Hommage à Simon Blumental

Publié le 10 juillet 2009 - par
Share

Chers amis de Riposte Laïque,

Merci pour le bel hommage que vous faites à Simon. Avant tout c’était un homme bon. L’empêchement de la liberté, était sans doute son seul vrai problème. D’où ses engagements d’abord contre le colonialisme, puis après, contre l’autoritarisme post-indépendance de l’Algérie. De ce point de vue, il est un des rares de sa génération à avoir poursuivi son combat, la plupart ayant considéré qu’ils ne pouvaient pas critiquer des hommes qu’ils avaient soutenus avant 1962, puis lorsqu’arriva l’islamisme, ils prolongèrent leur silence : ayant tu les aspects négatifs du nationalisme, ils ne pouvaient que continuer à se taire face à son développement, l’islamisme. Mais pas Simon.

Je voudrais témoigner que lorsqu’en 1993 commença en Algérie l’intellectocide islamiste et qu’en Europe la bien-pensance de gauche se positionna du côté des assassins, sous prétexte qu’on les avait privés de leur victoire électorale, en nous accusant, nous les victimes, d’être les « suppôts du pouvoir des généraux », Simon, lui, sut de suite de quel côté être, du côté des assassinés, de l’écrivain Djaout, du pédiatre Belkhenchir, du dramaturge Alloula, et des autres, ainsi que du côté des exilés… Il participa activement à toutes nos initiatives, que ce soit dans l’Association Ayda ou dans le F.A.I.S, notre Forum des Artistes, intellectuels et scientifiques (prolongement du R.A.I.S d’Algérie des années 80 et début 90). En une époque où par exemple un homme comme Abraham Serfaty, qui venait à peine de sortir de son bagne marocain, s’enflammait pour les islamistes, comme ce jour de l’année 94 où à la Sorbonne, il leur lança un vibrant « Mes frères ! », Simon, lui, avait senti et compris depuis longtemps, que si les islamistes étaient des opposants aux pouvoirs en place, il ne l’étaient pas au nom de la démocratie ou de la liberté, mais pour arriver au pouvoir grâce à ce début de démocratie, afin de l’abolir tout aussitôt, une fois le pouvoir arraché. Voter pour eux, comme on le disait dans le peuple, c’était comme prendre un aller, sans retour…

Il y a quelques mois, je l’avais rencontré chez lui. Il n’allait pas bien, mais n’avait pas abdiqué. Il s’était mis à lire « Le choc des civilisations » et m’avait dit que c’était bien plus intéressant que ce qu’en avait dit la gauche. Simon était la preuve qu’une pensée guidée par la seule idée de liberté, est une pensée sans dogme, une pensée qui n’a aucun mal à revenir de façon critique y compris sur son propre parcours. Ainsi, malgré la maladie, il tint à participer et à parler lors de la dernière Conférence du Mouvement pour la Paix et contre le terrorisme de Septembre 08, ce qui encore le distinguait des gens de sa génération qui en soutenant les mouvements de libération fermèrent les yeux devant leurs pratiques terroristes.

Simon va beaucoup manquer. Ce qui n’est pas très rassurant pour notre avenir. Qu’il repose en paix. Il l’a bien méritée.

Paris, mardi 7 Juillet 09

Jean-Pierre Lledo

Cinéaste algérien

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.