Il y a 4 ans, les européistes avaient pris une belle fessée !

Publié le 29 mai 2009 - par
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Je sais que ce sujet ne fait pas l’unanimité chez tous les lecteurs de Riposte Laïque. Certains nous disent que nous sommes formidables sur la laïcité (ils ont raison), mais nous ne devrions pas parler de l’Europe, car cela divise le camp des laïques, certains ayant voté « oui ». Nous avons essayé, dans notre livre « Les dessous du voile », d’expliquer que le retour du religieux est favorisé par l’Union européenne, et qu’on ne peut parler de l’offensive islamique si on ne dénonce pas la volonté d’en finir avec notre modèle laïque, au nom d’une conception anglo-saxonne d’un modèle de société.

Ceci dit, il y a quatre ans, notre journal n’existait pas, et pourtant, quelques contributeurs de notre rédaction avaient contribué, à leur modeste niveau, à cet inoubliable camouflet de la classe politique et médiatique française. Rappelons-nous le contexte. Mise à part l’Humanité, tous les quotidiens français appelaient à voter oui. Tous les grands éditorialistes qui occupent les chaînes de télévision allaient dans le même sens. Les quatre grands partis de l’époque, l’UMP, le PS, les Verts (devenus depuis un groupuscule) et le Modem nous expliquaient qu’en dehors du « oui », pas de salut.

Nous étions insultés, qualifiés par Martine Aubry et Ségolène Royal de xénophobes à cause du fameux plombier polonais, ils nous faisaient remarquer que nous allions voter comme Le Pen, oubliant de préciser qu’eux votaient comme Haider ou Berlusconi.

En face, au niveau politique, le MRC de Jean-Pierre Chevènement, le Parti communiste, l’extrême gauche, une partie du PS, qui, avec Jean-Luc Mélenchon, rompra la discipline de parti, Nicolas Dupont-Aignan et Debout la République, Philippe de Villiers et le Front national. Au niveau associatif, Attac, à l’époque fort de 30.000 adhérents, dont le conseil scientifique nourrira la campagne d’arguments indispensables pour contrer le rouleau compresseur du camp d’en face. Et surtout, outre l’Humanité, la presse internet, qui a contribué grandement à cette victoire.

Des réunions publiques dans toute la France, faites chacun de son côté. Villiers ainsi que Dupont-Aignan ont fait un travail remarquable, convainquant nombre d’électeurs traditionnels de l’UMP de voter non, tandis qu’un axe appelé le « non de gauche » multipliait les meetings communs et remplissait les salles. Modestement, nous avons expliqué les enjeux laïques de ce scrutin, et les conséquences qu’auraient l’application de certains articles, comme le I-52, ou le II-70.

Sur les plateaux de télévision, les éditorialistes vedettes, Christine Ockrent et Serge July, notamment, pouvaient difficilement masquer leur haine face aux invités, souvent minoritaires, qui essayaient d’expliquer les dangers du traité. Un Michel Barnier, celui qui se montre impuissant à résoudre la crise des quotas laitiers (1) se montrait arrogant, prétentieux et méprisant, tout comme l’inévitable Cohn-Bendit. Bien évidemment, on nous faisait le coup du scénario catastrophe en cas de victoire du non.

Pourtant, bien qu’ils représentassent 80 % du corps électoral, et eussent la main sur les médias, cela n’a pas marché. Je me souviens du début de panique qui a commencé à habiter les européistes, quand les sondages ont basculé. J’avais défendu le non lors d’un des premiers meetings, alors que les sondages ne « nous » donnaient que 35 %. Je n’ai pas oublié le mépris de cette sympathique conseillère régionale socialiste, que nous avions un peu malmené lors du débat : « Vous ne ferez pas davantage que 40 %, vous allez perdre, donc, faites-vous plaisir, c’est cela la démocratie ».

Plus les meetings passaient, plus l’opinion évoluait. Chacun sentait bien qu’il était en train de se passer quelque chose d’énorme, le système vacillait. Le 21 avril 2002, même si nous eussions préféré que Chevènement fût le troisième homme, et non Le Pen, le peuple avait provoqué un raz-de-marée en renvoyant Jospin à la maison, refusant le simple choix UMP ou PS dans lequel on voulait l’enfermer. Trois ans plus tard, un même séisme menaçait le système.

Le 29 mai confirma cette intuition : 55 % ! Enorme, inespéré, et pourtant tellement logique. En 1992, Mitterrand nous avait fait difficilement avaler Maastricht, malgré un rouleau compresseur impressionnant, malgré le coup de la révélation de sa maladie, cela n’était passé qu’à 51-49. Comment, 13 ans plus tard, les Français n’auraient-ils pas eu conscience de l’escroquerie ? Les Hollandais firent la même chose, quelques jours après.

