Guantanamo : les “innocentes” victimes de Bush

Publié le 2 juin 2009 - par

La presse nous relate la libération d’une des malheureuses victimes de l’horrible président Bush. Il s’agit d’un des enfermés de Guantanamo, un certain Abdullah Saleh, un koweitien. A peine relâché, l’innocente victime du bagne de Bush est allée se faire exploser à Mossoul parmi la foule. Un innocent, c’est sûr, qui est allé passer sa colère sur les Kurdes irakiens de Mossoul, pour tirer vengeance de Bush.
Mossoul ?!

Avant que le défunt dictateur « baathiste » Saddam en ait chassé les Kurdes, Mossoul était leur capitale régionale. Mossoul était comme un trésor convoité, une véritable caverne d’Ali Baba assise sur des gisements pétrolifères. Après le renversement de la dictature, les Kurdes ont amorcé un fort mouvement de retour chez eux, dans le cadre de l’officialisation d’une large autonomie en partie acquise dans le sillage de la première guerre du golfe.

En d’autres termes, notre innocent détenu, pauvre victime de l’horrible et injuste prison militaire américaine, n’est pas venu épouser les vierges d’Allah n’importe où. Il a choisi, pour son mariage explosif, des victimes ayant de fortes probabilités d’être des Kurdes, qui en voulant constituer leur état national (1) prouve à l’évidence qu’ils sont des musulmans trop tièdes puisqu’ils ne veulent pas se dissoudre dans la Oumma.

On sait qu’un des objectifs de l’administration Bush, son plan de refonte des frontières du Moyen- Orient, prévoyait précisément d’effacer un des aspect majeur de l’accord Sykes Picot (2) : la dispersion de la plus vieille nation du proche et Moyen-Orient (la plus ancienne après la nation juive et avant l’arménienne), la nation mède éclatée en quatre dans les futurs états : syrien, iranien, irakien, et turc. Une petite minorité kurde s’est trouvée incorporée dans les républiques du Caucase soviétique et une petite diaspora se retrouve au Liban.

Il y a quelques semaines, un mensuel parisien nous tirait les larmes pour un autre relâché de Guantanamo dont il nous livrait un interview. Je veux bien croire que l’homme, qui nous était présenté comme une victime des méthodes expéditives de l’ex président américain, n’était pas un tueur fanatique ou un aspirant au djihad. Mais la question, telle que posée par la publication, appelle une réponse qui stigmatise toute mesure d’autodéfense, face à la plus grosse menace qu’ait eut à affronter l’humanité depuis la prise du pouvoir par Adolphe Hitler.

Dans toutes ces dépêches et articles, véritable limaille automatiquement orientée dans le sens magnétique Bush –anti-Bush, faisant la claque, on entend un chœur des vierges : Guantanamo, Guantanamo ! Hou ! Hou ! Hou !!
On serait devant le scandale des scandales du 21ème siècle. Contre l’ex Président américain, aucune accusation ni réquisition n’est trop dure, ni assez définitive.

A lire tous ces articles et toutes ces dépêches, on est sensé avoir oublié qu’un de ces innocents, à peine libéré est allé se faire sauter au milieu de dizaines de passants Kurdes d’Irak qui n’étaient pas le moins du monde responsable de sa détention à Guantanamo.

Avec le libéré de la prison militaire américaine revenu en France, là ce serait différent. Cette fois, nous serions vraiment devant un homme dont la vie aventureuse, commencée aux Minguettes, a failli injustement s’arrêter à Guantanamo. On aurait réellement à aider à revivre normalement un nouveau présumé innocent, vraiment innocent, islamiste certes, mais arbitrairement détenu et ignoblement traumatisé par la méchante administration Bush…

Souhaitons que dans ce cas là, nos reporters anti Bush disent vrai. Espérons qu’on ne retrouvera pas l’homme, dans quelques semaines ou dans quelques mois, sous formes de minuscules fragments, débris humains mélangés à ceux de ses victimes, explosées en même temps que lui.

S’il s’agit d’un innocent, s’il s’agit d’un homme piégé, s’il s’agit d’un homme pris dans un conflit qui le dépassait, dont il n’était pas un protagoniste volontaire, souhaitons lui sans réserve : bienvenue frère.

Tendons lui la main, les deux mêmes.
Adressons nous à lui : Ami, défendons ensemble la démocratie. Défendons le droit de penser librement et de parler, quelle que soit l’idée que l’on professe ou réfute, même s’il s’agit d’une religion, y compris s’il s’agit de la tienne.
Mais je n’ai pas vu que ces choses aient été abordées, mêmes effleurées par l’interview. L’ai-je mal lu ?

Alain RUBIN

(1) la Turquie comprend en son sein une partie importante de la nation kurde. Sans approuver les méthodes du PKK, je suis solidaire du peuple kurde. Intégrer la Turquie à l’Europe, une des prisons du peuple kurde, avec l’Iran des ayatollah, avec la Syrie baathiste, avec l’Irak post Saddam qui tolère un régime de semi liberté à ce peuple, c’est transformer la France et les autres pays de l’union dite européenne en gendarme d’un conflit qui est appelé à rebondir. Les kurdes, ce ne sont pas comme les « palestiniens » ; leur nation n’est pas une simple réaction religieuse aux aspirations nationales de dhimmis (les Juifs) qui ont osé soulever le couvercle de la dictature soit disant éternelle du « Dar al islam ». Les Kurdes ne sont pas comme cette « nation » palestinienne née en 1967, surgie en tant que refus d’une portion des arabes à la renaissance nationale juive mais qui n’aurait pas existé autrement. Leur culture et leur réalité remontent à deux millénaires et demi. Les Kurdes n’ont toujours pas renoncé à être eux-mêmes, face à l’Iran, à la Syrie, à l’Irak et à la Turquie. Les Kurdes, ce n’est pas une réaction religieuse ; les Kurdes c’est une réalité, c’est un groupe ethnique stable, une langue, un territoire, une histoire commune plusieurs fois millénaire. Intégrer la Turquie à l’Europe, c’est obliger les européens, via « l’union européenne », à soutenir l’oppression des Kurdes.

(2) Deux hauts fonctionnaires, messieurs Picot et Sykes, diplomates anglais et français, dessinèrent en 1915 les frontières des pays qui devaient émerger du dépeçage de l’empire ottoman. Membre de la triplice, qui l’unissait l’Allemagne prussienne et à l’empire austro-hongrois, l’empire ottoman va se trouver lui aussi démembré à la suite de la défaite militaire des trois empires en 1918. Les conquêtes successives des ottomans vont retourner vivre d’une vie séparée sous l’autorité, qui de la France, qui de la Grande Bretagne. Bien qu’ayant nettement moins contribué et au déclenchement de la guerre et à la défaite de la triplice que la France, la Grande Bretagne s’appropriera cependant les plus importants résultats de la victoire de 1918 et les plus grosses portions de l’empire des Turcs ottomans.

Alain RUBIN

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