Hénin-Beaumont : les compromissions de la classe politique mettent la démocratie en danger

Publié le 7 juillet 2009 - par
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Le divers gauche Daniel Duquenne a réussi dimanche à mobiliser une majorité d’électeurs, pour « barrer la route » de la mairie d’Hénin-Beaumont au Front national. Sa liste a obtenu 52,38% des suffrages, contre 47,62% à celle du FN, qui était arrivée largement en tête au premier tour de cette élection municipale partielle.

Une victoire républicaine qui ne doit rien au caractère prétendument républicain de la liste anti-FN

Le « réflexe républicain » semble avoir bénéficié à Daniel Duquenne, qui était soutenu pour le second tour tant par l’ensemble de la gauche que par l’UMP. La hausse de plus de deux points de la participation (62,38%) par rapport au premier tour témoigne d’une mobilisation contre l’extrême droite. « Nous avons su redonner à Hénin-Beaumont les couleurs de la République », s’est félicité Daniel Duquenne à l’annonce des résultats. « Hénin Beaumont a choisi son camp, celui de la vérité, celui de la loyauté, celui de la réconciliation avec son histoire. »

Là, il en fait trop ! Car en matière de valeurs de la République, de laïcité, la gauche est loin de faire l’unanimité ! Elle pratique aujourd’hui une politique libérale qui, à travers la construction européenne prive la République de sa liberté d’agir et soumet la nation, lorsqu’au niveau de la gestion municipale elle ne pratique pas le pire des opportunismes en usant du clientélisme religieux. Les scores catastrophiques de la gauche aux dernières élections européennes ont fait œuvre de test dans ce domaine.

Si c’est un candidat de la gauche qui a été élu ici, ce n’est qu’en raison d’un concours de circonstances qui voulait qu’on se rassemble contre l’épouvantail Front National une nouvelle fois, faisant oublier que le programme municipal de cette gauche s’inscrit dans une logique libérale avec son mépris du peuple, sans oublier en toile de fond les corrompus, les magouilleurs, les tricheurs, donnant mille raisons ici à l’envie d’un vote de dépit, d’un vote sanction du type FN surfant sur la vague.

Un signal d’alarme qui en dit long sur les attentes des Français écœurés du spectacle politique actuel

Mais il n’y a pas de quoi rire, car attention, c’est un signal d’alarme qui a été tiré. Du coup, Daniel Duquenne a affirmé qu’il serait « le maire de tous les Héninois, y compris de ceux qui ont voté pour le FN ». La vice-présidente du FN a obtenu un score important – près de 20 points de plus qu’aux précédentes municipales de 2008 – mais n’en essuie pas moins un échec dans sa stratégie de relance d’un parti très affaibli depuis la présidentielle de 2007. Marine Le Pen a néanmoins estimé que son score signifiait « le retour du FN » sur la scène politique. « Ce que nous avons fait aujourd’hui à Hénin-Beaumont, nous pouvons le refaire ailleurs en France. Notre score est un démarrage du FN de demain », a-t-elle dit aux journalistes.

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, s’est réjoui de la défaite du FN. « Les électeurs d’Hénin-Beaumont ont décidé et ils ont bien décidé », a-t-il dit sur BFM-TV. Dans un communiqué, Martine Aubry, premier secrétaire du Parti socialiste, a salué le vote des habitants qui, « malgré les grandes difficultés financières et sociales de leur ville, ont fait le choix de Daniel Duquenne pour porter l’espoir et l’avenir d’Hénin-Beaumont ». Parler d’espoir de sa part est sans doute un excès de langage, car la gauche n’en a pas aujourd’hui les attributs, surtout pas elle, la libérale qui marche dans les pas de son père, ce Jaques Delors qui a été en 1983 celui qui a sonné le glas aux engagements de transformations sociales qui se révélaient alors comme une grande illusion, mais avait entre temps servi à élire Mitterrand!