Serge July nous insulta, le lendemain, dans un édito haineux inoubliable. Certes, la suite fut moins brillante. Apparemment effrayé par l’ampleur de leur victoire, aucun des animateurs, Buffet, Bové, Besancenot, Mélenchon, Chevènement, Dupont-Aignan, Villiers, n’osa interpeller Chirac, et, s’appuyant sur le vote du peuple français, exiger au moins un retrait temporaire de la France de l’Union européenne, comme le général de Gaulle l’avait fait en 1967, pendant 6 mois, pour faire pression sur Bruxelles. A gauche, les intérêts politiciens prirent le dessus sur le collectif, et on arriva à ce pitoyable spectacle de la présidentielle, qui vit Besancenot, Buffet, Laguillier, Schivardi et Bové se disputer quelques pour cents de parts de marché, avec des résultats souvent lamentables, Besancenot excepté.

Nous fûmes trahis par le traité de Lisbonne, véritable nouveau TCE, qui fut ratifié au Parlement par l’UMP, le PS (malgré des défections dans ses rangs), les Verts et le Modem. Et ces gens là osent se représenter devant nous, et nous demander de voter pour eux ? Comme il y a quatre ans, la bande des quatre (UMP-PS-Modem-Verts) occupe les plateaux de télévision. L’émission « C dans l’air », d’Yves Calvi, en fut une démonstration caricaturale. Les seuls invités étaient Barnier-Cohn-Bendit-Desir-Sarnez, ainsi que trois journalistes partisans de l’Europe. Nicolas Dupont-Aignan, ainsi qu’une responsable de Lutte ouvrière, n’ont eu que quelques minutes pour parler, en duplex. (2)

Dans cette émission, le clivage fut très net entre ces européistes, fossoyeurs de la Nation, et le discours du président de Debout la République, qui, calmement, les a renvoyés dans leurs buts, en leur expliquant, malgré les mimiques théâtrales de Cohn-Bendit, que ce sont eux qui ont lié la France à des traités européens dont nous payons le prix, et qu’il est trop facile de venir devant les électeurs en réclamant une autre Europe !

Les Républicains des 2 rives que nous sommes regrettent une culture de l’ostracisme, qui a empêché, lors de ce scrutin, ceux qui se réclament de ces valeurs d’unir leurs efforts, pour la défense de la République, et le retour de la souveraineté des Etats-Nations. Nous pensons que les conditions auraient permis à Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Mélenchon de faire des listes communes. Le président du MRC a préféré ne pas partir, après avoir soutenu Ségolène Royal aux présidentielles, courir après le Front de Gauche, puis constaté que ce dernier, courant après le NPA de Besancenot, avait renoncé à toute référence républicaine incluant la Nation. Résultat, le MDC appelle à voter blanc. Triste bilan !

Le Front de gauche parle de refuser cette Europe, et d’en proposer une autre. Nicolas Dupont-Aignan dit à peu près la même chose. Mais le Front de gauche, refusant toute référence nationale, a une certaine cohérence. Je me souviens de quelques-uns de ses animateurs qui, dans les meetings, se sentaient obligés de dire, presque en jurant sur une Bible : « Je suis profondément européen ». Propos qui se voulait rassurant, et montrait qu’on était contre l’Europe libérale, mais pour l’Europe des peuples, formule creuse qui porte en elle la disparition de l’Etat-Nation.

Nicolas Dupont-Aignan est donc, hélas, le seul candidat qui préconise le retour de la souveraineté des Etats-Nations, et l’abrogation des traités européens. Mais craignant de passer pour un affreux nationaliste, d’être ringardisé, et souhaitant se démarquer fortement de Villiers, il édulcore totalement son discours, en parlant d’une autre Europe, n’osant pas dire qu’il n’y a aucune solution possible à l’intérieur de cette Europe, si ce n’est d’en sortir. Est-ce vraiment un bon calcul, ou bien passe-t-il à côté d’une campagne où, par la clarté d’un discours ne laissant aucune illusion sur Bruxelles, il aurait donné davantage envie aux hésitants de voter pour lui ? Les résultats du 7 juin le diront.

Bien évidemment, notre rédaction, dont l’hostilité à la construction européenne n’est un secret pour personne, ne se prononcera pour aucun candidat, et respectera le choix de chacun, y compris des abstentionnistes.

Mais si on défend la laïcité, la République, la souveraineté de l’Etat-Nation, le protectionnisme, et si on refuse le libre échange, le communautarisme et la dictature de la commission européenne, il ne paraît guère possible de voter pour ceux qui soutiennent cette Europe là. Après, l’éventail de ceux qui la refusent est suffisamment large pour que chacun fasse son choix en son âme et conscience.

Cyrano

(1) http://www.marianne2.fr/Crise-du-lait-Barnier,-impuissant-un-jour,-impuissant-toujours_a179952.html?preaction=nl&id=2952704&idnl=25689&

(2) http://blog.nicolasdupontaignan.fr/

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