignares qu’ils ne sachent rien des moyens d’organiser une volonté populaire nationale ? Très probablement que non.

Je crois que malheureusement pour nos amis Guadeloupéens, ils croyaient trouver leur Garibaldi et ils ont porté au pinacle une sorte de Fignolé***.

Mais peut-être que les prochaines semaines me démentiront ? Je le souhaite à nos compatriotes et amis guadeloupéens.

Alain RUBIN

* GONG, le groupement des organisations nationales de Guadeloupe, formé en 1965, est passé dans l’histoire avec le procès que lui firent au printemps de 1967 les autorités françaises de la cinquième république dirigée par de Gaulle. Le procès eut lieu dans le sillage de la répression brutale de grévistes, des centaines d’ouvriers du bâtiment rassemblés dans les rues de Pointe à Pitre par leur syndicat Fraternité Ouvrière. On a parlé de dizaines de tués. A une délégation de gréviste venue demander son appui, le maire PCG (parti communiste guadeloupéen de Pointe à Pitre) répondra : qu’en tant que communiste il comprenait les gréviste ; mais qu’en tant que maire il désapprouvait les troubles de l’ordre public.

Avec des collègues de travail nous fîmes circuler une pétition, pour demander à la confédération syndicale, ou plusieurs d’entre nous étions syndiqués, de se positionner contre cette violente répression. La réponse ne fut pas du tout celle que nous espérions.

L’échec du nationalisme version stalino maoïste en Guadeloupe au plan de l’enracinement de l’UPLG, son incapacité à se doter d’une forte influence populaire, sur le plan électoral, le ramena sur un terrain syndical ; ces militants déplacèrent leur activité en construisant une sorte de syndicat parti, l’UGTG devenu incontournable, dont le haut fonctionnaire, numéro deux d’une administration française, est le secrétaire général.

** le socialisme dans un seul pays était l’objectif de Staline contre Trotski et les bolcheviks hostiles à la dictature bureaucratique. La planification et le monopole du commerce extérieur devaient permettre d’échapper à la dictature du marché international disait Staline et ses sbires. Tous les partis staliniens et leurs succursales reprendront cette utopie réactionnaire : construire, chacun dans son pays, au moyen d’une dictature « révolutionnaire », une économie juste et harmonieuse, ne produisant pas qu’une misère universelle.

*** Fignolé, orateur haïtien leader du MOP (mouvement ouvrier et paysan), très populaire dans les faubourgs de Port au Prince. Il fondait une grande partie de ses effets oratoires, et les moyens d’impressionner ses auditoires, sur le recours au créole, ce qui n’était pas le cas des autres hommes politiques essayant eux aussi de surfer sur la vague de la révolution de 1946 qui balaya le détesté régime d’Estimé.

Duvalier émergea alors de la négritude intellectuelle, qui l’avait fait flirter avec Léon Gontran Damas et les autres poètes et militants de ce courant intellectuel, pour en faire le « noirisme », une version plus directement politique et musclée.

Ceux qu’à Port au Prince on accusera alors, dans les discours de « papa Doc », de vouloir ramener les haïtiens noirs sous les harnais de l’esclavage, ce n’était pas « une bande de békés », ne voulant pas mettre en œuvre la clause salariale d’un accord, mais les « mulâtres » ces demi blancs, fils d’esclavagistes et propriétaires de tout !
Au moyen de la dictature macoutiste, le bon docteur François Duvalier finira de dévaster Haïti.

L’histoire, malheureusement bégaye et hoquette encore trop souvent. C’est ainsi qu’après avoir réaliser le « grand déchoukag » de l’année 1984, après le soulèvement électoral qui porta « lavalas » au pouvoir sous la présidence du père Aristide, avec 80% des suffrages et un impressionnant taux de participation, le peuple haïtien s’est retrouvé avec la terreur et le pillage gangstériste débridé des chimères, ces bandes auto dirigées, imprévisibles, se formant dans les grands bidonvilles de Port au Prince et généralement dévouées au père Aristide, un autre leader charismatique. La démocratie n’est pas qu’un impératif moral et une superstructure, c’est la voie de passage obligatoire vers la mise en rapport des richesses produites et des besoins de tous les êtres humains, partout, y compris en Guadeloupe.

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