Une large partie de la classe politique française s’inquiétait de voir le FN, qui avait perdu ses villes de plus de 5.000 habitants comme Orange, Vitrolles ou Toulon depuis la fin des années 1990, retrouver un bastion dans le Nord. Pour autant, par-delà l’autosatisfaction des uns et des autres, il ne faudrait pas pour autant sous-estimer le symptôme que constitue le score du FN à Hénin-Beaumont vis-à-vis d’une crise profonde de notre représentation politique, avec une gauche qui n’a de projet que libéral européen sans se différencier sur le fond de la droite, une crise économique avec des marchés financiers qu’on ne ré-encadre nullement comme le souligne le journal les Echos de ce jour, avec des entreprises qui font des bénéfices considérables et qui licencient, délocalisent, baissent les salaires de leurs employés, alors que le gouvernement représente devant le parlement la nouvelle mouture de la loi qui doit obliger les salariés, là où les magasins le décident, à travailler le dimanche, contre l’avis majoritaire des Français (55% contres selon un sondage Viavoice pour Libération)…

Une défaite du FN heureusement mis en échec dans un contexte qui ne peut pour autant nous satisfaire…

Le FN misait pour sa part sur le contexte local, en particulier la mise en examen du maire socialiste sortant Gérard Dalongeville pour détournement de fonds, dont l’incarcération a provoqué cette élection partielle. Il a mené une active campagne de terrain axée sur la lutte contre la corruption dans cette ancienne ville minière de 26.000 habitants frappée par le chômage (19%). Il espérait également bénéficier des déchirements de la gauche locale et du fait que le candidat PS, Pierre Ferrari, faisait partie de l’équipe balayée par le « scandale ».

Steeve Briois a jugé pour sa part que la bonne performance du FN constituait « une claque pour le front ripoux-blicain » allant, selon lui, du PS à l’UMP. « C’est la victoire de la peur, du mensonge et du chantage de Daniel Duquenne », a-t-il dit. Le responsable local du FN a annoncé qu’il déposerait dès lundi un recours devant le tribunal administratif contre le scrutin, accusant le futur maire d’avoir évoqué un « chantage aux subventions » durant sa campagne.

Toutefois, Daniel Duquenne a déjoué ce scénario en devançant Pierre Ferrari au premier tour et en obtenant un ralliement sans conditions de ses concurrents de gauche pour le second. Marine Le Pen espérait « une surprise qui serait exactement l’inverse des mathématiques ». Mais dans cet ancien fief socialiste, le FN ne pouvait compter que sur de faibles réserves de voix à droite, d’autant que l’UMP a appelé sans ambiguïté à voter pour Daniel Duquenne. Un résultat qui n’efface donc en rien le contexte de corruption et de compromission en tous genres qui a entouré cette élection et la défiance des Français en regard de la politique.

Le socialiste Rocard et le sarkozyste Juppé main dans la main : le pourrissement du politique, attention danger !

Le spectacle sur France 2 dans le journal de 20 h ce lundi du socialiste
Michel Rocard nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de la «commission chargée de réfléchir aux priorités» du futur emprunt national, aux côtés d’Alain Juppé, sur le perron de l’Elysée, était d’une veine inquiétante qui prolonge l’esprit de l’élection d’Hénin-Beaumont et est porteur de tous les dangers. Lorsque Rocard a été interrogé pour savoir ce qu’il pensait de cette alliance gauche-droite, il a répondu que seule la France avait encore ce genre de réticence ridicule alors que partout ailleurs, quant il est question d’enjeux nationaux, cela déjà se fait.

Toujours le même mépris et la même compromission de ceux qui cherchent avant tout la moindre miette de pouvoir à travers laquelle briller, ce que Sarkozy avec sa méthode de l’ouverture aura parfaitement su mettre en lumière. Cette façon de faire de la politique qui se réduit à un choix de bons gestionnaires qui appointent aux ordres, renvoie directement à une idée de la démocratie qui ne sert plus à grand-chose en dehors de choisir des hommes qui de droite ou de gauche sont prêt à gouverner avec leurs adversaires puisqu’ils partagent au fond le même programme libéral, le même sens de la trahison des intérêts populaires. Voilà de quoi nourrir les futurs succès du FN, où d’autres démagogues populistes en herbes qui attendent leur tour en embuscade.

Autrement dit, si certains ont pu faire « ouf » ce dimanche, les dangers demeurent et sont simplement reportés à un prochain rendez-vous, et d’autant plus sûrement que rien n’a changé dans ce royaume qui a de plus en plus quelque chose de pourri.

Guylain Chevrier

historien

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