Guy Nantel, un humoriste québecois qui n’a pas peur de cibler des réalités dérangeantes

Publié le 6 septembre 2010 - par - 249 vues

Il s’appelle Guy Nantel et il est québécois. À ce titre, il représente en tant qu’humoriste une population qui, à l’inverse de la notre, n’est pas encore imprégnée de compromission, de crainte et de vague défaitisme face à l’Islam.

Comme pas mal de ses compatriotes, il découvre cependant une réalité surprenante pour des Nord-Américains : l’entrisme violent d’une minorité agissante sous le masque rassurant d’une culture soi-disant comme les autres, prête à s’intégrer pourvu que l’on n’ait pas le mauvais goût de la “stigmatiser” sans bien savoir ce qu’elle est. Réveillé d’une sieste franco-anglaise entrecoupée de quelques spasmes, le Québécois Nantel assiste à l’intrusion d’un alien dans une société historiquement habituée à la coexistence, fût-elle à plusieurs reprises difficile, voire chaotique. Il s’en émeut car cette irruption ne ressemble à rien de connu sur le continent américain, et il a bien raison.

Alors, comme il a l’esprit vif, l’insolence facile et le verbe libre, il se livre à un exercice dont l’écrasante majorité de ses pairs français feraient bien de s’inspirer. Il se fout publiquement de la gueule des tartuffes, des enturbannés crachant la haine, des fantômes bleus ou noirs importés d’Orient, de la pénombre psalmodiante qui peu à peu recouvre la démocratie et se prépare à l’asphyxier. Il pourfend et le public, soulagé que quelqu’un le fasse en son nom, applaudit à tout rompre.

Je ne sais si Coluche se serait attaqué à la muraille rampante qui se construit autour de nous et pousse ses métastases au coeur même de la cité. Peut-être. Ce dont je suis sûr, c’est qu’un Desproges n’eût pas manqué de lui mettre quelques coups de pic à la base, histoire d’expliquer au plus grand nombre qu’après tout, il n’est de forteresse que l’on ne puisse réduire. Je crois entendre cet économe du discours, ce magicien de la vérité amère, ce trousseur d’évidences, pour qui deux ou trois phrases eussent suffi à régler urbi et orbi leur compte à la bêtise crasse, à l’arrogance et au mensonge qui aujourd’hui, nous accablent et nous exaspèrent en même temps.

Les absents ayant le grand tort de ne plus être là, j’attends que les vivants dont le talent s’exerce sur des scènes identiques et qui nous serinent à longueur de temps que l’on peut rire de tout, j’attends que ces astres médiatiques aient l’honnêteté intellectuelle de parler pour eux-mêmes sans tabou, sans angoisse, sans entrave. Je dois dire avec regret que j’attends toujours, à cette heure. Et je ne recueille, de leurs bouches syntoniques, qu’habiles esquives, défausses plus ou moins veules, logorrhées de diversion sur des punching-ball, des souffre-douleur qui n’en peuvent mais et subissent sans réagir, heureux même, allez savoir, d’être en bonne place sur la liste : les politiques, le Pape et les curés, les stars, les flics, les gens…

Et ce jusqu’à la nausée.

Messieurs Gerra, Bigard, Boujenah, Timsit et autres Guillon, messieurs les Guignols et autres Grolandais, un peu de courage! Un jeune Québécois vous montre la voie. Il s’avance vers nous sans gilet pare-balles, sans peur de la fatwa, armé de sa seule envie de continuer à vivre en liberté dans son pays, Il ne veut pas que petit à petit, de façon sournoise, insidieuse, ses façons de penser, de rire, de parler, d’aimer, de manger et même de se torcher glissent vers les sous-sols de la contrainte. A sa manière franche et directe, il désigne l’adversaire et nous rappelle que la lâcheté a rarement permis de gagner des batailles.

Je me dis parfois qu’au fond de vous, tout de même, doivent naître des envies d’en découdre. Et là, imaginons le gisement! Ces péronelles à foulard toisant les malheureuses ménagères en shorts et bras nus au marché provençal (un sketch pour Mmes Muriel Robin, ou Anne Roumanoff?), ces polygames-maçons et leurs cloisons séparant des nichées allaitées à la CMU (un joli numéro pour Guy Bedos? Allez, on peut rêver), ces religieux pleins de cautèle, sussurant des berceuses aux petits enfants de France (cinq minutes d’imitation délirante pour Michel Leeb?) Et encore, et toujours plus : les Goebbels nains du 18è Arrondissement de Paris barrant les rues pour la prière du Vendredi, les footballeurs qui se prosternent sur le gazon avant d’aller insulter leur Créateur dans les bordels chics de la rive droite, et les autres, la foule pressée, impatiente, péremptoire, des autres, les hypocrites des plateaux télé, les empoisonneurs distillant le sucre amer de la haine et de l’intolérance, les bons apôtres qui parfois “regrettent” mais jamais au grand jamais ne condamnent des actes que les nazis eussent trouvé dignes d’intérêt. Des personnages par dizaines, une vraie ménagerie où les fauves côtoient les serpents, les charognards les frelons, les doux agneaux les loups en meute. Un gisement, vous dis-je, quasiment inépuisable, du pétrole (gratuit!) pour les moteurs de l’esprit au pays de Voltaire, de Beaumarchais, de Guitry, de Clémenceau, de Le Luron!

Et quoi! Rien de votre part? Pas le moindre trait “écrasant l’infâme”, pas même l’ébauche d’un sarcasme, d’une blague potache, d’un libelle assassin? De la part de professionnels rodés au maniement de la langue et capables de faire mal par le seul verbe, la chose est stupéfiante. On dort “profond”, chez nos consciences nationales comme chez nos simples amuseurs publics. Craindrait-on, s’étant ainsi alité en attendant que ça passe, de ronfler trop fort?

Dans le morne silence qui nous assourdit, nous autres Français de la base, payeurs d’impôts assoupis à l’ombre des avantages acquis, braves gens toujours prêts à donner pour soulager la misère du monde, le bruit que produisent en général les humoristes serait à coup sûr le bienvenu. Que l’un de vous en fasse, même un peu, sur le sujet vital qui vous menace vous aussi et vérole au jour le jour votre belle liberté de parler, et les autres suivront. Et si tout le monde s’y met, croyez-moi, les bonimenteurs de sépulcre, les faux-nez des moratoires sur la lapidation, les barbus schizoïdes et leurs créatures sous linceul iront se rhabiller, réduits au silence, au milieu des déserts d’où notre confondante naïveté associée aux sordides calculs de notre dérive ultra-libérale, les a malencontreusement fait sortir.

Alain Dubos

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